CARTE. Européennes 2024. Victoire du Rassemblement national, échec des écologistes, combat des gauches, que retenir des résultats en Aquitaine ?

Le résultat des élections européennes marque un tournant dans l'ancrage du Rassemblement national dans le paysage politique. Autres faits notables, la déroute des écologistes et du parti présidentiel. Ce lundi 10 juin, voici les faits à retenir de ce scrutin européen en Aquitaine

Au lendemain du résultat des élections européennes 2024, les premières estimations du ministère de l'Intérieur placent le Rassemblement national en tête des suffrages. Pour la première fois, le parti d'extrême droite sort vainqueur dans la quasi-majorité du territoire français.
En Nouvelle-Aquitaine, la liste de Jordan Bardella atteint les 30 %. Contrairement aux résultats nationaux, Renaissance arrive en troisième position avec seulement 14,7 % des voix. Si le parti socialiste de Raphaël Glucksmann fait un score honorable avec 15,5 %, les Républicains et les Écologistes essuient un revers considérable et sauvent de justesse leurs sièges à Bruxelles. Reconquête fait son entrée au Parlement.

"Pas de surprise par rapport à ce qui était projeté, tant du point de vue des scores que de ses conséquences sur le Parlement européen", résume le politologue à Sciences Po Bordeaux, Ludovic Renard.

Le RN triomphe, le PS juste derrière

La capitale girondine fait partie des rares exceptions. À Bordeaux, la liste Réveil européen de Raphaël Glucksmann obtient 21,97 % des voix, soit 8 000 voix de plus que le RN, qui arrive en quatrième position.
La ville écologiste, dirigée par le maire EELV Pierre Hurmic, place les écologistes en cinquième position avec 10,99 % des suffrages, juste derrière le RN. "Il y a une grande majorité pro européenne à Bordeaux et cette croyance en Europe s'est transportée sur Raphaël Glucksmann car aujourd'hui, il y a une grande déception vis-à-vis d'Emmanuel Macron", pointe Ludovic Renard. Sur le réseau social X, le maire de Bordeaux a appelé à une union des gauches.

Partout ailleurs, Jordan Bardella triomphe dans l'ensemble des territoires ruraux, "y compris là où sont historiquement installés des fiefs du parti socialiste, comme dans les Landes par exemple", analyse le politologue. Dans le département socialiste dirigé par Xavier Fortinon, ancien fief d'Henri Emmanuelli, quelques communes du littoral, comme Vieux Boucau ou Messanges ont préféré Raphaël Glucksmann à Jordan Bardella. Dans le sud du département, le socialiste s'impose également dans plusieurs communes comme Mugron ou Toulouzette. Enfin, la liste Renaissance l'a remporté dans trois communes : Soorts-Hossegor, Maylis et Mant.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, le résultat est légèrement plus contrasté, notamment du fait de la présence parmi les candidats de Jean Lassalle. Au niveau national, sa liste Alliance rurale n'obtient que 2,5% des suffrages. Mais elle s'impose dans de nombreuses communes du département, devançant le RN, le PS et Renaissance. Ainsi à Béhorléguy elle obtient 51,2 % des votes.

Dans le Lot-et-Garonne, c'est encore le RN qui arrive en tête, et ce dans 100 % des villes et villages du département. Un score attendu dans un département où Marine Le Pen était arrivée en tête du premier tour dans les trois circonscriptions, et qui compte deux députées RN. 

Enfin, en Dordogne, c'est aussi le RN qui l'emporte avec une très large majorité. Et ce, même à Périgueux, ville dirigée par l'élue de gauche Delphine Labails, où la liste RN a récolté 24,3 % des voix, devant le PS/Place publique qui obtient 19,2 %. 

Pour Ludovic Renard, ces résultats traduisent "une consolidation de l'ancrage du RN dans le paysage politique français". "Ce vote permet de pointer l'inquiétude de l'électorat sur des changements structurels pour la société, qu'il s'agisse des inquiétudes face à la mondialisation libérale, de la conséquence sur le pouvoir d'achat, de changements culturels qui affectent nos sociétés avec ce qu'on appelle "une crise civilisationnelle" liée au phénomène migratoire qui inquiète les populations."

Vote contestataire ?

"Nous devons considérer ces résultats comme un appel pressant à agir avec responsabilité face à l'Histoire", réagissait le maire écologiste de Bordeaux dans la soirée. "C’est un vote sanction contre le gouvernement, après le mépris dont a fait preuve le président de la République", écrivait quant à elle Edwige Diaz, députée RN de Gironde. 

Pour Ludovic Renard, les électeurs ont souhaité exprimer leur mécontentement au travers d'élections qu'ils jugent plus lointaines. "L'Europe joue un rôle de bouc émissaire puisqu'elle combine un certain nombre de reproches faits par nos concitoyens : empilement de normes et de bureaucratie, on peut penser à la PAC par exemple qui se donne l'objectif d'assurer une transition dans l'agriculture qui ne fonctionne plus avec les agriculteurs, détaille le politologue. Le RN s'inscrit dans ce mécontentement tout en ayant une dimension identitaire très marquée."

"L'écologie victime de son succès"

Difficile de passer à côté du faible score du parti écologiste. En Nouvelle-Aquitaine, la liste de Marie Toussaint dépasse faiblement le score des 5 % et obtient de justesse ses sièges au Parlement. "C’est clairement un revers pour les écologistes, assumait le député bordelais EELV, Nicolas Thierry. Par rapport au score de 2019 (14 %, NDLR), le contexte a changé : il y avait les marches pour le climat, une prise de conscience. En 2024, le monde a changé…"

Un constat partagé par le politologue Ludovic Renard qui considère que "l'urgence climatique est aujourd'hui vue comme un luxe par rapport aux vies humaines sacrifiées par les retraites ou l'agriculture".

Les Verts sont passés du côté des technocrates qui imposent des normes hors sol.

Ludovic Renard

Politologue

 D'autant plus que "l'écologie est victime de son succès". "C'est une dimension reprise par l'ensemble des formations politiques et déclinée. S'agissant de Marie Toussaint, c'est une campagne axée sur environnement, mais elle est vécue comme punitive et ça se traduit comme par un échec électoral."

Moins d'abstention

L'abstention a encore reculé lors de ces élections européennes. Ce dimanche 9 juin, 51,4 % des inscrits se sont rendus aux urnes, selon les estimations de l’institut Ipsos, contre 50,1 % en 2019 et 42,4 % en 2014. Il s'agit du plus faible taux d'abstention depuis 1994. 

Une abstention record donc, mais que Ludovic Renard tient à relativiser. "Certes, il y a eu une mobilisation de certains territoires qui se sont exprimés, plutôt ruraux, pour contester le leadership d'Emmanuel Macron, mais je pense aussi qu'un certain nombre d'électeurs du RN veulent le faire savoir."

Cette participation est vécue comme une bonne surprise par l'ensemble des commentateurs mais est principalement alimentée par un référendum anti-Macron et pas par adhésion au questionnement sur la dimension européenne de nos vies.

Ludovic Renard

politologue

Après la victoire du Rassemblement national, le président Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale. Les élections législatives se dérouleront donc le 30 juin et le 7 juillet.

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