Viticulture : les professionnels s'estiment oubliés par l'Etat

En Gironde, les viticulteurs peinent à se relever de la crise, qui fait suite aux nombreuses difficultés rencontrées ces derniers mois. Ils s'estiment oubliés par l'Etat et regrettent le faible montant des aides qui leur sont accordées. 

Vignes dans le nord Gironde
Vignes dans le nord Gironde © France 3 Aquitaine

Il n'a jamais cessé de travailler pendant le confinement. Pourtant, Stéphane Gabard, viticulteur à Fronsac en Gironde, et à la tête d'un domaine de 40 hectares, a pourtant perdu beaucoup d'argent. Ses ventes peinent à rebondir depuis la sortie du confinement. Il souhaiterait un plan d'aides plus généreux de la part de l'Etat, à l'image des montants accordés aux autres secteurs. "Le vin, c'est le deuxième pôle d'exportation de produits, juste après l'aéronautique. Quand on entend que cette filière a eu 15 milliards, que l'automobile en a eu 8...", énumère-t-il. 
 

Aujourd'hui l'Etat nous a versé un peu moins de 100 millions d'euros. D'un côté, on parle en milliards, de l'autre, on parle en unité de centaine de millions d'euros. On trouve que la balance est un petit peu disproportionnée. 

Stéphane Gabard, viticulteur à Fronsac


Le plan de relance de la filière viticole a été présenté en mai. Il comprend 100 millions d'euros d'exonérations de charges sociales patronales et de cotisations sociales pour les exploitants, auquel s'ajoute un dispositif de distillation de crise de 140 millions d’euros

Insuffisant dans le contexte actuel, estime Stéphane Gabard. "La reprise est très timide. Les restaurants travaillent avec des salles qui ont beaucoup moins de couverts. Les réunions familiales, les mariages sont reportés. Tous ces événements sont des occasions de consommer nos vins… qui n'ont pas lieu"

La prochaine récolte du Girondin approche, alors que les stocks, en excès de 20 à 25%, s'accumulent dans un chai qu'il peine à amortir.
 

Lorsque votre chiffre d'affaires chute de 50%, la capacité de remboursement n'est plus du tout la même. C'est la pérennité de l'entreprise qui peut être mise en cause si nous n'avons pas de compensations, nous aurons du mal à faire face à nos investissements.

Stéphane Gabard, viticulteur à Fronsac


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Viticulture : les professionnels s'estiment oubliés par l'Etat
 

"Oubliés" du plan de relance

La viticulture est la grande oubliée du plan de relance de l'Etat estime la fédération des grands vins de Bordeaux. "Pendant la période de confinement, les exploitations ont continué à assumer les charges salariales, alors même que la commercialisation était très ralentie, voir arrêtée", rappelle Yann le Goaster, directeur de la fédération des grands vins de Bordeaux. 
Celle-ci estime avoir perdu la commercialisation de 32 millions de bouteilles entre le début du mois de mars et la fin du mois de mai. "C'est vraiment important si on considère qu'une année entière de commercialisation, représente environ 350 millions de bouteilles"
 

Nous ce que nous demandons, ce sont des exonérations de cotisations patronales pour aider les viticulteurs à passer le cap. L'idée, c'est vraiment de permettre aux viticulteurs d'être les acteurs du redémarrage économique.

Yann le Goaster, directeur de la fédération des grands vins de Bordeaux


La période est vraiment morose pour les viticulteurs, qui déjà en 2019, ont subi les conséquences de la taxe Trump sur le vin français. Le Brexit, et la sortie du Royaume Uni de l'Europe a également porté un coup dur à la filière : le pays représentant le quatrième marché d'exportation pour les vins de Bordeaux. Le premier étant Hong Kong, pays traversé par une crise politique.
 
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