VIDEO. Joséphine Baker au Panthéon : le courage d'une grande Résistante

Avec son tempérament de feu et son engagement sans faille, Joséphine devenue française dès son mariage avec Jean Lion en 1937 est une ardente patriote. Elle mène de front divers engagements auprès des troupes et au nom de la liberté.

Joséphine Baker ne ménage pas sa peine durant la guerre 39-45. C'est une période de sa vie intense, forte où elle prend des risques au péril de sa vie. 

Sitôt l’entrée des troupes allemandes en France, elle décide d'entrer en résistance contre les nazis et refuse de se produire sur les scènes parisiennes tant que les Allemands y seront jusqu’à s’opposer ouvertement à Charles Trenet, grande star du moment. Jean Lion (de son vrai nom Levy), le premier mari français de Joséphine Baker qu'elle a épousé en 1937, est un industriel juif.

Française et engagée

Chaque soir, elle assure la gestion à ses frais d'un centre d'accueil de réfugiés à la Gare du Nord. A l'aube, elle regagne au Vésinet sa maison lointaine d'où elle écrit à ses plus de 4000 filleuls de guerre avant de s'occuper de la préparation des colis qu'elle leur destine et finance elle-même.

Elle effectue dès 1939 plusieurs tournées le long de la frontière nord-est pour motiver les troupes.


Honorable correspondante : la rencontre de Joséphine Baker avec le contre-espionnage

En septembre 1939, le frère de son agent la présente à Jacques Abtey, officier du 2e Bureau, le service de renseignement de l'Armée. Abtey, qui était chef du contre-espionnage militaire à Paris au moment de la déclaration de guerre, est alors chargé de recruter des « Honorables Correspondants ». Ce sont des personnalités bénévoles et dignes de confiance susceptibles de se rendre partout sans éveiller les soupçons afin de recueillir des renseignements sur l'activité des agents allemands.

L’officier relate ainsi leur rencontre, à la villa Beau Chêne du Vésinet : "Grande fut ma surprise lorsque je l'aperçus… nous avancions par l'allée du parc, lorsque nous entendîmes un joyeux « Hello ! » Puis ce fut l'apparition, au-dessus des buissons, d'un feutre ratatiné… Souriant de toutes ses dents, elle était là, une main dans la poche d'un vieux pantalon, l'autre tenant une vieille boite de conserve rouillée remplie d'escargots … Je fus, dès le commencement de notre conversation, saisi par l'étrange rayonnement de mon interlocutrice… Parlant sans rechercher d'effet, d'une voix douce, égale… je dus faire un effort afin de ne pas laisser paraître mon émotion quand elle me parlait de la France, son pays d'adoption.
"C'est la France qui m'a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle. La France est douce, il fait bon y vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu'il n'y existe pas de préjugés racistes. Ne suis-je pas devenue l'enfant chérie des Parisiens. Ils m'ont tout donné, en particulier leur cœur. Je leur ai donné le mien. Je suis prête, capitaine, à leur donner aujourd'hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l'entendez." Jacques Abtey, Les Français libres 

Titulaire d'un brevet de pilote, elle rejoint, pour masquer son engagement dans le contre-espionnage, les Infirmières Pilotes Secouristes de l'Air (IPSA) et accueille des réfugiés de la Croix Rouge.

Le tournant décisif de 1940 : l’année Milandes

Au début de l’année, Jacques Abtey décide Joséphine Baker à quitter le Vésinet pour la Dordogne en zone libre. Elle rejoint alors le château des Milandes

Lorsque le général de Gaulle lance son appel du 18 juin 1940 qui la bouleverse, elle accepte avec enthousiasme de servir de couverture à Jacques Abtey. Celui-ci a reçu pour mission de transmettre aux services de renseignement de la France Libre et au secret Intelligence Service britannique (services de renseignements extérieurs du Royaume-Uni), les renseignements recueillis en zone occupée sur les positions allemandes.

Jacques Abtey la rejoint sous la fausse identité de Jacques Hebert comme « artiste » qui « accompagne Madame Joséphine Baker » selon la mention portée sur son visa. Il est alors présenté comme son secrétaire personnel dans les déplacements qu’ils effectuent ensemble pour rassembler les renseignements transcrits en langage chiffré et à l'encre sympathique sur les partitions musicales.

