Incendies en Gironde. "Il y a urgence, nos moyens aériens sont insuffisants", le retour d'expérience du président du département Jean-Luc Gleyze dans la mission Flash

La mission flash, retour d'expériences sur les incendies de l'été partout en France, notamment en Gironde, a été réalisée par Jean-Luc Gleyze, le président du département et André Accary, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire. De nombreuses préconisations ressortent. Parmi les préconisations : l'augmentation des moyens aériens de lutte contre le feu ou encore une définition plus précoce de la qualification du risque.

Près de 30.000 hectares ont brûlé en Gironde cet été. Avant les feux de Saumos, dans le Médoc, c'est 614 départs de feux naissants dans le département qui ont été comptabilisés par le SDIS,  dont cinq ont échappé au contrôle rapide des pompiers. En quelques semaines, plus de 20 000 hectares sont partis en fumée sur les secteurs de Landiras et la Teste-de-Buch. 

Cette véritable catastrophe écologique, ajoutée aux incendies dans d'autres départements, ont poussé des décideurs politiques à réfléchir à comment améliorer les choses, éviter certaines approximations et surtout, affronter dans le futur les changements climatiques.

Un retour d'expérience, la "mission flash", a été mené par Jean-Luc Gleyze, le président de la Gironde et André Accary, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire. Les deux élus ont multiplié les entretiens avec des acteurs de terrain comme les pompiers. En ressort un rapport et surtout de nombreuses préconisations.

Des moyens aériens insuffisants

Tout d'abord, c'est un point positif, la doctrine d'attaque des feux naissants a fait la preuve de sa pertinence selon la mission flash. Le temps d'intervention est un élément capital et surtout déterminant.  "Il faut les traiter le plus rapidement possible pour éviter ce que nous avons connu, notamment à Landiras 1. Nous devons améliorer nos moyens de repérage", reconnaît Jean-Luc Gleyze en référence au premier incendie de Landiras, qui s'est déclaré le 12 juillet.  

De la technologie de télésurveillance ainsi que des drones diurnes sont évoqués pour permettre de repérer plus facilement ces départs. La qualification du risque, en fonction des connaissances météorologiques, doit aussi intervenir plus tôt, d'après le rapport. "Aujourd'hui, le risque est mis en avant à J-1, l'idéal serait de l'anticiper à J-4 voir J-5. Anticiper c'est prévoir, nous préconisons aussi plus d'écoute des acteurs locaux", insiste Jean-Luc-Gleyze.

Mais le sujet prioritaire est clairement les moyens aériens jugés "insuffisants en quantité et en typologie". Leur arrivée tardive sur certains feux en Gironde a entraîné quelques questions et polémiques. "Nous manquons de moyens aériens en France et en Europe. Leur positionnement à Nîmes, voir en Corse, pose problème aussi aujourd'hui, quand on voit que des incendies démarrent partout en France. Et nous devons également avoir plusieurs types d'avions et d'hélicoptères, ce qui n'est pas le cas à ce jour".

L'amélioration des moyens terrestres, la typologie des camions d'interventions, l'idée d'une école nationale feux de forêt sont autant de sujets que la mission Flash souhaite mettre en avant auprès des décideurs politiques.

Les moyens financiers du SDIS en question

D'autres idées émergent sur un volet prévention, comme sensibiliser les nouveaux habitants du territoire ou encore les touristes. Objectif : une vigilance accrue de tous et une responsabilisation. "Aujourd'hui à la Réunion, on sensibilise les touristes aux risques, à leur environnement. Et ça fait ses preuves", rapporte le président du département.

Le travail avec tous ceux qui œuvrent contre les incendies, on l'a vu notamment à Hostens avec des bénévoles des communes, des agriculteurs, des forestiers, doit être mieux coordonné, d'après la mission flash. "Tous ont apporté leur pierre à l'édifice. Nous devrions mieux coordonner les choses pour être encore plus efficace. Comme pour notre commandement, l'unification fait la différence".

La question des moyens financiers du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) est également abordée. La part de la taxe spéciale sur les contrats d'assurance reversée au SDIS est jugée "insuffisante". "L'intervention des sapeurs-pompiers fait faire des économies aux assurances. Nous devons augmenter et mieux répartir cette taxe. C'est impératif, car le budget du SDIS en dépend"

Aujourd'hui cette taxe génère un produit de 11 milliards par an, seulement 1,17 milliards reviennent au SDIS. D'autres pistes sont également explorées, comme des réflexions sur l'urbanisme ou encore la gestion de la forêt.

Un rapport remis à plusieurs membres du gouvernement

Le rapport de la mission Flash a été remis à la ministre déléguée des Collectivités territoriales. Le président de la République Emmanuel Macron, la Première Ministre Elisabeth Borne, le ministre de l'Intérieur, le ministre de la Cohésion des Territoires ainsi que l'ensemble des parlementaires doivent recevoir très rapidement le document.

Nous leur laisserons en prendre connaissance, mais il faut absolument que ça soit suivi de faits. Il y a urgence.

Jean-Luc Gleyze, président du conseil départemental de la Gironde

France 3 Aquitaine

 

"Le printemps est facteur de danger, nous devons agir vite car les conditions climatiques changent, nous devons nous adapter", poursuit Jean-Luc Gleyze.
La fédération des pompiers et les sénateurs ont eux aussi réalisés des rapports sur les incendies de l'été.  "Il a énormément de point de convergence entre cette mission flash et le rapport de la fédération des pompiers. Ca doit être suivi d'actions du législateur et des élus. La balle est dans leur camp", indique le président de la Gironde. 

Alors que des milliers d'arbres sont abattus pour permettre de rouvrir la route départementale 218 à La Teste-de-Buch, qu'une enquête interministérielle a entendu de nombreux élus, des sylviculteurs, et que beaucoup d'acteurs du territoire sont à pied d'œuvre pour réparer les dégâts des incendies, l'été approche à grand pas. Les auteurs de la mission flash eux n'espèrent qu'une chose : "que leurs préconisations évitent à l'avenir tous dysfonctionnements".