"Je vais mourir en pensant à toi jusqu'à la dernière seconde." La dernière lettre d'un fusillé du groupe Manouchian retrouvée

Quelques heures avant son exécution, en 1944, Roger Rouxel avait écrit une dernière lettre à sa compagne Mathilde, confiée à la commune de Tarnac, en Corrèze. Il a été fusillé avec son groupe de 23 hommes, mené par le résistant arménien Missak Manouchian, qui doit faire son entrée au Panthéon ce 21 février.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

"Je t'écris une première et dernière lettre qui n'est pas gaie. Je t'annonce ma condamnation à mort et mon exécution pour cette après-midi à 15 heures". Ces mots d’amour sont ceux d’un jeune homme à sa petite amie, quelques heures avant son exécution.

"Je meurs en Français patriote"

Nous sommes en 1944, le 21 février. Roger Rouxel, résistant et membre du groupe internationaliste Manouchian, a 18 ans lorsqu’il rédige ces mots depuis la froide prison de Fresnes. Il les adresse à sa fiancée Mathilde juste avant son exécution. Leur relation naissait tout juste. "Je te demande d'avoir beaucoup de courage. Je vais mourir en pensant à toi jusqu'à la dernière seconde", poursuit le condamné, avant d'ajouter : "Je meurs en soldat de la Libération et en Français patriote".

J'ai fait mon devoir de soldat. Je te demande d'oublier ce cauchemar et te souhaite d'être heureuse. Tu le mérites.

Lettre de Robert Rouxel à sa fiancée Mathilde

Le 21 février 1944

Un documentaire avec les survivants du groupe Manouchian

Pendant trois mois, Mathilde avait attendu, pleine d’espoir, le retour de son bien-aimé arrêté sous ses yeux... Jusqu’à la réception de la lettre. Cette attente et cette missive, Mathilde les a confiées en 1978, au réalisateur Stéphane Gatti, lui-même fils de résistant, pour le documentaire "La Première Lettre" (1978) dans lequel elle apparaît. "On a eu 18 ans et puis à un beau jour, Roger me demandait à sortir avec lui. J’étais étonnée, et puis bon, j’ai accepté", sourit-elle, en évoquant ses fiançailles.

"Ça enracine l'action des résistants limousins"

Le réalisateur remet ensuite cette lettre à la commune de Tarnac, en Corrèze, là où son propre père pris le maquis. Cette missive poignante et historique, est désormais affichée dans la mairie. 
"Nous sommes fiers et émus, notamment avec l'actualité récente et la panthéonisation qui va avoir lieu. Ça enracine l'action des résistants limousins, ça permet de faire vivre cette Mémoire encore aujourd'hui et de surtout de ne pas oublier", déclare Pierre Chauvot, adjoint à la mairie de Tarnac. 

Au-delà de leurs activités de résistance, ils avaient une vie amoureuse et ils ont énormément perdu en ayant été fusillés ou en ayant fait des actions de résistance.

Pierre Chauvot

Adjoint à la mairie de Tarnac

Une lettre d’amour désormais affichée pour se souvenir de l’histoire des hommes derrière la grande Histoire de la Résistance.

Ce mercredi 21 février 2024, à l'occasion des 80 ans de son exécution, un hommage solennel de la Nation se tiendra pour Missak Manouchian et à ses camarades de Résistance. Lors de cette cérémonie officielle, le poète arménien et son épouse Mélinée entreront au Panthéon.