Cognac : pour soutenir ses ambitions, l'AOC demande 3.000 hectares de vignes supplémentaires

Relativement peu consommé en France, mais véritable succès à l’étranger, le cognac se développe de manière constante. Ambitieux, les acteurs de la filière cherchent à augmenter leur production et demandent 3 129 hectares supplémentaires sur l’appellation.

L’ambition de la filière du cognac ne cesse de croître. "Il y a 20 ans, nous étions à 120 millions de bouteilles mises en vente par an, aujourd’hui 230 millions et nous visons 350 millions de bouteilles à horizon 2035", annonce, sur le plateau de France 3 Poitou-Charentes, Florent Morillon, représentant du négoce au Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC). Pour y parvenir, la filière a besoin de plus d'espace. Le 15 novembre 2021, elle demande 3 129 hectares supplémentaires sur l'Appellation d'Origine contrôlée Cognac. Cette superficie s'ajouterait au 83 577 hectares déjà plantés sur l'AOC, ce qui en fait déjà le plus grand vignole d'Europe en cépage blanc.

Un processus réglementé pour l'extension des appellations

Chaque année, tous les acteurs viticoles se réunissent au sein du comité régional de l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité). C’est là qu’ils définissent ensemble dans quelle proportion chaque appellation peut augmenter ses terres cultivables, des données très contrôlées. Ils ne peuvent pas pour autant décider d’agrandir les plantations d’une appellation comme bon leur chante.

Depuis 2013, un règlement européen encadre l’extension des appellations et indications géographiques afin "d’éviter un risque de dépréciation" de ces appellations et ne pas tomber dans la surproduction. Ainsi, chaque pays de l’Union européenne doit limiter l’extension annuelle de ses vignobles à une superficie représentant 1 % des terres déjà cultivées. En France, 796 000 hectares de vignes sont cultivés, ce qui représente une possibilité d’extension maximale d’un peu moins de 8 000 hectares par an à repartir sur tout le territoire.

Sous l’impulsion du BNIC, le Comité régional de l’Inao Nouvelle-Aquitaine en demande 3 129 hectare pour l’AOC Cognac. Une part importante de la capacité d’extension annuelle française mais qui ne devrait pas poser trop de soucis selon Philippe de Guenin, directeur régional de l'alimentation, l'agriculture et de la Forêt pour la région Nouvelle-Aquitaine. "Si toutes les appellations demandaient ça ne serait pas possible, mais la réalité, c'est que le Cognac est un des seuls à se développer. Les autres, comme le Bordeaux sont plutôt sur une tendance à la baisse des superficies", fait-il remarquer.

Un succès international

Car depuis quelques années, la consommation de vin diminue en France. Les vignes destinées au vin de table sont progressivement abandonnées, car les habitudes changent. Le cognac, quant à lui, continue son développement. Si les Français n’en sont pas de gros consommateurs, à l’étranger le cognac a la côte. Nul n'est prophète en son pays. Aux États-Unis notamment, où les rappeurs, fanatiques du spiritueux, en font constamment la promotion dans leurs chansons, mais également sur le continent asiatique. C’est ainsi que 97,9 % du cognac est exporté à l’international. Et, selon la filière, ce n’est pas fini. "Il y a de nouveaux marchés qui s’ouvrent, sur l’Afrique du Sud ou le Nigéria notamment", assure Florent Morillon. Un développement peu visible, vu de France, mais réellement observable à l’étranger.

Pour Julien Massé, viticulteur à Rouillac sur l’AOC Cognac, cette extension - qui serait du même ordre que les quelques années précédentes – est primordiale. "Cela me permettrait, à mon échelle, de pérenniser un apprenti alors que, pour le moment, je n’en n’ai pas les moyens", assure-t-il. Un coup de pouce pour une filière qui pèse lourd dans l’économie de la région. "C’était également nécessaire car la demande progresse d’année en année, mais il y a également de plus en plus d’aléas climatiques qui impactent les cultures. Avoir plus de vigne permet de réduire un petit peu l’exigence de rendement et de faire des réserves en cas de mauvaise année", appuie Julien Massé.

Anticiper pour continuer à être ambitieux

Pour autant, la superficie de plants de vigne dédiée au cognac a déjà été bien plus élevée. À la fin des années 70, l’AOC Cognac recouvrait une superficie de près de 100 000 hectares, soit 20 000 de plus qu’actuellement. Problème : les quantités produites étaient supérieures à la demande. La surproduction a abouti à une crise de la filière et la superficie cultivée a été réduite d’année en année, jusqu’à une reprise progressive du développement depuis quelques années (voir graphique ci-contre du BNIC).

L'histoire pourrait-elle se répéter ? À en croire Florent Morillon, à présent, les choses ont changé. "Nous avons un modèle de prévision qui intègre nos perspectives de vente, de production et cet outil est parfaitement fiable", défend le représentant du BNIC, également directeur des affaires institutionnelles de Hennessy.

Si, selon le directeur régional de l'alimentation, l'agriculture et de la Forêt de Nouvelle-Aquitaine, Philippe de Guenin, la demande d’étendre de 3 129 hectares le droit de plantation pour l’AOC Cognac a de fortes chances d’aboutir, la décision est loin d’être entérinée. Le processus est encore long. Le comité national de l’Inao doit rendre son avis le 18 novembre. Ensuite, le 15 décembre, ce sera au tour du comité Vin de France Agrimer, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer dépendant du ministre de l’Agriculture, avant la validation du ministre de l’Agriculture, au plus tard le 1er mars 2022. "C’est un long processus, explique le viticulteur Julien Massé. Si c’est validé nous pourrons planté en 2023 et donc récolter à partir de 2025, pour arriver à un produit fini à l’horizon 2028." Un temps long anticipé par la filière cognac, qu’elle estime nécessaire au vu de ses ambitions de développement.

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