Plan de soutien à la viticulture : "pas suffisant " selon le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux

Des exonérations de cotisations sociales pour les TPE et PME du secteur viticole les plus en difficulté et mise en place d'un dispositif de distillation de crise de 140 millions d’euros. La filière avait haussé le ton la semaine dernière, réclamant 500 millions d'euros...Réaction du CIVB.
Didier Guillaume, Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire Ministre de l’Economie et Olivier Dussopt Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics © Compte Twitter Didier Guillaume
Didier Guillaume, Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire Ministre de l’Economie et Olivier Dussopt Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics © Compte Twitter Didier Guillaume
Le compte n’y est pas. Il ne faut pas être grand mathématicien pour mettre en relation des chiffres : quand la filière réclamait ces derniers jours 500 millions d’euros et que le gouvernement annonce par l’intermédiaire de son Ministre de l’Economie 140 millions, on voit bien qu’il y a un fossé ou un « gap » pour faire plus « fun ». Le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux espère qu’il s’agit là d’une première enveloppe et considère que « c’est bien mais ce n’est « pas suffisant, voire très insuffisant »… »  

Lundi 11 mai en fin de journée, Bruno Le Maire, le Ministre de l’Economie a annoncé sur son comte Twitter que la viticulture française allait bénéficier d’aides pour faire face à cette terrible crise. Une crise double en fait car déjà liée à une conjoncture mondiale et des marchés atones comme la Chine et les Etats-Unis qui avaient taxé à +25% les vins français (de moins de 14°) et celle qui s’est ajoutée liée au confinement de nombreux pays :

Le gouvernement va procéder à des exonérations de cotisations sociales pour les TPE et PME du secteur viticole les plus en difficulté et met en place un dispositif de distillation de crise de 140 millions d’euros.
Bruno Le Maire - Ministre de l’Economie.
 


Ce sont  85 000 entreprises qui sont concernées dans tout l’hexagone, ce sont des exploitations viticoles, des caves coopératives et des négociants vinificateurs…Bref cela fait du monde. Ce n’est pas anodin si la filière avait ces derniers temps haussé le ton et réclamé 500 millions. Des mesures qui sont donc largement inférieures, au moins pour la distillation…
 
Bernard Farges, le Président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux
Bernard Farges, le Président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux © Jean-Pierre Stahl


Le compte n'y est pas pour les professionnels bordelais

Joint ce matin au téléphone, Bernard Farges le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux a commenté cette annonce faite lundi soir et redétaillé les demandes très claires qui correspondent à trois dossiers majeurs:


Il y a des réponses mais elles sont insuffisantes ou très insuffisantes; en revanche, les trois points mis sur la table sont identifiés.
Bernard Farges - président du CIVB -

Concernant ces exonérations de charges, le sujet est acté à hauteur de 100 millions d’euros et un mécanisme observera la baisse d’activité selon les entreprises.
Bernard Farges

Le dispositif a été acté à hauteur de 2 millions d’hectolitre pour un budget autour de 150 millions d’euros, mais il n’est pas encore tout-à-fait calé. On demandait 3 millions d’hectolitres pour la distillation de crise, c’est largement insuffisant »

« Pour autant, c’est un début de plan mis sur la table, nous sommes amenés à nous revoir, ce n’est pas pris pour solde de tout compte ! »

Maintenant il faut lancer les dispositifs, certains sont en cours, il faut lancer la mécanique pour la distillation de crise pour que la distillation commence le plus tôt possible, en Gironde il existe deux groupes qui réalisent ces distillations : « en juin ce serait bien, en tout cas avant les vendanges ».

Quant à savoir qui pourra en bénéficier ? « On verra, il y aura tout type d’entreprise qui a des gros problèmes de stockage, ce sera du vrac ou de la bouteille, il n’y a pas de critère exclusif. Le prix donné devrait être de 80 centimes d’euros par litre. On travaille à mettre en oeuvre ce qui peut l’être et on continue à convaincre les ministres sur le 2e étage de ce plan. On sait qu’il va y avoir une rallonge mais c’est dommage qu’ils ne l’aient pas faite tout de suite. On sait qu’à chaque crise il y a de la casse et là c’est une grosse crise… » conclue Bernard Farges, président du CIVB.

Aujourd’hui, la filière française vin et spiritueux pèse plus de 12 milliards d’euros, c’est le premier exportateur mondial en valeur : plus de 2 milliards de bouteilles dans 200 pays. Au niveau de la balance commerciale de la France, elle pèse très lourd et est au deuxième rang derrière la filière aéronautique. Ce sont plus de 550 000 emplois en France et comme le soulignait encore Bernard Farges sans doute « plus de 600 000 avec les emplois indirects, car au restaurant la marge dégagée sur les bouteilles finance plus que le sommelier ou le serveur, le vin est un sacré apport dans la restauration ».​​​​​​​
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