Bassin d'Arcachon : un rapport du BEAmer pointe la dangerosité des passes

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Écrit par Thibault Grouhel
Remous au niveau des passes du bassin d'Arcachon
Remous au niveau des passes du bassin d'Arcachon © FTV

Un rapport du Bureau d'Enquête Accident sur les événements de la mer met en avant la dangerosité des passes entre le bassin d'Arcachon et l'océan. Un marin de 49 ans y avait perdu la perdu la vie le 20 novembre 2020 à bord d'un fileyeur.

Presque un an jour pour jour après le chavirement du bateau de pêche INO, qui avait coûté la vie à un marin de 49 ans en 2020, le rapport du BEAmer confirme que les règles de sécurité avaient bien été respectées par le capitaine du navire.

La cause de l'accident selon les enquêteurs : les passes situées en face du Cap Ferret.

Les passes, pièges mortels

Seuls chemins d'accès entre le bassin d'Arcachon et l'océan, elles sont connues pour être particulièrement dangereuses. 

Michel Faugerolle est un habitué de la pêche dans cette zone. Lui aussi a chaviré en 2020. C'était au niveau de la passe dite du "petit trou" un jour de tempête.

Les passes se situent à l'entrée du bassin, elles forment des vagues entre l'océan et la mer intérieure.

Il a failli ne pas s'en sortir.

C'est le genre de sortie dont on se rappelle, et qu'on ne refait plus après.

Michel Faugerolle, marin-pêcheur d'Arcachon

"On était trois bateaux : le premier est passé sous les vagues, moi j'ai pris un impact dans la mousse et derrière, le pont du dernier bateau s'est ouvert comme une chaussure", raconte ce marin-pêcheur chevronné.

"Dans les passes, si on est trop avancé, il y a un point de non-retour. C'est le genre de sortie dont on se rappelle, et qu'on ne refait plus après."

Il s'est longtemps souvenu de cet épisode : "La première nuit, je me suis repassé sans arrêt cette vague qui m'arrivait dessus, pour voir ce que j’avais fait comme erreur et ce que j’aurais pu faire si j’avais eu la bonne réaction. Je n’ai pas trouvé de réponse à ces questions." 

Depuis, il n'hésite plus à refuser une sortie en cas de mauvais pressentiment mais comprend la volonté de certains de braver un océan déchaîné : "Je n’ai pas honte de dire non, seulement quand vous avez 15 000 ou 20 000 € de matériel dehors, vous êtes tenté de sortir...."

Un danger pesant sur l'activité du port

Le 20 novembre 2020, la météo était bien plus clémente. Tout sauf un gage de confiance pour Yves Herszfeld, directeur du port de pêche d’Arcachon depuis 1991. 

"Même par temps calme, on n'est jamais à l'abri d'une vague bâtarde ou d'une série, parce que les passes changent tout le temps,

Yves Herszfeld - directeur du port d'Arcachon

"On a beau les baliser à nouveau chaque hiver, il suffit d’une tempête pour tout modifier. Les courants changent, les bancs de sable se déplacent sans arrêt."

Une caractéristique propre au bassin d'Arcachon, reconnue par les pêcheurs de toute la façade Atlantique, et qui porte préjudice à la criée. "C’est pour ça qu’on ne reçoit jamais de bateaux extérieurs. Des Bretons, Sablais ou Espagnols aimeraient bien venir quand ils manquent de glace ou de gasoil, mais ils ne viennent pas, affirme-t-il.  

"Même quand ils peuvent entrer, ils ne sont jamais sûrs de pouvoir ressortir. C'est le tendon d'Achille du port, un vrai manque à gagner pour nous."

Ce risque et ces difficultés l'ont poussé à mettre en place il y a une quinzaine d'années un circuit de rapatriement par camion depuis La Rochelle ou Royan, pour sauver les marchandises et surtout éviter les accidents. "Au port, on a tous perdu des frères, des cousins, des amis, regrette Yves Herszfeld. Au bout d'un moment, j'ai écrit à tous les armateurs pour créer ce système."

Mais à terme, le problème des passes semble incontournable. "Des études, j’en ai des armoires entières. Il n’y en a aucune qui donne de solution claire. En fait, il n'y a pas de vérité", se résigne le patron du port de pêche d'Arcachon.

Se signaler avant de franchir les passes

Le rapport du BAEmer suggère de prévenir systématiquement le sémaphore du Cap-Ferret, gardé par des militaires, même en cas de conditions favorables. 

Une mesure qu'approuve Sylvain Moynault, inspecteur général sud-atlantique de la SNSM, la société nationale de sauvetage en mer. "Les recommandations du BEAmer nous sont toujours très utiles, on les relaie régulièrement à nos équipes, aux pêcheurs et aux plaisanciers".

Pour ce sauveteur en mer chevronné, ce sont de vraies pistes pour réduire les risques : "se signaler lors des franchissements, disposer d'équipements de localisation individuels, des petites balises glissées dans les gilets de sauvetage qui permettent de lancer immédiatement un appel de détresse, tout cela peut aider à faire face aux situations d'urgence". 

"Ce qu'on souhaite tous c'est revenir de sa sortie en mer" conclut-il.  

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