Les repas de la cantine suspendus deux fois par semaine à Bordeaux à cause du Covid, "c'est injuste pour nos enfants"

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Écrit par America Lopez

Avec 20 % des agents atteints du Covid ou cas contact, la Ville de Bordeaux ne peut plus assurer une distribution de repas quotidienne aux élèves de maternelle et élémentaire, à partir du 24 janvier et ce jusqu' au 11 février, date des vacances d'hiver.

Lundi 17 janvier, en fin de journée, la Ville de Bordeaux a annoncé aux familles la suspension des repas à la cantine deux jours par semaine, les lundis et jeudis en maternelle et les mardis et vendredis en élémentaire. Ces jours-là, les parents devront fournir un pique-nique. Après les tests, les classes fermées et les grèves, ils cumulent les embêtements.

Trop d'absentéisme 

Les parents d'élève ont reçu d'abord l'information de la mairie de Bordeaux par un sms succinct vers 18 heures : "Exceptionnellement, du 24/01 au 11/02, un accueil sans service de restauration sera mis en place les lundis et jeudis en maternelle et les mardis et vendredis en élémentaire avec pique-niques fournis par les familles (sans facturation)". Avec un PS : "cette mesure exceptionnelle s'explique par les nombreux cas covid et contact des agents de restauration dans les écoles."

Puis dans la soirée, un mail plus détaillé leur a été envoyé pour préciser la décision de la Ville : "l'épidémie entraîne aujourd'hui un nombre important d'absences parmi le personnel communal de la pause méridienne. La Ville n'est plus en mesure de servir tous les jours les repas aux 17 000 élèves bordelais".

Sylvie Schmitt, maire adjointe en charge de l’éducation, se dit "consciente" que la situation n'est pas idéale pour les familles, "mais c'était ça ou bien on devait fermer l'école à la pause méridienne et demander aux parents de venir récupérer leur enfant. On a préféré les soulager".

"On fait face à un taux d'absentéisme record des agents municipaux avec 182 agents absents dont 30 positifs au covid sur 890, on ne peut plus assurer l'accueil des enfants dans de bonnes conditions. Toutes les écoles sont concernées par les absences, certaines plus que d'autres. En décembre, on a ouvert 35 postes en recrutement pour pallier à cette situation mais malgré cela, on n'y arrive pas.

Depuis le début de la pandémie, nos agents sont très sollicités : travail de nettoyage accentué, non brassage des élèves donc surveillance accrue", précise l'élue. "Assurer un bon accueil est trop compliqué en ce moment".

Des repas froids à midi 

"Les familles vont donc devoir préparer des pique-niques deux fois par semaine voire davantage s'il y a des fratries en maternelle et en élémentaire", constate Yves Jouanard, directeur de l'école Achard (286 élèves) située en zone d'éducation prioritaire dans le quartier de Bordeaux Bacalan. "Était-ce la bonne solution ? s'interroge ce directeur qui s'inquiète notamment des oublis. "Les enfants vont devoir arriver avec leur pique-nique dans le cartable un jour sur deux. C'est une contrainte supplémentaire pour les enseignants qui devront contrôler et appeler les parents en cas d'oubli. On a toujours du pain et des fruits en stock, mais cela ne fait pas un repas".

Par ailleurs, "des pique-niques en plein hiver avec des températures assez froides, ça tombe mal". Le directeur regrette que le repas soit "froid en pleine période hivernale""Nous n'avons pas de quoi faire réchauffer le repas ni assurer la chaîne du froid pour les aliments. Et pour les familles défavorisées qui payent moins de 50 centimes le repas à la cantine, ce sera un coût supplémentaire. Comment vont-elles faire un pique-nique équilibré à ce prix ? Il y aura forcément des différences entre les pique-niques des enfants, on le constate déjà lors de sorties annuelles", déplore Yves Jouanard. "Cela fait un cumul de beaucoup de choses !"

Le directeur de l'école Achard, qui a été prévenu par des parents d'élèves mais pas encore officiellement par la mairie, espère recevoir rapidement des affiches pour informer l'ensemble des familles, "il faudra aussi distribuer des mots dans les cahiers de liaison".

"Pour le moment, avec tous ces embêtements qui se cumulent depuis ces derniers mois, je suis étonné que les parents gardent leur calme. Ils ne nous font pas payer la situation à nous enseignants."

"Injuste pour les enfants"

"Paquet de chips, soda et gâteaux pour le déjeuner", se résignent déjà certains parents d'élèves qui devront faire preuve d'imagination pour équilibrer et varier les pique-niques durant trois semaines.

"Cette nouvelle contrainte est assez injuste pour les enfants", regrette une maman " Ce sont eux qui subissent encore une fois la situation de l'épidémie de Covid en plus d'un protocole sanitaire très lourd dans les écoles". Cette parent d'élève dont l'enfant est en maternelle, estime elle aussi que cela va générer "des injustices et des disparités entre les enfants qui n'auront pas la même chose à manger. La cantine est un moment important pour eux".

En zone d'éducation prioritaire en particulier, certains enfants n'ont qu'un seul repas chaud et équilibré par jour, et c'est celui de la cantine scolaire à un tarif très bas.

La Ville de Bordeaux assure que les enfants pourront manger leurs pique-niques dans les salles habituelles de restauration. "Il y aura moins d'agents pour les encadrer que d'habitude, mais la sécurité sera assurée", précise Sylvie Schmitt.

En temps normal, il y a une ATSEM par table pour encadrer les repas des élèves de maternelle.

Les repas des écoliers bordelais sont préparés par la cuisine centrale du SIVU de Bordeaux-Mérignac qui n'est pas touchée par un fort taux d'absentéisme.

La ville de Mérignac, quant à elle, "arrive toujours à fournir un repas chaud aux écoles primaires. Elle a organisé une bourse à l'emploi parmi ses agents de manière à pouvoir compenser les absences liées au Covid et assurer le services des repas", selon le service communication.