Bordeaux : un squelette très bien conservé mis au jour dans le cercueil présumé de Montaigne

Le mystère de la dépouille de Montaigne se dévoile petit à petit. Est-ce bien le célèbre philosophe bordelais qui se trouve dans les sous-sols du musée d'Aquitaine ? Un squelette entier en bon état de conservation a été mis au jour dans le contenant en plomb ouvert lundi 14 septembre.

Dépouille de Montaigne : les chercheurs ont découvert un squelette entier lorsqu'ils ont ouvert le contenant en plomb ces derniers jours. Aucune certitude à l'heure actuelle pour savoir s'il s'agit du philosophe bordelais.
Dépouille de Montaigne : les chercheurs ont découvert un squelette entier lorsqu'ils ont ouvert le contenant en plomb ces derniers jours. Aucune certitude à l'heure actuelle pour savoir s'il s'agit du philosophe bordelais. © L. Gauthier mairie de Bordeaux
Il n'y a encore aucune certitude, mais des faisceaux de présomption de plus en plus affirmés. Les scientifiques ont fait une très belle découverte lundi 14 septembre en ouvrant le contenant en plomb qui se trouvait dans le cercueil sorti des sous-sols en 2019. Un squelette entier, probalement un homme, adulte d'une taille normale pour l'époque, le 16e sicèle.

Quand on a ouvert, c'est vrai qu'on avait un peu d'appréhension"confie Hélène Réveillas, archéo-anthropologue et responsable de cette opération.  On avait peur de ce qu'on allait trouver, savoir si ça allait être bien conservé ou pas.

Héléne Réveillas - archéologue et responsable de l'opération -


Le squelette est effectivement très bien conservé même si les ossements ne se tiennent plus les uns les autres. Des dents sont encore accrochées à la mâchoire par exemple.
" Tant que les analyses de sont pas menées, c'est compliqué de dire de qui il s'agit car on n'a aucun mobilier qui accompagne le squelette " précise l'archéologue. Autrement, rien pas d'objet ou ce fameux collier de l'ordre de Saint-Michel qui lui avait été attribué par le Roi et que les chercheurs espéraient trouver. Michel de Montaigne est représenté avec sur le cénotaphe mais n'a dont pas été retrouvé dans le contenant. 
Par ailleurs, le contenant en plomb est caractéristique de cette période a précisé Hélène Réveillas, archéo-anthropologue et responsable de cette opération.
 
Le contenant en plomb a révélé la présence du squelette en bon état de conservation. Septembre 2020
Le contenant en plomb a révélé la présence du squelette en bon état de conservation. Septembre 2020 © L. Gauthier mairie de Bordeaux

L'équipe travaille à partir de l'hypothèse suivante : c'est la dépouille du célèbre philosophe et ancien maire de Bordeaux qui s'y trouve. 
Michel de Montaigne,
Michel de Montaigne, © DR

La vingtaine de scientifiques de l'équipe ne peut évidemment pas encore être formels. " C'est la dépouille présumée, on ne peut pas dire de façon formelle que c'est Montaigne" affirme prudemment Laurent Védrine, directeur du musée d'Aquitaine. 
Comme dans les enquêtes policières, chaque indice compte.
Les chercheurs pourront travailler à partir de morceaux de tissu notamment au niveau du front. Il y a aussi peut-être des cheveux ou de la fourrure, ils hésitent. Des restes d'insectes également.
ous ces éléments vont être passés au peigne fin des analyses ADN. Des premiers résultats devraient être disponibles d'ici quelques semaines. Le résultat de l'étude complète est plutôt envisagé dans le courant de l'année 2021. Livreront-ils leur secret pour autant ? 

Le récit de la découverte à écouter ici ►

Le récit des découvertes de la semaine par Hélène Réveillas, archéologue
L'énigme historique sera-t-elle résolue grâce à ces recherches scientifiques de pointe ?
L'énigme historique sera-t-elle résolue grâce à ces recherches scientifiques de pointe ? © L. Gauthier mairie de Bordeaux

Une énigme historique

Pour résoudre le mystère, c'est ici la deuxième étape. L'histoire récente commence en 2018 quand le directeur du musée pense avoir identifié la sépulture de Michel de Montaigne dans les sous-sols du bâtiment.
La première phase de la fouille archéologique du tombeau a eu lieu du 18 au 22 novembre 2019. Elle a permis de mettre au jour le contenu des deux niveaux du tombeau. 
A l'étage supérieur, un cercueil en chêne a été extrait, sur lequel l’inscription du nom de Montaigne, peinte en rouge, a pu être constatée.

Ce cercueil, en très bon état de conservation, daterait de 1880, année de l’exhumation de la dépouille du philosophe, pour cause de travaux. La dépouille de Montaigne a connu de nombreuses péripéties. 
Le philosophe est décédé dans son château en Dordogne en 1592. Un an plus tard, son cercueil est acheminé dan la chapelle du couvent des Feuillants à Bordeaux, à l'emplacement de l'actuel musée d'Aquitaine. 
En 1871 : la chapelle est incendiée. Les restes de Montaigne sont provisoirement transportés au dépositoire du cimetière de la Chartreuse à Bordeaux.
En 1886, les restes sont une nouvelle fois déplacés dans la nouvelle faculté des sciences et lettres, installée à l'emplacement de l'ancien couvent des Feuillants.
Depuis cette date, le tombeau n'a jamais été ouvert.

Enfin, toujours dans la partie supérieure du tombeau, un cylindre en plomb, contenant une bouteille en verre, a également été retrouvé, à côté du cercueil. A l’intérieur de cette bouteille se trouve une feuille de papier, vraisemblablement le procès-verbal de ré-inhumation de 1886, comme l’indiquent les textes conservés dans les archives de la ville. Le cylindre a également été ouvert et a parlé. Il s'agit d'un vélin daté de 1886 attestant que le corps de Montaigne a bien fait l’objet d’une réinhumation dans ce qui constitue aujourd’hui les sous-sols du musée d’Aquitaine. 
Vélin daté de 1886 attestant que le corps de Montaigne a bien fait l'objet d'une réinhumation
Vélin daté de 1886 attestant que le corps de Montaigne a bien fait l'objet d'une réinhumation © L. Gauthier mairie de Bordeaux

Découvrez les images surprenantes de l'ouverture du contenant en plomb signées Pauline Coste ►

Le dernier épisode de cette série autour du tombeau de Montaigne

Comment remonter la piste ?

Laurent Coste, historien de l'équipe, recherche lui la descendance exclusivement féminine de Michel de Montaigne, du 16e siècle à nos jours. Soit 15 générations. Mais pour l'heure, celle qui aurait pu permettre cette étude comparative de l'ADN des descendants est décédée centainaire l'an passé. Ça se complique donc. 


Le musée d'Aquitaine propose de découvrir l'avancée de cette enquête directement au musée avec l'intervention de médiateurs qui décoderont les dernières découvertes. 
- vendredi 18 septembre à 16h
- samedi 19 septembre à 14h30 et 16h
- dimanche 20 septembre à 14h30 et 16h
  
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