Russe et réfugiée à Angoulême, elle témoigne : "ce qui se passe dans mon pays aujourd'hui est une honte pour les générations futures"

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Écrit par E. Gérard avec J. Deboeuf

Originaire de Sibérie, Ekaterina a participé à des manifestations contre le régime de Vladimir Poutine. La jeune femme qui affirme que sa vie est menacée, s'est réfugiée en Charente avec sa fille.

Elle a le regard lointain, celui de ceux qui ont tout laissé derrière eux. 

Ekaterina Bikova est Russe, d'origine sibérienne. La jeune femme de 32 ans a fui son pays au mois de février dernier. Un exil via la Slovénie qui l'a conduite, elle et sa petite fille de 4 ans, à Angoulême. 

"Venir ici, en France, c'était avant tout une question de sécurité pour ma fille et moi, raconte-t-elle, en Russie, j'ai eu beaucoup de problèmes". Chirurgienne ORL, elle se présente comme une opposante au régime de Poutine et affirme avoir été arrêtée et battue par la police.

J'ai toujours été contre Poutine, et j'ai combattu le pouvoir en place. Plusieurs fois, j'ai manifesté, j'ai été arrêtée, j'ai été tabassée. On m'a même retiré ma fille.

Ekaterina Bikova, citoyenne russe réfugiée en Charente

C'est donc depuis la Charente que la jeune mère de famille assiste ces dernières semaines à l'invasion de l'Ukraine par l'Armée de son pays. "Ce qui se passe aujourd'hui là-bas est une honte pour les générations à venir" commente celle qui dit avoir aujourd'hui coupé les ponts avec tous ses amis restés en Russie. 

"J'ai cessé de communiquer avec eux parce qu'ils trouvent que ce qui se passe en Ukraine ne les regarde pas. Ils continuent à manger, à boire, à danser comme si de rien n'était. Moi, je ne peux pas accepter qu'on tue des enfants, nos frères, sans raison, au nom de cette guerre honteuse et fratricide." 

Elle ne l'ignore pas, beaucoup ont peur aussi. Sous le régime de Poutine, manifester peut vous conduire en prison. 

Crainte de l'expulsion

Mais l'avenir de la jeune femme en France est incertain car elle ne bénéficie pas de la même protection que les réfugiés de guerre. Une fois par mois, elle doit aller pointer en préfecture à Bordeaux avec la crainte d'être expulsée. Ekaterina est soumise au régime de la procédure Dublin concernant les migrants. Ce règlement européen prévoit qu’une demande d’asile ne peut être déposée que dans un seul Etat membre, celui d’entrée en Europe. Sauf à attendre de six à dix-huit mois.

La Ligue départementale des droits de l'homme qui la soutient a déposé une demande d'exception auprès de la préfecture de Nouvelle-Aquitaine. "Ce serait bien qu'on soit aussi intelligents avec l'ensemble des demandeurs d'asile qu'avec les Ukrainiens" argumente Luc Marteau, son président. 

En attendant, Ekaterina et sa fille prennent leurs marques en Charente. La fillette va à l'école et sa maman apprend le français. "Je suis médecin, je veux faire des choses pour rendre à la France encore plus que ce qu'elle me donne." 

Je veux m'investir auprès des réfugiés ukrainiens. Bénévolement s'il le faut. Mais je veux faire quelque chose pour eux.

Ekaterina, citoyenne russe réfugiée en Charente

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