Joséphine Baker revient à Crèvecoeur-le-Grand en donnant son nom à un établissement scolaire

Joséphine Baker et Jean Lion mariés par le député-maire Jammy Schmidt le 30 novembre 1937 / © Crèvecoeur-le-Grand.com
Joséphine Baker et Jean Lion mariés par le député-maire Jammy Schmidt le 30 novembre 1937 / © Crèvecoeur-le-Grand.com

Chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue et résistante, Joséphine Baker obtient la nationalité française après son mariage à Crèvecoeur-le-Grand en 1937 avec Jean Lion, un jeune raffineur français. Sa popularité lui servira dans la lutte contre le racisme et pour l'émancipation des Noirs.

Par Camille Di Crescenzo

Si le mariage en 1937 de Joséphine Baker avec Jean Lion, jeune courtier en sucre industriel, n'a duré que 14 mois, l'aura de celle qui fut chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue et résistante française plane encore sur Crèvecoeur-le-Grand. 
 


Et ce n'est pas un hasard si cette union très médiatique s'est déroulée dans cette commune de l'Oise, comme nous l'explique Joelle Garault, adjointe au maire en communication. "Jean Lion était ami avec le député-maire de l'époque (1917-1940), Jammy Schmidt". Il avait amassé une belle fortune dans le commerce du sucre raffiné et voulait se lancer dans la politique, apprend-on sur le site non officiel de Crèvecoeur le Grand. Joséphine, elle, voulait obtenir la nationalité française. Le mariage eut lieu. "J'ai deux amours, disait-elle, mon pays et Paris".
Tout le village fut invité à la cérémonie qui a eu lieu à la mairie de Crèvecoeur-le-Grand située alors au 1er étage des halles, détruites en 1940. / © site non officiel de Crèvecoeur le Grand
Tout le village fut invité à la cérémonie qui a eu lieu à la mairie de Crèvecoeur-le-Grand située alors au 1er étage des halles, détruites en 1940. / © site non officiel de Crèvecoeur le Grand
Des témoins, alors enfants, se souviennent encore de cette fastueuse journée, notamment le moment où ils ont couru après la sortie de l'école pour ne pas râter la star quittant la mairie.
 

Libre et scandaleuse 


Née Fred Joséphine Mac Donald à Saint-Louis le 3 juin 1906 dans une famille métissée afro-américaine et amérindienne très pauvre du Missouri, elle prit son nom d'artiste de Joséphine Baker en devenant la star de la "Revue Nègre" au théâtre des Champs-Elysées à Paris. Vêtue d'un simple pagne de fausses bananes, elle danse au rythme de charleston.
Son interprétation fait scandale mais laisse rapidement place à l'engouement général. C'est alors qu'elle devient la muse des cubistes.
 

Une femme engagée


Dès le début de la seconde guerre mondiale, Joséphine Baker s'engage auprès de la Croix Rouge et fait du château des Milandes en Dordogne, un haut-lieu de la Résistance. "C'est très bien pour le maquis, les maquisards. Tout ça a commencé ici. J'ai continué jusqu'à la liberté complète de la France" disait-elle dans une interview après guerre.
Dans ces années sombres, elle fait notamment passer des messages secrets dissimulés dans les notes de ses partitions. 
La meneuse de revue sera médaillée de la Résistance française et de la Croix de guerre 39-45 et chevalier de la Légion d’honneur.

De retour à New York, son engagement prend une autre tournure. Elle fait face à la ségrégation. Un restaurant gastronomique la refoule alors qu'elle s'apprête à dîner en compagnie d'un producteur blanc. Elle met sa notoriété au service de la lutte contre le racisme, pour l'émancipation de la communauté afro-américaine et aussi des droits des femmes.
 

Un amour pour les enfants inébranlable


Avec son nouveau mari Jo Bouillon, qu'elle épouse en 1947, Joséphine Baker rêve de fonder un "Village du Monde, Capitale de la Fraternité universelle" pour montrer au monde entier que des enfants de nationalités et de religions différentes pouvaient vivre ensemble dans la paix. Le couple n'a pas pu avoir d'enfants, il en adoptera. Le premier est Akio, un enfant que Joséphine Baker adopte pendant une tournée au Japon. 11 autres enfants venus des quatre coins du monde suivront, formant ce qu'elle appelait sa "tribu arc-en-ciel".

Scandaleuse et engagée, Joséphine Baker est décédée le 12 avril 1975 à Paris d'une attaque cérébrale. Elle avait 68 ans.
 

L'EREA Joséphine Baker, tout un symbole


Désormais, l'établissement régional d'enseignement adapté (EREA) de Crèvecoeur-le-Grand qui n'avait pas encore de nom va porter celui de Joséphine Baker. Un nom voté en conseil d'administration. "Je ne connaissais de Joséphine Baker que le côté paillettes et en découvrant son histoire, je pense que la démarche présente un intérêt éducatif et pédagogique certain explique Jérôme Hartenstein, directeur de l'établissement. Elle fédère la communauté éducative autour des valeurs portées par le nom de Joséphine Baker, précise-t-il. Des valeurs de tolérance, respect, engagement notamment dans la Résistance française, mais aussi de lutte pour défendre les minorités ou les droits des femmes".
"Les E.R.E.A. scolarisent des élèves en grande difficulté scolaire et/ou sociale et propose une scolarisation en internat rappelle le directeur. Le symbole est donc d'autant plus fort".

L'inauguration aura lieu le 6 décembre 2019, en présence du premier enfant adopté de Joséphine Baker, Akio Bouillon Baker, qui vit aujourd'hui à Paris.

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