Crise dans la viticulture girondine: 19 millions en plus du CIVB pour aider à l’arrachage des vignes

Après l’enveloppe de plus de 30 millions d’euros, annoncée le mois dernier par le ministre de l’agriculture Marc Fresneau, Le comité Interprofessionnel du vin de Bordeaux annonce une aide supplémentaire de 19 millions d’euros. Cet argent doit financer l’arrachage sanitaire de 9500 hectares de vignes en Gironde.

 

Eric Etienne est viticulteur dans l’entre-deux-Mers depuis 4 générations. À 60 ans, il sait déjà que son fils ne lui succédera pas. Il sait également qu’il ne pourra se lancer dans la diversification, et qu’il n’aura pas de repreneur. Se pose aujourd’hui pour lui la question de la continuité de son activité pour les quelques années à venir.

 

Plus d’acheteurs : « j’envisage de distiller une demie-récolte… de vin médaillé ».

 

Distiller, c’est-à-dire réduire à l’état d’alcool impropre à la consommation, (bio éthanol ou gel hydroalcoolique par exemple) 2000 hectolitres d’un vin médaillé d’or en 2021, un comble pour ce viticulteur. Mais, faute d’acheteurs pour ce vin primé, il doit se résoudre à vider ses cuves pleines pour accueillir la nouvelle récolte 2023.

 "On ne produit pas du Bordeaux pour le distiller et économiquement la distillation va nous aider, mais ne va pas couvrir les frais. 650 euros le tonneau. En coût de production, on est à 1200".

 

 Car petit à petit, la crise s’est accentuée. Finis les contrats avec le négoce, puis avec la grande distribution, "en début d’année, ils viennent de nous dire qu’on nous déréférençait suite à la crise économique, la déconsommation". Résultat, "aujourd’hui, on se retrouve sur des marchés comme tout le monde, on a plus d’acheteur attitré".

 

"La distillation qui est une solution conjoncturelle : on va distiller cette année, mais l’année prochaine, on sera encore en surproduction."

 

  Il faut arracher mais…

 La plus grande difficulté pour ce viticulteur va déjà être d’accepter de sacrifier, la mort dans l'âme, une partie de son patrimoine sur l’autel de la rentabilité. "La solution pour permettre à mon frère de continuer, c’était d’arracher les vieilles vignes, les parcelles peu qualitatives. Sélectionner les meilleures parcelles". Toujours miser sur la qualité même si elle ne fait pas tout, comme le prouve son vin primé, invendu et invendable.

 « Nous, notre outil de travail a une histoire, c’est un patrimoine, ce sont nos grands-parents, nos arrières grands-parents qui l’ont construit. Ce n’est pas un tracteur qu’on va changer. On travaille pour le transmettre à nos générations futures comme ça s’est fait jusque-là. »

Eric Etienne, viticulteur

Mais très vite, il revient sur les primes versées, dont le collectif Viti 33, dont il fait partie, voulait plus,  "6000 euros ce n’est pas suffisant, on prônait au moins 10000 euros.", avant de reprendre « Les gens qui sont en difficulté vont avoir perdu le patrimoine et conservé leurs dettes. » 

Une prime de 6000 euros à l'hectare : insuffisante mais nécessaire

Pour arriver à ce que 9500 hectares soient arrachés, l'interprofession a mis la main à la poche en proposant de rallonger l'enveloppe ministérielle. L'accord initial prévoyait que l'état doublait l'enveloppe du CIVB. De ce fait, en annonçant 19 millions d'aides de, l'Etat financera 38 millions pour un total de 57 millions d'aides globales. 

 "Je suis heureusement surpris que la profession ait abondé la proposition dans l’arrachage. Ça ne suffit pas, mais c’était indispensable !", nous répond Yohann Bardeau. Viticulteur ayant diversifié son activité depuis une dizaine d'années, il a judicieusement négocié son virage professionnel. À l'heure actuelle, il fait partie des 30% d'agriculteurs girondins à salaire négatif, et aspire à arracher au plus vite. 

"Ça ne suffit pas, car il reste 4 000 euros des 6000" reprend Yohann Bardeau, les frais d'arrachage étant à la charge des viticulteurs. 

Celui-ci pense tout de suite aux jeunes viticulteurs sur des petites parcelles, "Moi, j'ai déjà commencé la reconversion, les plus à plaindre sont ceux qui ne l’ont pas fait. Soit, ils arrêtent tout, soit ils auront beaucoup de mal." explique-t-il. "10 ha, ça fait 10 vaches et ça fait 8000 euros de chiffres d'affaires. Avec 10 vaches, on ne peut pas vivre."

Avant de conclure "Moi, j'aurais préféré qu’on ait la réponse plus vite et réduire les excédents le plus vite possible."

 Pour Franck Ballester, Directeur de la FDSEA, il faut aussi faire attention aux conséquences des enveloppes : "Tout le monde aurait voulu plus, mais après, il faut trouver les budgets. Quand on veut trouver 19 millions sur la viticulture bordelaise, il ne faut pas dépouiller le budget de promotion des vins de Bordeaux". 

Les négociations continuent 

Pour pouvoir prétendre à ces aides, il faut avoir produit en 2022, afin que les vignes ne soient pas considérées en chaume. Sans prétendre à cette condition, l'allocation n'est plus que de 2000 l’hectare. 

Mais une première dérogation a été obtenue aujourd'hui "pour ceux qui ont subi la grêle" nous explique Jean-Samuel Eynard, président de la FDSEA, qui a participé aux négociations. 

Les négociations concernent notamment les aides complémentaires. Avec la DRAF (direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) déjà. Celle-ci souhaite soumettre certaines primes à la condition de renaturation, telles que le boisement, la mise en prairie permanente ou la jachère. "Condamner à ce que des terres ne produisent rien pendant 20 ans, ça parait surréaliste", commente Jean Samuel Eynard, qui espère faire évoluer ces critères avec la DRAF.

Avant d'expliquer le reste des attributions, "Pour les fonds du CIVB, il n’y a pas ces conditions".

"Moi mon combat aujourd’hui c’est qu’il y ait un maximum de critères éligibles à la renaturation." mais pour les céréales de Yohann Bardeau "ça va être compliqué" commente-t-il. 

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