Non, ce bateau n'est pas en train de dégazer au large de l'île d'Oléron

© Richard Montil
© Richard Montil

La  rumeur s'est répandue comme une trainée de pétrole avec la parution de ces photos prises par un bateau de pêche au large de l'île d'Oléron. Renseignements pris, ce chimiquier panaméen n'est pas en train de polluer nos côtes.

Par Sophie Goux

Plusieurs photos prises le 4 novembre par un chalutier au large de Chassiron montrent ce chimiquier panaméen en train de rejeter à la mer un liquide sombre. Une nappe douteuse se forme également autour du bateau. Alerté très rapidement, le Cross Étel a saisi le Cross Corsen chargé de la surveillance des pollutions. 

Une inspection immédiate

Un hélicoptère Dauphin de la Marine nationale a été dépêché aussitôt sur zone. L'équipage, arrivé sur place une heure et demi après le signalement, a pris des photos et a interrogé l'équipage. Il en ressort que le bateau est venu livrer sa cargaison de 30 000 tonnes de gasoil au port pétrolier de port d'Ambès et qu'il a dû compenser en chargeant du ballast. Dans cette zone où la Garonne et la Dordogne se rejoignent, l'eau est chargée de sédiments. Une fois au mouillage au large de Chassiron, le bateau a alors rejeté ses eaux de ballast pour les remplacer par de l'eau de mer. Voici les photos prises par la Marine Nationale lors du contrôle du 4 novembre.
© Marine Nationale
© Marine Nationale

© Marine Nationale
© Marine Nationale

Pas de traces de pollution

Aucune pollution n'a été détectée, mais comme le veut la procédure du Mémorendum de Paris sur le contrôle des navires par l'État du port, une inspection du navire sera effectuée le 12 novembre au port de Norrköping en Suède, là où se rend le chimiquier.
Le procédé est donc légal même si on peut s'interroger sur d'éventuelles perturbations des éco-sytèmes, des interrogations qui sont prises en compte depuis le 7 septembre avec l'application d'une nouvelle Convention internationale pour le contrôle et la gestion des eaux de ballast et sédiments des navires.

Des eaux très surveillées

La préfecture maritime tient à mettre les choses au clair : les côtes sont surveillées et les "dégazages" sauvages s'ils arrivent sont sévèrement punis. De nombreux niveaux d'alerte et de contrôle existent, sur mer par des bateaux des différentes administrations concernées, par satellite ou par la voie des airs. Quand, comme c'est le cas ici, des usagers font un signalement, la vérification se met en place immédiatement. Le capitaine de frégate Riaz Akhoune, porte-parole de la Préfecture maritime de l'Atlantique que nous avons joint ce matin, regrette que cette affaire partie très vite sur les réseaux sociaux ait "jeté l'opprobre sur un navire et sur l'action de l'État en mer, laissant penser que des bateaux peuvent polluer nos côtes en toute impunité."  Les armateurs savent les risques financiers et judiciaires qu'ils encourent le long de nos côtes.

Le délit de rejet de substances liquides nocives est passible d'une peine maximale de 15 millions d'Euros pour le capitaine et 75 millions d'euros pour les armateurs. Des sommes dissuasives parfois assorties de peines de prison avec sursis

Question de vocabulaire

  • Un dégazage en langage maritime désigne l'action de rejeter à la mer des hydrocarbures après que les citernes des pétroliers ont été aérées.
  • Un déballastage est une vidange des ballasts pour assurer la gîte des bateaux. Désormais, les navires pétroliers sont équipés de ballasts séparés des citernes et le rejet des eaux de ballast ne contient pas d'hydrocarbure.


Sur le même sujet

Marée noire du Prestige : l'interview de l'avocat Renaud Lahitète

Près de chez vous

Les + Lus

Les + Partagés

Nouveau !Abonnez-vous aux alertes de la rédaction et suivez l'actu de votre région en temps réel

Je m'abonne