Pénurie de vétérinaires en milieu rural : l’espoir d’attirer les étudiants ?

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Écrit par Olfa Ayed avec Alain Darrigrand

Le manque de vétérinaires en France est criant depuis 20 ans, en particulier en milieu rural. Certains praticiens tentent de trouver des solutions notamment auprès des étudiants. Illustration dans les Deux-Sèvres.

Si le nombre de vétérinaires, tous secteurs confondus, en France n’est pas suffisant, ceux exerçant en milieu rural, auprès des animaux de rente (les animaux de ferme ndlr) est en diminution. Sur les 19.000 professionnels dans l’Hexagone, seul un tiers a choisi d’exercer à la campagne. Dans les Deux-Sèvres, Nicolas Fraysse, vétérinaire depuis 20 ans va cesser son activité auprès des animaux d’élevage d’ici quelques mois. "On a du mal à recruter des vétérinaires ruraux. Et à cause de ça, on se retrouve de garde deux, trois, quatre nuits par semaine. C’est usant tout simplement", témoigne-t-il. Dès le matin, à peine sa tournée commencée, la liste des consultations s’allonge, avec une soixantaine de kilomètres à parcourir. Désormais, Nicolas Fraysse va se consacrer aux animaux de compagnie dans son cabinet.

Le confort d’une activité  à la clinique est quand même plus important.

Nicolas Fraysse, vétérinaire à Niort

Il n’est pas le seul à renoncer. L’année dernière dans le sud des Deux-Sèvres, deux autres cabinets ont cessé leur activité rurale. Ces vétérinaires ne sont pas remplacés. Conséquences de cette pénurie : l’allongement des distances pour ceux qui exercent encore. "C’est un gros stress pour nous, le fait que le vétérinaire n’arrive pas assez vite, on peut perdre l’animal", indique Cécile Brassac, éleveuse de bovins à Niort. Les contraintes liées à la ruralité n’attirent pas. Alors, certains tentent de trouver des solutions.

Alléger les contraintes du métier

La clinique vétérinaire Charmilles, à Parthenay (Deux-Sèvres), présente sur quatre villes du département, mise sur sa taille pour alléger les contraintes du métier. "On est seize vétérinaires dont six associés. Chaque vétérinaire fait une garde par semaine et, en plus, ils font un weekend sur quatre", explique Yves Horion, président du Groupement Technique Vétérinaire (GTV) en Nouvelle-Aquitaine.

Ça nous permet d’avoir une vie personnelle assez épanouie, on peut avoir des activités à côté de notre travail.

Lilian Biot, vétérinaire à la clinique Charmilles

Si cette piste est prometteuse, elle ne suffit pourtant pas à ramener les vétérinaires à la campagne. L’autre solution se trouve du côté des étudiants, en les encourageant à emprunter la voie du rural. "On montre que nous, on y prend plaisir, déjà c’est le b.a.-ba Il faut les rassurer", souligne Yves Horion. Ludivine Sourdaine, élève en dernière année d’école vétérinaire à Nantes, s’est laissée convaincre d’exercer à la campagne : "L’intérêt aussi des animaux d’élevage c’est qu’on peut faire de la médecine en troupeau, gérer la population, l’élevage via des suivis de reproduction. On va aussi aller voir derrière l’alimentation. Je suis jeune donc faire des gardes, du temps de travail ça ne m’embête pas."

Espoir du côté des futurs professionnels ?

Pour augmenter le nombre de vétérinaires formés à la pratique rurale, le ministère de l’Agriculture a également parié sur un nouveau mode de recrutement en école de vétérinaires. Depuis la rentrée 2021-2022, il est possible d’intégrer une école en post-bac via Parcoursup. Une première année de prépa est intégrée au cursus, suivie de 5 ans de formation. En deuxième année, ils seront rejoins par les étudiants recrutés par les autres voies du concours vétérinaire, notamment celle organisée à l'issue de la classe préparatoire "biologie-chimie-physique-sciences de la terre."

"Cette nouvelle voie d’accès aux écoles vétérinaires offre aux élèves de Terminale ayant de bons résultats scolaires mais qui hésitent à s’inscrire dans un cursus de classe préparatoire aux grandes écoles, la possibilité de postuler directement dans une des quatre écoles nationales vétérinaires. Cette réforme s'inscrit dans la volonté du gouvernement de favoriser l'ouverture sociale et diversifier le recrutement des grandes écoles", est-il écrit sur le site internet du ministère de l’agriculture.

Mais avec seulement quatre écoles en France le nombre d’étudiants sortant d’écoles ne permet pas non plus de pallier le manque de professionnels, encore moins en milieu rural. Selon Matthieu Mourou, le président du conseil régional de l’Ordre des vétérinaires de Nouvelle-Aquitaine, le problème de recrutement à la campagne est "plurifactoriel" : "Les jeunes et les plus anciens ont besoin d’avoir une vie sociale, d’avoir accès à la culture. Vous avez des problèmes liés au territoire, à la géographie et à la densité d’élevage." Pour lui, c’est un "phénomène de société" et de "démographie."

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