Mobilisation sous tension autour d’un projet de centre d’accueil de demandeurs d’asile en Corrèze

Un centre d'accueil des demandeurs d'asile (Cada) doit voir le jour dans la petite commune de Beyssenac en Corrèze. Une vingtaine de manifestants d’extrême droite opposés à cette implantation se sont rassemblés sur place ce samedi 25 février. En réaction, une centaine de militants associatifs sont venus rappeler l’importance de l’accueil des personnes fragiles.

C’est un projet qui provoque beaucoup d’émotion comme dans d'autres endroits de France. La préfecture de Corrèze souhaite créer un centre d'accueil des demandeurs d'asile (Cada) dans l'ancien hôtel-restaurant La Mandrie, à Beyssenac. Il accueillera 40 personnes d'ici à la fin 2023, 20 personnes dès le mois d'avril.

Notre reportage qui présente le projet le 13 février dernier avec le préfet de Corrèze et Karine Bouleteux, responsable du projet Viltaïs: 

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Polémique en Corrèze après l'officialisation de ce projet de CADA (Centre d'Accueil pour Demandeur d'Asile) par la préfecture. D'ici à la fin de l'année, 40 places seront créées dans la commune de Beyssenac pour accueillir ces demandeurs d'asile ©Camille Becchetti et Laurent Du Rusquec - France 3 Limousin

Fermé au public depuis plusieurs mois, l'établissement est sur le point d'être vendu par ses propriétaires à l'association Viltaïs, spécialisée dans l'accompagnement de ressortissants étrangers en attente de leur régularisation sur le territoire français.

Ce samedi 25 février, deux manifestations ont eu lieu dans ce village de seulement 372 habitants, situé au nord-ouest de la ville préfecture, Brive.

Monarchistes

D’abord, une mobilisation à l’appel de l’Action Française, un groupe d’extrême droite qui prépare la "restauration de la monarchie".

Une vingtaine de personnes se sont rassemblées avec des slogans rapportés par nos confrères de la Montagne : "On est chez nous" ou "Immigration, nation en danger".

"Les habitants se sont aperçus que ce n’était pas un problème d’accueillir ces personnes"

En réaction à ce mouvement, des militants associatifs ont décidé, à leur tour, de se faire entendre pour ne pas laisser place libre à ces propos. Ils étaient une centaine.

Thérèse Bénétreau, militante de l’Union populaire qui vit à Eymoutiers, à une heure de là, en Haute-Vienne, était sur place. Elle explique : "Nous, on a un Cada depuis plus de 10 ans. On a vécu des périodes où il y avait des craintes. Mais très vite, les habitants se sont aperçus que ce n’était pas un problème d’accueillir ces personnes. "

J’ai eu des témoignages de gens qui s’interrogeaient et qui finalement étaient ravis que leurs enfants fréquentent des camarades d’origines différentes.

Thérèse Bénétreau - Union populaire

Inquiétudes

Depuis l'annonce du projet en janvier, une pétition en ligne a été lancée.

Une première manifestation du collectif  "Sauvons Beyssenac et Ségur" a eu lieu à Pompadour le 18 février dernier. Dans le groupe de manifestants opposés au projet, apparaissaient des pancartes des mouvements "Reconquête!", parti d'Eric Zemmour et "Les patriotes", parti de Florian Philippot. Un collectif en faveur du centre était également présent ce jour-là pour un "contre-rassemblement" afin de dénoncer "une récupération politique". 

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Manifestation du collectif  "Sauvons Beyssenac et Ségur" à Pompadour le 18 février dernier contre le projet de CADA de Beyssenac. ©Colyne Rongère et Elea Tymen - France 3 Limousin

Le collectif  "Sauvons Beyssenac et Ségur", mobilisé contre le projet de Cada, n’est pas à l’origine de la manifestation d’Action française organisée ce samedi 25 février. Son représentant, Philippe Ponge, habitant du secteur, était absent samedi. Cependant, il approuve la démarche : "C’est un soutien bienvenu. L’essentiel, c’est de faire gagner notre cause."

Mais aujourd’hui, Philippe Ponge attend surtout des informations de la part de la préfecture : "Il y a une opacité, c’est ça qui inquiète. Personne n’est au courant de rien. Le Cada, c’est des gens, on ne sait pas d’où ils viennent. Si on en savait un peu plus, peut-être que ça passerait."

Opposition de la mairie

Le maire de Beyssenac, Francis Comby, vice-président du département, s’exprime sur sa page Facebook : "Nous n'avons pas d'information !!! Qui seront les personnes accueillies ? Combien ? Quand ? Comment ? Où seront scolarisés les enfants ?" Et il prend officiellement position : "En attendant d'avoir des infos, le Conseil municipal de Beyssenac s'oppose à la mise en place de ce centre d'accueil pour demandeurs d'asile".

Samedi à Beyssenac, une intervention de la gendarmerie a permis d’éviter d’éventuels affrontements. Tous les acteurs espèrent maintenant une réaction de la préfecture de la Corrèze qui devra miser sur la concertation et la pédagogie pour apaiser durablement les esprits.

Les raisons du projet selon la Préfecture

Le 13 février dernier, dans notre reportage, le Préfet de Corrèze, Etienne Desplanques répondait à Camille Becchetti et assumait cette décision : 

"L'État est responsable de la politique de demande d'asile, d'examen de ces demandes, qui pour certains aboutiront à la délivrance du statut de réfugié. En Corrèze, nous étions un peu en dessous de la moyenne régionale. Nous avions déjà des places, par exemple le CADA de Peyrelevade où ça se passe très bien et nous étions en recherche de quelques places supplémentaires pour pouvoir compléter notre dispositif et Viltaïs a pu proposer la création d'un CADA à Beyssenac." 

"Dans un premier temps, lorsque l'on crée un CADA, il y a évidemment une discussion avec les élus. Néanmoins, je rappelle que la décision relève uniquement de l'État. Dans un deuxième temps, nous allons travailler plus dans en détail avec la commune de telle manière que ce CADA soit tout simplement un succès en termes de politique de l'asile, mais aussi de bonne intégration de ce CADA dans son environnement. Et je note qu'à chaque fois qu'un CADA a été créé en Limousin, ça a été une belle réussite et tout le monde s'y est mis. 

Le préfet d'évoquer notamment, de nouveau, le projet de Peyrelevade où certains demandeurs d'asile afghans accueillis travaillent aujourd'hui dans la société Constellium.

Sur le département, plusieurs centres d'accueil sont en effet déjà implantés et gérés par des associations. L'objectif étant d'accompagner les demandeurs d'asile dans leur démarche administrative de demande de régularisation.

La mise en place de nouveaux centres d'accueil fait des remous dans d'autres territoires de l'hexagone depuis plusieurs mois. La commune de Callac, dans les Côtes d'Armor, a renoncé mi-janvier sous la pression d'opposants. Samedi matin, c'est en Loire-Atlantique, à Saint-Brévin, que 900 habitants, selon l'agence France Presse, se sont mobilisés pour accueillir des réfugiés. L'après-midi, des opposants ont rassemblé 200 manifestants, toujours selon nos confrères sur place.