Beynac : le député LREM Michel Delpon se prononce pour la reprise du chantier

La déviation de Beynac réserve décidément bien des surprises. Alors qu'on croyait le dossier enterré avec l'obligation judiciaire faite au département de démolir l'existant, le député LREM Michel Delpon se prononce publiquement pour la reprise des travaux

Le Député LREM de la 2ème circonscription Michel Delpon se prononce en faveur de la poursuite du chantier de Beynac
Le Député LREM de la 2ème circonscription Michel Delpon se prononce en faveur de la poursuite du chantier de Beynac © France 3 Périgords
La crise du coronavirus aurait presque fait oublier les dossiers "d'avant". En Dordogne, depuis des mois, et même des années, LE dossier, c'est bien évidemment la déviation de Beynac. Un feuilleton à rebondissement autour de la construction d'une déviation sur l'un des plus beaux sites touristiques de Dordogne où se sont mêlés le politique, le médiatique et le juridique.

Un bras de fer féroce entre le Conseil Départemental dirigé par Germinal Peiro et des association environnementalistes (principalement la SEPANSO) qui a abouti en décembre dernier, à l'obligation pour le Conseil départemental de la Dordogne de démolir les ouvrages et de remettre les lieux en état dans un délai d’un an. 

► Notre dossier complet sur le contournement de Beynac

Dans ce contexte, alors que l'affaire semblait définitivement entendue, qu'est-ce qui pousse le Député de la 2ème circonscription Michel Delpon à sortir de la réserve qu'il avait observé jusque là et à se prononcer pour la poursuite du chantier ? Un député par ailleurs membre au parlement de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire.

Je me prononce à présent publiquement contre la démolition des ouvrages. Michel Delpon

Dans une lettre que le Département a fait parvenir aux rédaction, le député explique qu'il avait jusqu'alors observé la neutralité mais précise que "eu égard aux travaux déjà réalisés, je me prononce à présent publiquement contre la démolition des ouvrages déjà réalisés en raison du gaspillage d’argent public que cela représente."

Argument financier, mais aussi écologique, il souligne aussi l'impact que la démolition de l'existant aura sur l'environnement sans mesures compensatoires environnementales, et enfin touristique et économique, le contournement devant selon lui dynamiser le Sud Dordogne. 

L'occasion de rebondir pour le Département

Après le Sénateur PS Claude Bérit-Débat et le Député MODEM Jean-Pierre Cubertafon, le député LREM du Bergeracois apporte donc à son tour son soutien au Conseil Départemental. Au risque de fâcher Stéphane Bern, le Monsieur Patrimoine désigné par Emmanuel Macron, qui s'est personnellement engagé à de multiples reprises et avec conviction, contre la déviation. 

L'occasion pour le Conseil Départemental de rappeler que "Les dernières élections municipales à Beynac, mais aussi dans les trois autres communes concernées par le contournement (Vézac, Castelnaud-la-Chapelle, Saint-Vincent-de-Cosse), ont très clairement montré, avec l’élection dès le premier tour des listes pro-déviation, le soutien de la population locale".

Pendant ce temps là, à la SEPANSO...

Côté opposants au chantier, on n'est pas resté inactif, et on se plaint même de l'inaction. Le 15 mai dernier, le président le Sepanso 24 Michel André a adressé une lettre au préfet de la Dordogne pour demander où en étaient les opérations de démolition des ouvrages de contournement de Beynac.
En rappelant que l’autorisation d’aménager avait été annulée par la cour d’appel de Bordeaux en décembre 2019 et que le Conseil départemental devait engager la démolition des ouvrages dans les 30 jours et  remettre les lieux en état dans un délai d’un an. 

Jouer la montre ?

Le Conseil Départemental a déposé plusieurs recours pour contester l'annulation du chantier devant le Conseil d'Etat. La crainte de l'association de défense de l'environnement est que le Département ne "joue la montre" dans l'espoir d'un revirement de situation, en ne faisant pas le nécessaire pour effectuer les travaux dans les délais impartis. Les travaux, qui passent nécessairement par des appels d'offres pourraient se faire selon le Département en 4 ans plutôt que dans le délais d'un an demandé. La SEPANSO demande donc au Préfet de vérifier la bonne foi du Conseil Départemental.

Avec Delpon, les Verts voient rouge !

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le positionnement de Michel Delpon à ce moment de l'histoire fait réagir. Témoin ce communiqué Vert (et acide) du Groupe écologiste et citoyen EELV à la Région Nouvelle-Aquitaine

" Déviation de Beynac Michel DELPON (et LREM) à fond la gomme !
En prenant partie contre la décision de justice stoppant les travaux de la déviation de Beynac et la remise en état initial du site, le vernis écologique et démocratique de Michel Delpon se craquelle.
Il fait fi d’une décision du Conseil d’Etat, ce qui interroge quant au principe démocratique essentiel de séparation des pouvoirs : pense-t ’il réellement qu’un Député de la République peut changer une décision de Justice ?
Cette position reflète bien aussi l’attention portée à l’environnement par Michel Delpon, LREM, et ses alliés locaux (Fabien Ruet, candidat soutenu par LREM à Bergerac pour les élections municipales avait déjà apporté son soutien à la déviation de Beynac).
Lionel Frel, Conseiller Régional EELV, connu pour avoir pris parti dès le début contre ce projet de déviation et pour la protection de la rivière Dordogne rappelle que « ce projet fait de béton et de goudron est profondément destructeur et inutilement coûteux. La Dordogne est la seule rivière au monde dont l’intégralité du bassin versant est classée réserve mondiale de biosphère par l’Unesco, c’est un écosystème formidable, et c’est aussi à ce titre qu’elle est facteur de développement et d’attrait pour notre département ».
Lionel Frel soutient les demandes des associations environnementales et de défense du patrimoine qui demande à M. le Préfet de la Dordogne de veiller à la mise en œuvre immédiate des décisions de justice. Il rappelle aussi la proposition des écologistes de travailler sur un projet de Parc Naturel de la Rivière Dordogne pour renforcer sa protection et pour amplifier son rôle comme facteur de développement territorial."


Dont acte.
Le communiqué de Michel Delpon relayé par le Conseil Départemental
« J’ai toujours pris position pour les causes environnementales et écologiques tout en défendant les perspectives de développement économique qu’elles pouvaient générer, notamment dans nos territoires ruraux.
Depuis mon élection à la députation, je défends ardemment les projets qui s’inscrivent dans cette ligne mais par souci de neutralité vis-à-vis du dossier de la déviation de Beynac, je n’ai jusque-là pas pris position à son sujet. Eu égard aux travaux déjà réalisés, je me prononce à présent publiquement contre la démolition des ouvrages déjà réalisés en raison du gaspillage d’argent public que cela représente.
Je souligne par ailleurs l’impact écologique négatif que cela va entraîner : nouvelle intervention dans le lit de la rivière, pas de mise en oeuvre des mesures compensatoires environnementales,
destruction des bassins de rétention déjà construits, pas de renaturation de la rivière avec les frayères à brochets prévus à l’origine…
D’abord, cette déviation si contestée pourrait être un des leviers complémentaires de dynamisation de notre territoire « Sud Dordogne ». Elle serait aussi une passerelle de la « véloroute voie verte » touristique allant du Lot jusqu’en Gironde, également une véritable « voie de la vallée » routière et sécurisée de Sarlat à Bergerac. Enfin, les perspectives de développement touristique et de développement économique des entreprises du territoire en seront accrues de façon évidente. »
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