Résistance en Dordogne

Rapidement se forme autour d’elle un noyau de résistants qui cachent leurs armes dans les recoins et dédales du château.
Joséphine ruse pour exploiter toutes les caches de ce château du XVe siècle. La plus fameuse est dans les coursives des machicoulis dont l’accès est savamment dissimulé derrière une porte du dressing de Joséphine. Mais également dans des placards de la buanderie. Les caves qui possèdent plusieurs accès sont aussi très pratiques pour jouer au chat et à la souris.

Et l’anecdote de la venue des SS au château est toute à son image. Soupçonnée par les Allemands de cacher des armes, Joséphine fait preuve d’un grand sang-froid et de beaucoup de sens de l’autodérision lorsque ceux-ci demandent à perquisitionner sa propriété des Milandes, alors que des résistants et des juifs sont dissimulés dans les caves du château: 

Je pense que Monsieur l'officier ne peut être sérieux. Il est vrai que j'ai des grands-parents Peaux-Rouges mais il y a bien longtemps qu'ils ont enterré la hache de guerre, et s'il y a une danse que je n'ai jamais dansé, c'est bien la danse de guerre.

Joséphine Baker

Elle aurait alors entamé une danse pour les distraire et les faire abandonner leur quête.

Missions extérieures

En 1941, Joséphine Baker et Jacques Abtey sont tous deux envoyés en Afrique du Nord en mission pour la France Libre.

Alors que Jacques Hébert ne parvient pas à obtenir de visa, Joséphine Baker part seule en Espagne donner des représentations et revient avec des notes d'informations qu'elle épingle dans son soutien-gorge. Elle évoque cette anecdote avec malice :

C'est très pratique d'être Joséphine Baker. Dès que je suis annoncée dans une ville, les invitations pleuvent à l'hôtel. A Séville, à Madrid, à Barcelone, le scénario est le même. J'affectionne les ambassades et les consulats qui fourmillent de gens intéressants. Je note soigneusement en rentrant… Ces papiers seraient sans doute compromettants si on les trouvait. Mais qui oserait fouiller Joséphine Baker jusqu'à la peau ? Ils sont bien mis à l'abri, attachés par une épingle de nourrice. D'ailleurs mes passages de douane s'effectuent toujours dans la décontraction… Les douaniers me font de grands sourires et me réclament effectivement des papiers… mais ce sont des autographes ! 

Joséphine Baker

Jusqu’en 1944, elle soutient les troupes alliées et américaines depuis le Maroc et se lance dans une longue tournée en jeep, de Marrakech au Caire, puis au Moyen-Orient, de Beyrouth à Damas, y glanant toutes les informations qu’elle peut auprès des officiels qu’elle rencontre.

Engagée dans les forces féminines de l’Armée de l’air et nommée sous-lieutenant, elle débarque à Marseille en octobre 1944.

À la Libération, elle poursuit ses activités pour la Croix-Rouge, et chante pour les soldats et résistants près du front, suivant avec ses musiciens la progression de la première armée française.

La Patrie reconnaissante

Dès la guerre finie, Joséphine Baker reçoit la médaille de la résistance avec rosette par décret publié le 5 octobre 1946.

durée de la vidéo : 49sec
Le général Martial Valin vient décorer Joséphine Baker aux Milandes le 19 août 1961 ©INA

Le 19 août 1961, la consécration vient des mains du général Martial Valin. Dans la cour du château des Milandes, ses proches assistent à la décoration de Joséphine Baker des insignes de chevalier de la Légion d’honneur et de la croix de guerre 1939-1945 avec palme.

Des médailles qu’elle arborera fièrement, tout comme son uniforme, lors de la marche des droits civiques sur Washington aux côtés de Martin Luther King en 1963.

« Joséphine Baker :  Du Music-Hall au Panthéon »

France 3 Nouvelle Aquitaine vous propose une émission spéciale de 52 minutes depuis le château des Milandes. Elle est présentée par Emilie Bersars et préparée par Sébastien Bouwy.

A découvrir sur notre France 3 Nouvelle-Aquitaine le samedi 27 novembre à 16 H 15.

 

Joséphine Baker : du music-hall au Panthéon ©France 3 Nouvelle-Aquitaine

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
seconde guerre mondiale culture histoire panthéon