Bassin d'Arcachon : un nouvel arrêté sur la dégustation d'huîtres suscite la colère des ostréiculteurs

Un nouvel arrêté a été publié ce jeudi 3 septembre afin d'encadrer la dégustation d'huîtres sur le Bassin. Les ostréiculteurs, qui étaient en demande de clarification, estiment ne pas avoir été consultés et déplorent une réglementation trop contraignante.

© France 3 Aquitaine
Cabane à huîtres, ou restaurant ? Ces derniers mois, la frontière semblait de plus en plus ténue entre les deux. Plusieurs restaurateurs estimaient en effet que les cabanes à huîtres profitaient du flou de la législation les autorisant à vendre d'autres produits que leurs huîtres, leur faisant, en l'espèce, une concurrence déloyale.
En janvier, un couple d'ostréiculteurs du bassin d'Arcachon, propriétaires du Routioutiou à Gujan-Mestras, était condamné à 10 000 euros d'amende dont 8 000 avec sursis, ainsi qu'à verser 1 500 euros à l'Urssaf.
 

Clarifications

Le couple a été jugé coupable de travail dissimulé par dissimulation d'activité. La raison : en plus de leurs huîtres, les ostréiculteurs proposaient à la dégustation du vin et des crevettes. Une pratique autorisée dans la mesure où elle reste annexe. Ce qui, a estimé la justice, n'était pas le cas pour le couple de Gujan-Mestras.
L'affaire avait alors fait grand bruit, et suscitait l'inquiétude parmi les ostréiculteurs du bassin. L'arrêté régulant le prolongement datant de 2011 était particulièrement flou et laissait, estiment-ils, libre cours aux interprétations. 

Un nouvel arrêté a donc été publié ce 3 septembre. S'il reprend les grandes lignes du précédent texte, il se fait aussi plus précis, notamment sur la question de la répartition de l'activité. "Le chiffre d'affaires de l'activité (soit la vente d'huîtres et de palourdes, si l'ostréiculteur les pêche lui-même) devra représenter au minimum 51% de l'ensemble du chiffre d'affaires de l'entreprise", précise l'arrêté.

Colère des ostréiculteurs

En cela, le texte répond à une demande des ostréiculteurs, qui souhaitaient cette clarification. Mais il n'emporte pas pour autant leur adhésion, loin de là. "Nous étions demandeurs de précisions, afin de savoir à partir de quand je n'étais plus un agriculteur de la mer pour devenir un commerçant, reconnaît Thierry Lafon, le président des ostréiculteurs d'Arcachon-Aquitaine. Mais c'est vraiment la seule chose sur laquelle nous pouvons être d'accord ! "

"Du délire"

Le patron du comité régional conchylicole assure avoir découvert ce vendredi matin "par voie de presse", la publication de l'arrêté. "Nous avions pourtant entrepris des discussions, parfois houleuses c'est vrai, avec les services de l'Etat. Tout cela a été suspendu avec la Covid. Depuis, j'ai relancé la sous-préfète, ou même la ministre de la mer Annick Girardin lors de son déplacement sur le Bassin. Je n'ai eu aucune réponse avant de découvrir l'arrêté ce matin. C'est du délire!!"

Autorisation spécifique

Selon les termes du nouvel arrêté, les huîtres proposées à la dégustation par les ostréiculteurs doivent avoir passé au moins six semaines sur un parc d'élevage de l'exploitation ostréicole. Quant aux produits annexes, dont la vente à emporter n'est pas autorisée, ils ne changent pas : crevettes, vin (les champagnes et mousseux sont interdits), pain, beurre, citron, pâté… L'arrêté impose également une demande d'autorisation spécifique pour les ostréiculteurs souhaitant proposer de la dégustation.
"Comment voulez-vous qu'on fasse?, s'interroge Thierry Lafon, rappelant les difficultés auxquelles a été confrontée la profession ces derniers mois : confinement, dessalure, algues… Notre force à nous c'est de pouvoir nous adapter. Mais avec ce nouveau carcan réglementaire, on nous interdit de bouger", déplore-t-il.

L'ostréiculteur l'assure : le mécontentement est partagé par l'ensemble du secteur, et une réunion de crise rassemblant les professionnels sera mise en place. 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
ostréiculture agriculture économie