Si vous aimez les oiseaux de jardin, ne taillez surtout pas votre haie au printemps

À partir du 1er avril, c’est une interdiction pour les uns, une recommandation pour les autres. La taille des haies par les agriculteurs et particuliers est néfaste pour les oiseaux. Certaines espèces sont clairement en déclin. On vous explique comment aider, à votre échelle, à inverser la tendance.

Vous avez un jardin et vous aimez avoir une haie bien taillée au printemps, tout en entendant le doux bruit d’un rouge-gorge ? Eh bien ! vous allez devoir choisir. Tailler sa haie au printemps, entre le 15 mars et le 31 juillet, est contre-indiqué, tant pour les arbres et arbustes de cette haie que pour les oiseaux qui pourraient venir y faire leur nid.
Mathieu Sannier est chargé de mission biodiversité pour la Ligue de la Protection des Oiseaux à Villenave-D’ornon en Gironde. Il nous explique quels sont les comportements à éviter pour participer au renouvellement des populations d’oiseaux de jardin.

Règlementation stricte pour les agriculteurs

Sachez d’abord que la règlementation n’est pas la même pour tout le monde. Les agriculteurs ont interdiction de tailler leurs haies du 1er avril au 31 juillet. On entend par là, tout arbuste ou arbre de moins de 3 mètres de haut, qui sert en général à délimiter une parcelle. Pour les particuliers aucune législation n’existe, pour autant il convient de respecter certains usages. Car ce sont dans ces haies que les oiseaux viennent construire leurs nids et donc se reproduire. Soyons vigilants.

 Période de reproduction des oiseaux

"On arrive dès le mois de février à la saison de la reproduction" , explique Mathieu Sannier de la LPO. 

Les haies sont des habitats favorables notamment pour les passereaux et la construction d’un nid peut démarrer dès février pour les espèces sédentaires en hiver, jusqu’à mi-mai pour certains oiseaux migrateurs .

Mathieu Sannier, chargé de mission biodiversité pour la Ligue de la Protection des Oiseaux

à rédaction web France 3 Aquitaine

Une fois passée cette phase, viennent ensuite la période de construction du nid, la ponte, et enfin l’élevage des jeunes.

Tailler au printemps, une ineptie

Avec l’arrivée des beaux jours, bon nombre de particuliers se mettent à jardiner et en profitent pour tailler leur haie afin qu’elle soit "propre" et rectiligne. Un geste qui ne respecte pas celui de la nature.  "Sans parler de la protection des oiseaux, au printemps les arbustes et arbres sont en phase de montée de sève donc cela n’a pas de sens de les tailler à cette période ", poursuit Mattieu Sannier. Pas question d'oublier le sécateur pour autant. 
"Maintenir une haie basse est favorable, car cela permet de faire plein de ramifications. Cela densifie le feuillage, donc cela créé une belle limite de jardin,  mais aussi joli lieu d’accueil pour la fabrication de nids d’oiseaux. Il faut juste le faire à l’automne et accepter que sa haie ne soit pas rectiligne au printemps ,car elle aura repoussé".

 

Déclin des oiseaux de jardin

Si des préconisations sont délivrées par la LPO pour les particuliers c’est parce qu’un constat clair est établi depuis plusieurs années. Les oiseaux dits de jardin sont en déclin et ce phénomène s’observe en Nouvelle-Aquitaine comme partout en France.

" Pour comprendre ces tendances négatives, nous avons deux techniques de suivi des espèces notamment le STOC  (suivi temporel des oiseaux communs) ", précise Mathieu Sannier. " Un système de comptage qui existe depuis trente ans, basé sur un réseau d’observateurs professionnels et amateurs.

Cela a permis de mettre en évidence la disparition des gobe-mouches gris, des hirondelles et des martinets noirs. Cela est principalement dû à la disparition des ressources alimentaires du fait de l’agriculture intensive.

Mathieu Sannier chargé de mission biodiversité pour la Ligue de la Protection des Oiseaux 

à rédaction web France 3 Aquitaine

"On a des territoires, comme Bordeaux, où on ne trouve quasiment plus d’hirondelles, sauf sur la ceinture métropolitaine. Et c’est d’autant plus dommage que ces oiseaux mangent les moustiques, donc rendent un service gratuit qui s’il n’est pas réalisé,finira par l’être à travers des politiques couteuses et pas toujours naturelles ", déplore Mathieu Sannnier.

 

Privilégier les espèces locales

Le mieux est de planter le plus d’espèces différentes et si possible des espèces locales. " Il faut bien se renseigner sur son sol et son territoire ", indique Mathieu Sannier. " Les espèces intéressantes sont les noisetiers, cornouillers, pruneliers, fusains, églantiers, charmes, et arbousier. Moi, j'ai remplacé ma haie de thuya par des essences différences avec un peu de tout. Par ailleurs, cela peut être intéressant de planter des arbustes dont le patrimoine génétique est local en achetant chez votre pépiniériste des plants avec le label « Végétal Local »"

Nourrir les oiseaux vous-même ? Oui, mais...

Si vous vivez à la campagne et que votre jardin est entretenu de manière écologique, pas besoin de nourrir les oiseaux, ils se serviront directement dans votre jardin. Mais il est vrai que disposer quelques graines dans son jardin permet de mieux les observer. Alors si vous le faites, évitez cette pratique au printemps, car c’est le moment où les oiseaux ont besoin d’une nourriture protéinée.
Si vous leur donnez des graines, ils auront tendance à s’en contenter. Ils cesseront alors de chasser les insectes et souffriront de carences en protéines. Les petits filets de graines, c’est donc possible, mais en l’hiver uniquement.

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