Botulisme à Bordeaux : alerte internationale, antidote aux mains de l'armée... ce que l'on sait de la situation

C'est une course contre la montre qui est lancée pour retrouver d'éventuelles victimes. Après le décès d'une patiente et l'hospitalisation en réanimation de neuf personnes, toutes présentant des symptômes de botulisme, les autorités tentent par tous les moyens de retrouver d'autres clients du restaurant bordelais mis en cause.

Ce jeudi 14 septembre, deux cas supplémentaires d'intoxication, deux Britanniques, ont été identifiés grace à l'enquête menée par les services sanitaires et l'alerte lancée mercredi 13 septembre.

Toutes présentent des symptômes de botulisme après avoir mangé des conserves artisanales dans un même bar à vin du centre-ville de Bordeaux. Une femme de 32 ans est décédée en région parisienne, son compagnon a dû être hospitalisé, en soins intensifs, en Ile-de-France.
Neuf personnes ont été prises en charge au CHU de Bordeaux dont six en réanimation. Un autre cas a été identifié à Barcelone et ces deux cas britanniques... Mais le compte n'est peut-être pas fini.

Heureusement, ce jeudi 14 à Bordeaux, une personne a pu rentrer chez elle.

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Alerte internationale 

Dans une conférence de presse commune, la Direction Générale de la Santé (DGS), l'Agence Régionale de Santé (ARS) et la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) ont souhaité faire passer un message d'urgence pour informer sur la situation (13 septembre). Dans ce contexte de Coupe du monde de rugby, attirant des sectateurs du monde entier, une alerte nationale et internationale a été lancée. Les manifestations de l'intoxication peuvent varier d'un patient à un autre.

Les patients ont des symptômes bénins : troubles digestifs, déficit neurologique de la face et des yeux, qui pourraient être amenés à évoluer vers un tableau respiratoire plus grave et conduire, malheureusement, au décès.

Dr Benjamin Clouzeau, service réanimation CHU de Bordeaux

Conférence de presse du 13 septembre

Retrouver la clientèle

Compte tenu du temps d’incubation, de quelques heures à quelques jours et du caractère grave de la maladie, une course contre-la-montre est engagée. Depuis que l'alerte a été donnée le 11 septembre, les autorités sont à la recherche d'éventuels nouveaux cas. Il s'agirait des personnes ayant consommé des sardines au restaurant Tchin-Tchin Wine Bar, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux, avant le 11 septembre. 

Un cas vient d'être identifié à Barcelone en Espagne, mais avec les visiteurs et touristes venus notamment à l'occasion de la Coupe du monde rugby à Bordeaux, il pourrait y en avoir d'autres.

Le temps presse : des patients présentant des symptômes doivent pouvoir être traités au plus vite, afin d'éviter de graves séquelles. 

Si les patients présentent des symptômes débutants, ils doivent consulter pour pouvoir bénéficier, le plus précocement possible, d'un anti-toxinique, qui va capturer la toxine avant qu'elle ne se fixe sur la plaque motrice et entraîne cette paralysie.

Dr Benjamin Clouzeau, service réanimation CHU de Bordeaux

Conférence de presse

De façon pratique, tout le monde se mobilise pour retrouver et informer les clients du restaurant susceptibles d'avoir ingéré la toxine, sans en avoir pour autant développé les symptômes. "Nous sommes retournés aujourd'hui au restaurant pour récupérer un certain nombre d'informations : des tickets de cartes bleues, la messagerie, les numéros de téléphone pour essayer de contacter ces clients", explique Thierry Touzet, Directeur adjoint à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Des conserves mal préparées

Dès le 11 septembre, les services vétérinaires (DDPP) se sont rendus dans l'établissement mis en cause. Une discussion avec le responsable permet eux services de confirmer "un défaut de fabrication des conserves de sardines". Le restaurateur ayant reconnu auprès des agents avoir détecté "une mauvaise odeur" à l'ouverture et " une absence de vide" sur certains bocaux dont il dit avoir jeté le contenu. En revanche, d'autres, dont la préparation était visuellement intacte, sera servie aux clients.

En tout, on parle de neuf bocaux de sardines qui, servies en tapas, auraient potentiellement pu contaminer jusqu'à 25 personnes.

C'est pourquoi, toutes les conserves restantes, celles des sardines, mais aussi d'autres préparations qu'il avait fabriquées, ont été saisies et des prélèvements ont été faits en vue d'analyses, "l'interdisant de fait de les utiliser". Les premiers résultats des analyses devraient être connus ce vendredi 15 septembre.

Établissement fermé jusqu'à nouvel ordre

L'arrêté préfectoral du 12 septembre interdit au restaurateur de fabriquer et présenter de nouveaux produits. Il est également dans l'obligation de nettoyer et désinfecter de façon approfondie ses locaux. Un contrôle sera effectué par la DDPP en suivant, à l'issue duquel il serait en mesure de rouvrir, en ne servant que du vin et "des produits fabriqués par des entreprises agréées". 

Mais il reste fermé "jusqu'à nouvel ordre" car il doit auparavant effectuer une formation, afin d'acquérir "une maîtrise du process, contrôle du process et analyses des produits", précise Thierry Touzet. Le directeur adjoint de la DDPP, assure que cela fait partie des protocoles de contrôles qui sont effectués régulièrement, et seront renforcés dans les semaines à venir.

On ne contrôle pas tous les établissements tous les ans. Mais ça fait partie des points qu'on regarde de très près puisque la fabrication de conserves est un process à risque, qui doit être maîtrisé.

Thierry Touzet, Directeur Adjoint à la DDPP

Conférence de presse du 13 septembre

Au-delà de ces sanctions administratives, des suites judiciaires ne sont pas à exclure. "La procureure de la république est informée", ajoute la DDPP.

Comment agit la toxine ?

La toxine botulique est "produite par une bactérie qu'on retrouve dans les produits alimentaires mal préparés", précise le Dr Benjamin Clouzeau, chef du pôle des spécialités médicales, dans le service de réanimation médicale-médecine intensive du Pr Gruson au CHU de Bordeaux. Elle se diffuse alors dans l'organisme et va donner d'abord des signes aspécifiques, digestifs en grande majorité". Mais elle peut être amenée à se "fixer sur les plaques motrices et donc bloquer la conduction nerveuse et entraîner des paralysies, notamment respiratoires, ce qui en fait toute la gravité".

Le Dr Clouzeau insiste : "une fois bloquée sur la plaque motrice, elle y reste pendant plusieurs semaines, conduisant les patients à être parfois sous assistance respiratoire de façon prolongée", avec le risque que cela peut comporter. Plus on reste en réanimation, plus on risque des infections ou d'autres complications. Ce type d'intoxication est extrêmement rare et ce n'est pas transmissible. Seules les personnes qui ont ingéré la toxine sont touchées.

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Un traitement maîtrisé par l'armée

"C'est une maladie extrêmement rare, mais connue historiquement, qui avait quasiment disparu avec une incidence de moins de 0,4 cas par million d'habitants en France", poursuit le Dr Clouzeau. On parle habituellement de 15 à 20 cas par an.

Il existe un traitement, "un anti-toxinique, qui fait partie de stocks stratégiques maîtrisés par l'armée parce que le risque bioterroriste par toxine botulinique existe", ajoute-t-il. Les stocks sont centralisés à Marseille et l'administration de cette thérapeutique est soumise à autorisation, après accord du centre de référence qui est l'Institut Pasteur.

Une demande a été faite en début de semaine aux pharmaciens de Marseille pour acheminer des doses de l'antidote jusqu'à Bordeaux.

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