Dans cet Ehpad, on accueille des animaux depuis plus de vingt ans : "c'est de la joie, des sourires, les yeux qui pétillent"

Le texte obligeant les Ehpad à accepter les animaux de compagnie avait été adopté par l’Assemblée en novembre dernier, puis retoqué par le Sénat. Ce mardi 12 mars, il était à nouveau examiné en commission mixte paritaire. À Bergerac, en Dordogne, un Ehpad accueille déjà des animaux, selon des modalités bien définies.

Sur les bords de la Dordogne, dans l'Ehpad La Madeleine, dans le quartier éponyme de Bergerac, certains pensionnaires très particuliers ont la cote. Les animaux y sont autorisés, selon des modalités et un règlement intérieur spécifique.

Dès que Taïko arrive, tout va bien !

Une cadre de direction de l'Ehpad

Ici, on accueille depuis une vingtaine d'années des chats, des chiens, des poissons, et même des poules ! Et quand arrive Taïko, le chien-mascotte de la maison parmi les pensionnaires... "Alors là, c'est de la joie, des sourires, les yeux qui pétillent,"  explique Virginie Rigaudie, aide médico-psychologique et maîtresse du petit chien. "Y'a pas besoin de parler, c'est juste des gestes, dès que Taïko arrive, tout va bien !" "J'adore !", confirme dans un grand sourire Simone, une résidente. "J'adore les animaux, j'en ai toujours eu, des animaux à la maison. J'ai eu des chiens, j'ai eu des chats, à la campagne, on avait des poules, on avait tout !"
Mais les animaux de l'Ehpad ne sont pas les siens, ils appartiennent au personnel ou à l'établissement, qui reste libre de les accepter ou non. 

Proposition de loi pour un accueil obligatoire

A-t-on le droit de priver les personnes âgées de la compagnie de leur animal domestique ? Doit-on forcer les Ehpad, déjà en manque de moyens, à gérer des animaux ? La question de l'accueil des animaux de compagnie dans les Ehpad divise. Elle fait l'objet d'un amendement déposé dans le cadre de la loi « Bien vieillir » examiné ce mardi.

Cette proposition de loi veut obliger les 7 500 Ehpad français à garantir "le droit de leurs résidents d’accueillir leur animal domestique et [à prendre] les dispositions nécessaires à leur accueil ". Un quart des Français de plus de 80 ans possède aujourd'hui un animal de compagnie. Si, dans le principe, personne ne peut nier l'intérêt humain et le plus que peut apporter la compagnie d'un animal familier à des personnes âgées parfois en perte de repère, le caractère obligatoire ne va pas sans poser de problème à des structures qui ne sont pas prévues pour ça.

Animaux dans l'Ehpad, ou de l'Ehpad 

Si la direction de l'Ehpad de Bergerac accepte les animaux validés dans son établissement, chacun émet des réserves sur ceux qui appartiendraient aux résidents. Emmanuel Guinet, responsable animation de l'Ehpad, le confirme.  "C'est important pour le résident d'avoir son chien ou son chat, son animal de compagnie, mais après, attention", prévient-il. "Est-ce que le résident est en capacité de le sortir, de le nourrir, de s'occuper de sa propreté ? Est-ce que les animaux entre eux vont s'entendre, ça lève plein de question derrière".

Il va falloir que ce soit très cadré !

Emmanuel Guinet,

Responsable animation

Qui pour changer la litière ?

Et que va devenir l'animal si son propriétaire est atteint de troubles cognitifs, s'il est hospitalisé, paralysé, ou s'il vient à décéder ? Qui paiera pour sa nourriture, ses soins vétérinaires ? Se pose aussi la question de la définition très floue de "l'animal de compagnie". Rien n'empêche, en théorie, d'y inclure les reptiles, les insectes ou les rats... Tout dépend enfin de la structure des établissements, et des chambres qui ne sont pas toutes dans la possibilité d'accueillir les animaux.

Sans nier l'intérêt de la présence animale, les directeurs d'établissement souhaitent avant tout garder la main sur le choix et l'acceptation des animaux, l'organisation qu'ils comptent mettre en œuvre et le règlement intérieur, auquel résidents et animaux devront se plier. 

Une mise en place forcément compliquée

Car les aspects négatifs ne manquent pas. Dans des établissements déjà en déficit à 70%, il y a d'abord le coût pour adapter les locaux, le manque de personnel pour veiller à la bonne tenue des bêtes, les risques d'allergies, les problèmes d'hygiène et de règles sanitaires, la cohabitation difficile entre animaux ou avec les résidents, les réticences des familles, etc.

Autant dire que la bonne idée peut rapidement se transformer en cauchemar pour les personnels, les résidents, les familles, voire pour les animaux eux-mêmes.

Pour finir, cet aspect très "visible" et émotionnel de la loi bien vieillir ne doit pas détourner l'attention de l'essentiel : l'urgence d'une réforme profonde sur les enjeux de la perte d’autonomie des personnes âgées, le vieillissement global de la population et le manque de moyens qui y reste étroitement lié pour l'instant.

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