La suspension de la taxe Trump sur le vin accueillie avec « beaucoup de satisfaction » en Gironde

Bernard Farges, président du CIVB, réagit pour nous à cette nouvelle tombée dans la soirée du vendredi 5 mars. Cette taxe avait coûté plus de 100 millions d’euros à la filière des Vins de Bordeaux.

C’était une des conséquences de la guerre que se livraient Airbus et Boeing. Les deux géants, et à travers eux l’Union Européenne et les Etats-Unis, s’affrontaient devant l’OMC sur les aides publiques versées aux deux groupes. Résultat, en octobre 2019 Donald Trump imposait une taxe de 25% sur les vins français à leur entrée sur le territoire étasunien. Un coup de massue quand on sait que les USA sont le premier marché pour les vins français.

Les élections américaines étaient donc suivies de près par toute la filière qui espérait un changement de la donne. Et c’est chose faite, avec l’élection de Joe Biden. Cela a permis de signer un accord entre l’Union Européenne et les Etats-Unis suspendant pour quatre mois les surtaxes douanières.

Bernard Farges, le président du CIVB (Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux), ne cache pas son soulagement. « Nous accueillons avec beaucoup beaucoup de satisfaction cette annonce », dit-il. « C’est quelque chose que nous attendions depuis le 18 octobre 2019, donc quasiment 18 mois maintenant que nous sommes empêtrés dans cet axe américain. Cela signifie l’arrêt des taxes de 25% pour chaque vin rentrant sur le territoire américain, de chaque vin de Bordeaux ».

100 millions d’euros de pertes

Cette taxe a coûté 500 millions d’euros à la filière française en 2020. Et la Gironde, n’a bien évidemment pas été épargnée. « Evidemment cela a eu un impact considérable », se désole Bernard Farges. « Cela représente environ 100 millions de pertes de chiffre d’affaires pour la filière des vins de Bordeaux sur l’année 2020 seulement. Et bien sûr en 2021 nous avons déjà deux mois qui ont été impactés par cet axe.

Pertes de parts de marché

Mais au-delà des pertes évidentes, c’est tout un marché dont les lignes ont bougé. « Surtout cela a eu pour conséquence des pertes de part de marché qui sont toujours difficiles à récupérer », poursuit Bernard Farges. « Parce que pendant que nous ne pouvions pas vendre aux Etats-Unis nos amis italiens par exemple, ou nos amis australiens, ont pu prendre des parts de marché. Il va falloir reconquérir ces parts de marché. Et cela met toujours du temps ».

Bernard Farges, le Président du CIVB
Bernard Farges, le Président du CIVB © Jean-Pierre Stahl

Toujours pas de compensations

La filière s’estime complètement lésée par cette guerre qui l’a touchée. Elle a le sentiment d’avoir fait les frais d’un conflit qui ne la concernait pas. « Nous avons demandé des compensations au gouvernement depuis de nombreux mois », explique le président du CIVB.

Car nous étions totalement étrangers à ce conflit entre Airbus et Boeing. Nous avons subi cet axe de manière totalement injuste.

Bernard Farges

 "Nous avons demandé des compensations (…), qui ne sont pas réellement arrivées. Il y a un certain nombre d’aides parce qu’il y a la crise Covid-19 pour la filière viticole, mais il n’y a aucune aide réellement à la hauteur des enjeux et des conséquences liées aux taxes Airbus. Nous ne savons pas si nous aurons des compensations.

« Il faudra attendre quelques mois »

« Rien n’est totalement acquis », conclut Bernard Farges. « Nous savons qu’il faudra attendre quelques mois pour être totalement sortis de ce risque-là. Pour autant, le contexte est quand même bien différent. Au mois de janvier nous avions eu une aggravation des taxes (la taxe est étendue au cognac et à l'armagnac le 1er janvier 2021, ndlr) et aujourd’hui nous avons un allègement. Donc nous allons dans le bon sens. Les discours de la présidence de la Commission européenne et du président américain vont dans le bon sens donc on a bon espoir en effet ».

"Nous allons maintenant travailler, avec la Commission et nos partenaires européens, pour parvenir dans les quatre mois à venir à un accord sur de nouvelles règles encadrant le soutien public au secteur aéronautique, qui soit conforme à nos intérêts et sans naïveté", a ajouté le ministre français au Commerce extérieur Franck Riester dans un communiqué.

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