Comment le marais poitevin s'adapte aux crues et inondations de plus en plus fréquentes

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Le niveau d'eau du marais poitevin se remplit plus vite qu'il ne se vide dans la mer, menaçant de déborder à chaque période de fortes intempéries ©France télévisions

En novembre 2023, le marais poitevin n'a pas échappé aux crues. Entre l'entretien des parcelles, des centaines de kilomètres de digues à surveiller et les cultures agricoles gorgées d'eau, les enjeux se multiplient face aux aléas climatiques.

Les fortes intempéries et les multiples tempêtes (Céline, Ciaran et Domingos) qui se sont abattues sur le marais poitevin, deuxième zone humide de France, ont inondé des milliers d'hectares de terres. Il faut remonter à l'année 1982, voire 1995, pour voir des crues aussi hautes.

Façonné artificiellement par l'homme il y a des centaines d'années, le marais dit mouillé joue son rôle pour contenir les inondations et les cultures du marais desséché lors d'intempéries aussi exceptionnelles. Ce qui l’est moins en revanche, c’est l’intensité du phénomène : 330 mm de tomber en 18 jours, un record.

Les digues surveillées de près

Depuis une quarantaine d'années, la montée du niveau des océans ralentit l’écoulement du marais vers la mer. Il ne se remplit plus vite qu’il ne se vide, et menace à chaque évènement climatique majeur de déborder. Une situation préoccupante selon Jean-Pierre Servant, vice-président de l'Institution du Bassin de la Sèvre Niortaise. "Cette énorme quantité d’eau, il faut être capable de l’évacuer à la mer. Or, en fonction des vents et des coefficients de marée, on a une sortie sur la baie de l’Aiguillon, au niveau de la commune de Charron (Charente-Maritime), qui, par moment, est très compliquée."

CARTE. Réserve Naturelle Nationale de la Baie de L'Aiguillon

Appelée surverse, l’eau du marais mouillé passe au-dessus des têtes de digues et se déverse dans les marais desséchés. Si ce phénomène survient de manière récurrente, les dégâts pourraient être colossaux. Avec le temps, les digues qui assurent l’étanchéité entre les deux marais se sont tassés et ont perdu en efficacité. Des chantiers sont alors mis en route, comme à Maillezais en Vendée, où l'on répare ces digues au fur et à mesure.

L’année prochaine, on risque de ne pas avoir de pailles du tout. C’est une vraie inquiétude.

Jérémy Mainard

agriculteur basé à Courçon (Charente-Maritime)

"Chaque année, on remet à la côte les digues qui sont définies par l’état. Parfois, on met plusieurs années à revenir sur certaines digues et donc, il peut y avoir quelques zones un peu plus basses. Dans ces cas-là, il peut y avoir une petite surverse", déclare Arnaud Charpentier, président du Syndicat Mixte Vendée-Sèvre-Autise.

Une montée des eaux qui menace les cultures

Ces fortes intempéries touchent également le marais desséché, et particulièrement les cultures agricoles. Du jamais vu. "Cela ne nous était jamais arrivé, réagit Jean-Michel Largeaud, agriculteur céréalier installé à Courçon, en Charente-Maritime. Habituellement, on avait du blé de semer, on attend, mais je pense que l’on n'en sèmera pas cette année". Même constat pour Jérémy Mainard, jeune agriculteur qui ne sait pas comment il va pouvoir nourrir son bétail. "L’année prochaine, on risque de ne pas avoir de pailles du tout. Oui, c’est une vraie inquiétude".

Un marais poitevin chahuté et confronté à un autre problème, celui de son entretien. Si l'État prend en charge la partie publique, ce sont aux syndicats et aux propriétaires des parcelles de s'occuper du reste. Mais d'après eux, le coût des travaux est aujourd'hui bien trop onéreux. "Ces arbres-là, il faut faire venir une pelleteuse pour remettre les trappes en place. Ça va coûter extrêmement cher", explique Bernard Riffault, président du syndicat des Marais mouillés des Deux-Sèvres.

"Les branches de frêne sont énormes. Ce sont des branches d’arbres qui n’ont pas été coupés depuis une trentaine d’années. Tout cela vient encombrer les conches (petit canal que l'on trouve dans le marais, NDLR) et les circuits des voies d’eaux. Lorsqu’il y a de l’eau comme en ce moment, ça névacue pas bien. Et c’est ça, le danger".

Façonné durant le Moyen Âge, le marais poitevin pourra-t-il faire face aux aléas climatiques ? À l'heure actuelle, personne n’est en mesure de donner la réponse.