Incendies en Gironde : l’inquiétude en Gironde après l’absence de mesures pour lutter contre le feu

Nommé en octobre dernier par Emmanuel Macron pour mener une mission de modernisation de la sécurité civile, Hubert Falco, le maire de Toulon était en visite à Bordeaux ce 15 février 2023. Un voyage pour dialoguer avec les acteurs du territoire. Mais aucune annonce n’a été faite, ce que regrette le président de la Gironde, Jean-Luc Gleyze.

A l'image de Louchats le 13 février 2023, les premiers feux de forêts de l’année apparaissent déjà. Le président du département ne cache plus son inquiétude face au risque présent en Gironde dans les mois à venir. Mais la notion de temps n'est décidément pas le même que l'on soit en Gironde ou ailleurs.

Après les gigantesques incendies ayant ravagé 72 000 hectares de forêt en France, dont près de 30 000 en Gironde durant l’été 2022, Emmanuel Macron annonçait le 28 octobre dernier la mise en place de nouveaux moyens de lutte contre le feu.

Pour y parvenir, le président de la République nommait alors Hubert Falco, maire de Toulon et ancien ministre, à la tête d’une mission interministérielle de "modernisation de la sécurité civile et la protection contre les risques majeurs".

Six mois plus tard, celui-ci entame son premier déplacement à Bordeaux afin d’"écouter et de dialoguer avec les acteurs du territoire". Alors que sous-terre, le feu brûle toujours à Hostens et que le pire est craint concernant la saison à venir du fait des faibles précipitations, Jean-Luc Gleyze se dit profondément inquiet. Le président du département de la Gironde dénonce le manque "d’actions concrètes et de réponses".

Des moyens qui se font attendre 

En octobre 2022, Emmanuel Macron recevait en grande pompe les acteurs mobilisés lors des incendies de l’été passé. Le chef de l’État annonçait une enveloppe de 150 millions supplémentaires pour les pompiers et leur matériel de lutte contre les incendies. Il s’engageait également à remplacer les 12 canadairs français et porter la flotte à 16 engins aériens d'ici à 2027.

Sur le département de la Gironde, le matériel des sapeurs-pompiers a été durement affecté pendant la lutte contre les feux. À tel point que les pompiers girondins manquent de camions en état de marche. "On en fait venir de l’Hérault parce que nous n’aurons pas le parc de camions en état pour le printemps prochain", déplore Jean-Luc Gleyze.

Les Girondins ont pourtant un motif d’espoir : le 10 février dernier, Benoit Quennepoix, représentant syndical des pilotes bombardiers d’eau SNPNAC, révélait auprès de Sud Ouest que deux cannadairs seront mis à disposition "dès le mois de mars" sur le département. Ceux-ci étant jusqu’à présent concentrés dans le sud-est.

Une réunion pour "écouter"

Mais au sortir de la réunion avec des élus locaux, les représentants de la sécurité civile, des agriculteurs et des forestiers, pas un mot à ce propos. "Il n’y a strictement aucune annonce, aujourd’hui, sur des actions concrètes et sur des réponses en termes de moyens tels que nous les attendions, dénonce le président du département, Jean-Luc Gleyze. J’en attendais notamment sur la question des avions puisque nous avons vu que les pilotes ont annoncé qu’ils mettaient à disposition deux canadairs depuis Nîmes. Cette annonce n’est pas venue."

J’ai une mission dans le temps pour figer tous ces problèmes dans un texte et ensuite travailler avec les différents ministères afin d'améliorer les choses. Ce qui n’empêche pas que j’ai des choses à dire.

Hubert Falco, en charge de la mission interministérielle de modernisation de la sécurité civile et la protection contre les risques majeurs

"Nous ne sommes pas venus avec des propositions, nous sommes venus écouter. Je suis venu dialoguer, je ne suis pas venu imposer", répond Hubert Falco. À en croire, Patrick Davet, le maire de La Teste-de-Buch, certains ont pourtant obtenu ce qu’ils étaient venus chercher. "Je voulais mettre des brigades équestres dans la forêt de La Teste. C’est quelque chose qui a été retenu et acté. Donc j’ai le sentiment d’avoir pu avancer et que mes inquiétudes ont été entendues par rapport à la saison qui vient", se réjouit l’édile.

Des inquiétudes pour le printemps à venir 

En dépit des nombreuses attentes, le maire de Toulon en charge de la mission demande du temps. "Si j'avais une baguette magique, je pourrais vous dire très rapidement que l’on va doter chaque territoire de canadairs et de guets aériens, que nous allons résoudre le problème du volontariat et créer des réserves communales. Mais il nous faut des règles et des lois pour cela. Nous sommes en République, cela ne se fait pas comme ça", insiste Hubert Falco. Ce dernier déclare toutefois qu’il va pouvoir "dire et écrire par exemple ô combien les moyens aériens sont importants".

Ce que nous attendons, c’est de la réalité dans les commandes gouvernementales pour que nous ayons à la fois plus de moyens terrestres, plus de moyens aériens et puis peut-être que le financement des SDIS que l’on a évoqué à plusieurs reprises soit aussi pris en compte.

Jean-Luc Gleyze, président du département de la Gironde

Un timing qui ne convient pas tellement à Jean-Luc Gleyze pointant "un retour d’expérience qui a déjà été fait il y a 6 mois", lui qui était lui-même auteur d’une mission flash à ce propos.  Le temps presse et l'inquiétude grandit en Gironde. "La particularité du massif des Landes de Gascogne, ce sont les feux de printemps", rappelle le directeur du service départemental d’incendie et de secours de la Gironde, Marc Vermeulen, tout en espérant des moyens aériens avant le début de cette période.

Face aux inquiétudes, Étienne Guyot, nommé tout récemment préfet de la Gironde, a rappelé : "M. Falco a un calendrier par rapport au président de la République. Ici, nous, nous préparons activement la saison 2023. Ce sont deux choses différentes. Et sur ces sujets-là, je serai amené à revenir vers vous." Il assure qu’il prend "totalement à bras-le-corps" la problématique des moyens aériens alloués à la Gironde dans la lutte contre les incendies. Sans pour autant pouvoir faire plus d’annonce qu’Hubert Falco pour le moment.