Les épiceries sociales et solidaires en milieu rural à l’épreuve du Covid-19

Les associations caritatives ont dû, elles aussi, faire face à la crise sanitaire. Parmi elles, les épiceries sociales itinérantes en milieu rural ont essayé de continuer à délivrer les denrées alimentaires aux centaines de familles inscrites. Et le plus dur est peut-être à venir.

Les distributions alimentaires, comme ici à Villefagnan le 6 mai, par les épiceries sociales et solidaires doivent maintenant respecter les protocoles sanitaires.
Les distributions alimentaires, comme ici à Villefagnan le 6 mai, par les épiceries sociales et solidaires doivent maintenant respecter les protocoles sanitaires. © Frédéric Sabourin
Au bout du fil, Nicole Bourabier le martèle : "Sans l’épicerie sociale, je ne pourrai pas manger convenablement. Heureusement qu’ils sont là." Toutes les deux semaines, la retraitée, qui ne touche qu’une petite pension d’invalidité, se rend à la distribution de Saint-Amand-sur-Boixe (Charente) organisée par EIDER (Espace Itinérant D'aide alimentaire En pays du Ruffécois).

Pendant le confinement, cette épicerie solidaire ne s’est pas arrêtée malgré les restrictions sanitaires et le confinement. "Je ne sais pas comment j’aurais fait s’ils s’étaient arrêtés" témoigne Maguy Audouin qui élève seule ses enfants. "Pendant le confinement, on m’a refusé l’entrée d’un supermarché avec mes enfants" explique-t-elle.

Une adaptation nécessaire

Frédéric Sabourin, le coordinateur de cette structure solidaire basée à Mouton en Charente, a retroussé ses manches pour pouvoir faire perdurer la collecte de denrées pendant le confinement. "Au début de cette période, je me suis trouvé un peu tout seul. Nous avons une quinzaine de bénévoles qui ont pour la plupart plus de 65 ans et sont donc considérés à risque. Mais certains ont quand même tenu à aider. Avec une équipe de 5-6 personnes, nous avons pu continuer notre mission", explique le coordinateur de l’association. "Cela nous permet de nous sentir utiles. Si nous avions arrêté, nous aurions ressenti de la tristesse, presque de la honte", déclarent Marylène et Marie-Anne, respectivement trésorière et co-présidente d’EIDER.

Ainsi, l’épicerie solidaire ne s’est jamais arrêtée. Les 130 familles des cinq sites de distribution, visités une semaine sur deux, pouvaient s’approvisionner.

Au début, c’était un peu surréaliste, il n’y avait que nous dans les villages et nous distribuions les denrées à l’arrière des camions ! 
Frédéric Sabourin, coordinateur d’EIDER

Solidarité aussi autour de Melle

Dans le pays mellois, l’épicerie sociale Le Relais a dû, elle, arrêter sa distribution pendant deux semaines pour protéger les bénévoles et les clients, le temps de s’adapter.
"Il fallait que l’on continue au moins pour répondre aux besoins des familles. Nous avons donc réalisé des colis que l’on distribuait. On respectait ainsi les consignes sanitaires même si le lien social était moins développé", indique Aurélie Dupuis, directrice de l’association.

Légère baisse de fréquentation 

Pendant le confinement, le nombre de familles bénéficiaires a légèrement baissé. Au Relais, 100 familles contre 130 d’habitude se sont rendues aux points de collectes. Dans le Ruffécois, elles étaient 111 soit 90% à se rendre à l’épicerie itinérante.

Le plus dur est devant nous, à la fois pour nous et pour les clients. Le chômage va augmenter. Il faut que les gens se mobilisent pour toutes les associations caritatives.
Frédéric Sabourin, coordinateur d'EIDER

A l’heure du retour à la normale, les épiceries solidaires doivent maintenant faire respecter les consignes sanitaires. Un pari déjà réussi : "Les gens sont très respectueux, il n’y a aucune agressivité" affirme Aurélie Dupuis. "Il faut des fois reprendre les personnes mais, de mon point de vue, ils ont compris l’intérêt de ces restrictions", abonde Frédéric Sabourin.

Les épiceries sociales et solidaires, un lieu de rencontre 

Depuis quelques semaines, les épiceries ont pu retrouver les endroits mis à disposition par les localités. Mais si les épiceries sociales sont un moyen pour des personnes en difficulté de manger moins cher, ces structures sont aussi une opportunité pour leur insertion sociale. Des ateliers théâtre ou couture par exemple sont proposés aux bénéficiaires. Ces activités, stoppées pendant la crise sanitaire, sont sur le point de reprendre.

Une épicerie sociale est le moyen idéal pour rencontrer les familles, tisser un lien de confiance et les faire participer aux ateliers. L’alimentaire n’est pas notre mission principale.
- Aurélie Dupuis, directrice de l'épicerie sociale Le Relais

Une reprise des ateliers pour le plus grand bonheur de Nicole Bourabier : "Sans l’épicerie sociale, je serais incapable de réaliser certaines activités. Là, Je vais pouvoir retourner aux ateliers cuisine et beauté !"
 
Quelle est la différence entre une épicerie sociale ou solidaire ?
Une épicerie sociale ou solidaire proposent des denrées alimentaires entre 10 et 30% de leures valeurs marchandes. Les familles qui peuvent bénéficier des collectes sont désignés par un travailleur social.
La différence entre une épicerie sociale et solidaire dépend de son financement, comme expliqué sur le site de l'EIDER :
"Une épicerie sociale relève d'une municipalité ou d'une Communauté de Communes. Elle est financée par un Centre Communal d'Action Sociale alors qu'une épicerie solidaire relève d'une association qui fait appel à des financements croisés.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
solidarité société alimentation
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter