Mégabassines : la contre-attaque scientifique des opposants après l'expertise du BRGM sur le bassin de la Sèvre niortaise et du Marais poitevin

Dans les Deux-Sèvres, les réserves de substitution, dites « mégabassines » sont au cœur de nombreux débats. Leurs opposants dégainent un rapport scientifique qui vise à montrer leur impact négatif sur les nappes phréatiques et les cours d’eau environnants.

En octobre dernier, des milliers de manifestants et manifestantes avaient tenté d’interrompre le chantier de la future mégabassine de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. Le 25 mars prochain, une nouvelle mobilisation devrait de nouveau réunir de très nombreuses personnes, résolues à dénoncer les systèmes de réserves de substitution.

En attendant, le collectif Bassines Non Merci poursuit son combat, rejoint par Anne-Morwenn Pastier. Docteure en sciences de la Terre et autrice d’une thèse sur l’hydrologie et la géologie, elle a souhaité mettre ses compétences à profit pour relire le rapport du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières).

Une référence scientifique remise en question

Ce document, commandé par la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres, et paru en juillet 2022 sur une commande de la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres, sert de référence pour la construction des 16 futures réserves de substitution dans le Marais Poitevin. François Pétorin, agriculteur et administrateur au sein de la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres, l’affirme : "on s’est appuyés sur l’étude du BRGM pour valider le projet, sans cette étude, on ne l’aurait pas fait."

Ce rapport prévoit une "amélioration globale du niveau des nappes" au printemps et en été, ainsi qu’une hausse du débit des cours d’eau de l’ordre de 6 % en sortie du bassin. Par définition, les réserves de substitution consistent à puiser de l’eau l’hiver lorsque les nappes phréatiques sont plus hautes, pour un usage en période plus sèche. Elles devraient ainsi permettre de prélever moins d’eau dans les nappes lorsque leur niveau est plus bas.

Dans sa relecture du rapport, Anne-Morwenn Pastier émet plusieurs critiques.

Dans son rapport, le BRGM a utilisé le modèle hydrogéologique de gestion des nappes du Jurassique. Il doit permettre d’estimer les "volumes prélevables" dans les nappes, en tenant compte de données comme la pluviométrie, la perméabilité des sols, les températures, sur une surface de plus de 20 000 mètres carré. Si Anne-Morwenn Pastier ne critique pas ce modèle, elle estime qu’il n’est pas pertinent à plus petite échelle, pour évaluer l’impact des réserves de substitutions sur des cours d’eau mineurs.

Un impact sous-estimé ?

La géoscientifique pointe également la marge d’erreur revendiquée par le BRGM dans sa simulation. L’établissement public affirme qu’elle est de deux centimètres entre les mesures de profondeur de nappe phréatique réelles, et celles de la simulation, mais Anne-Morwenn Pastier affirme qu’après avoir refait les calculs, elle trouve des différences allant d’1,2 à 2,2 mètres.

D’après la chercheuse, les bénéfices sur les cours d’eau sont également surestimés : dans le rapport du BRGM, il est indiqué que la rivière le Mignon pourrait voir son débit augmenter de 40 % à l’étiage, lorsque son niveau est au plus bas. Anne-Morwenn Pastier rappelle que dans ces conditions, le cours d’eau passerait d’un débit de 0,3 mètre cube par seconde à 0,45 mètre cube par seconde : "Le débit est tellement bas que même une toute petite variation fait une grosse différence en pourcentage !", souligne-t-elle.

Vers un débat entre pro et anti-bassines ?

Pour présenter ce qu’ils qualifient de contre-rapport, Bassines Non Merci et la Confédération paysanne ont annoncé avoir envoyé une liste de questions au BRGM, à la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres et à la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne. Ils s’interrogent d’abord sur le fait que le choix du BRGM pour réaliser cette simulation n’ait pas été soumis à un appel d’offres. Pour Thierry Boudaud, président de la Coop de l’eau, il n’y avait pas lieu de le faire : "c’est un comité de pilotage (composé de services de l’État et d’associations environnementales) qui a pris cette décision de manière collégiale. Le BRGM a tout de suite été cité comme le plus reconnu, le plus indépendant, ça a fait l’unanimité."

Les opposants aux mégabassines estiment également que le réchauffement climatique n'est pas suffisamment pris en compte dans les modélisations, notamment en ce qui concerne les risques d’évaporation de l’eau contenue dans les réserves d’eau, ou de prolifération de bactéries dans ces vastes réservoirs. Ils s'interrogent également sur la capacité à remplir ces mégabassines dans les prochaines décennies, alors que la sécheresse est déjà une réalité en France et dans la région.

Dans cette optique, Bassines Non Merci, la Confédération paysanne et Anne-Morwenn Pastier affirment qu’ils aimeraient organiser un débat public avec le BRGM, la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres et la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne.

En attendant, une présentation au grand public de cette contre-expertise est prévue ce vendredi 3 février à 20h30, dans la salle des fêtes de Saint-Léger de la Martinière, dans les Deux-Sèvres.