Violences conjugales et confinement : l'inquiétude des associations de défense des victimes

En Corrèze, plusieurs services spécifiquement dédiés aux femmes victimes de violences sont maintenus, mais avec un problème commun à tous : comment entrer en contact avec ces femmes sans risquer de les mettre en danger. Et tous s'attendent à une augmentation des faits de violence intrafamiliaux. 

© André Abalo - France 3 Limousin

Depuis le début du confinement, l'accueil de jour Inform'elles 19 à Tulle pour les femmes victimes de violences conjugales est fermé. En 2019, 329 personnes avaient été accueillies dans ces locaux par  SOS Violences Conjugales. Aujourd'hui, pour continuer malgré tout de venir en aide aux victimes, l'association assure une permanence téléphonique au 05 55 88 20 02, "mais depuis 15 jours, nous n'avons reçu que 2 appels",  note Jeanne Itangu, la directrice, "alors que d'habitude c'est entre 5 et 10 appels par jour".

Et toutes les associations et structures dressent le même constat: en cette période de confinement et de promiscuité, c'est encore plus compliqué pour les victimes de se dégager un espace et un moment pour appeler. "On arrive en revanche à maintenir un lien social par mail ou via notre page facebook et la messagerie privée, avec les personnes que nous accompagnons déjà, mais ce qui nous inquiète particulièrement, ce sont toutes les nouvelles situations qui auraient besoin d'avoir une écoute" .

Même sentiment du côté de Uss'elles : pour la présidente de l'association qui oeuvre en Haute-Corrèze, "le confinement va aggraver les situations au sein des foyers, pour les femmes et pour les enfants."

Et ce qui est terrible, c'est que les femmes sont confinées avec les auteurs des violences et qu'elles ne peuvent pas appeler.

Ici aussi, la permanence téléphonique au 06 78 18 46 72 est malgré tout maintenue.

Faire appel à des citoyens relais et aux pharmaciens


Les moyens d'intervention pour ces associations sont donc limités. SOS Violences Conjugales espère que les voisins, proches ou famille puissent alors servir de relais comme l'explique dans cette interview Jeanne Itangu 
 
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SOS Violences conjugales : interview de Jeanne Itangu ©via Skype


Un dispositif est également en train de se mettre en place avec les pharmaciens. Selon, un communiqué du Ministère de l'Intérieur, durant cette période de confinement, les victimes de violences intra-familiales pourront se rendre dans la pharmacie la plus proche de leur domicile, où elles seront accueillies et où l’alerte sera immédiatement donnée auprès des forces de l’ordre. 
 
© F3 Aquitaine

Une signalétique va être mise au point que tous les pharmaciens pourront apposer sur la porte de leur officine pour prévenir de l’existence de ce dispositif
Chaque victime qui souhaite avoir recours à ce dispositif peut prétendre sortir de son domicile pour aller faire des courses et remplir l’attestation en cochant la case correspondante. Toutefois, rappelle le Ministère de l'Intérieur,

il ne sera jamais reproché à une victime de violences intra-familiales parvenant à quitter son foyer de s’être échappée sans attestation.

 

Des forces de l'ordre plus que jamais attentives et sensibilisées


Afin de prendre en charge au plus vite les victimes, les forces de l'ordre ont reçu consigne d’intervenir en urgence pour les appels provenant des pharmacies.
En Corrèze, la déléguée aux droits des femmes et à l’égalité rappelle également que gendarmes et policiers peuvent toujours déclencher à tout moment un système de transport et d'hébergement d'urgence. "S'ils jugent que la situation le nécessite, ils peuvent faire venir un taxi pour permettre aux victimes de quitter au plus vite leur logement", précise Anne-Marie Chastré, "mais encore faut-il qu'elles puissent appeler"... toujours la même problématique. 

Au 24 mars, la police en Corrèze n'avait pas reçu plus d'appels en lien avec des violences intrafamiliales que les semaines précédant le confinement, alors qu'en zone de gendarmerie, ceux-ci ont doublé, passant d'une dizaine à une vingtaine. "Ca monte crescendo, mais on s'attend à une augmentation des faits de violences sexistes et sexuelles, conjugales et intrafamiliales". En 2019, en Corrèze, 440 faits de violence intrafamiliale ont été enregistrés. Et en France, une femme est tuée tous les deux jours et demi par son conjoint ou ex conjoint. 

Des hébergements assurés pour les victimes

À Brive, 19 places sont réservées pour des femmes victimes de violences, avec ou sans enfants, au centre d'hébergement et de réinsertion sociale Solidar'elles.
Aujourd'hui, deux chambres sont encore disponibles. "Et dans tous les cas, des solutions d'hébergement seront trouvées", assure Adeline Andrieu, chef de service à Solidar'elles.
Dans le centre, trois enfants de 8 à 14 ans sont accueillis - au moment de l'écriture de cet article - avec leurs mères. Une aide aux devoirs avec des éducateurs a donc été mise en place. 
 


Le planning familial du plateau de Millevaches aussi à l'écoute


Si le planning familial du plateau de Millevaches est aussi à l'écoute au 07 87 83 22 49, des personnes victimes de violences intrafamiliales, en ce moment, les appels concernent surtout les tests de grossesse ou l'interruption volontaire de grossesse. "Il s'agit de jeunes filles ou de jeunes femmes qui veulent rester discrètes vis à vis de leur famille, qui ne veulent pas prévenir leur entourage et pour qui le confinement rend aussi les choses plus compliquées" explique David Lahoule. Les IVG sont toujours réalisées dans les hôpitaux de la Corrèze. "Là aussi, c'est plus compliqué, mais toujours possible, mais forcément à l'hôpital car en Limousin, il n'y a pas de médecin pour assurer les IVG médicamenteuses"


 
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