Incendie de l'émetteur des Cars en Haute-Vienne : 6 arrestations en Limousin

Après l’interpellation de six individus mardi 15 juin 2021 en garde à vue au commissariat de Limoges, des dizaines de personnes se sont rassemblées ce 16 juin 2021 pour soutenir les interpellés, issus du Limousin, dont une enseignante de Gentioux-Pigerolles en Creuse.

Des dizaines de personnes rassemblées devant l'hôtel de police de Limoges ce mercredi 16 juin 2021 en soutien aux personnes arrêtées.
Des dizaines de personnes rassemblées devant l'hôtel de police de Limoges ce mercredi 16 juin 2021 en soutien aux personnes arrêtées. © FTV

"Libérez nos camarades" ont scandé ce mercredi des dizaines de personnes venues de tout le Limousin et rassemblées ce matin devant l’hôtel de police de Limoges pour soutenir les six personnes interpellées mardi 15 juin.

Les arrestations ont été menées dans le cadre d'une information judiciaire ouverte notamment pour "destructions et dégradation par moyen dangereux en bande organisée, association de malfaiteurs et destruction de biens de nature à porter atteinte aux intérêts de la nation", a indiqué le parquet de Limoges mardi qui parle de personnes "appartenant à l'ultragauche" sans plus de précisions sur l'identité des gardés à vue.

Les destructions concernent l’incendie d’un emetteur de TNT et de FM sur la commune de Les Cars en Haute-Vienne le 11 janvier 2021et des véhicules d’Enedis sur un site de Limoges le 10 février 2020. La mention "Ni Linky, ni nucléaire, on veut une retraite dorée" avait été trouvée sur un mur.

Un avocat de Limoges a confirmé l’interpellation d’une habitante de 57 ans à Gentioux-Pigerolles au sud de la Creuse, directrice de l’école de la commune. Il s’interrogeait en allant voir sa cliente, actuellement présumée innocente. 

Je ne comprends pas pourquoi elle a été arrêtée.

Un avocat d'une personne interpellée.

Dans la commune, l’une de nos équipes a constaté que la façade de la mairie-école avait été recouverte de trois inscriptions : "fuck le 17", "nique la SDAT" et "ma maîtresse m’a radicalisée".

Des inscriptions sur la façade de l'école de Gentioux-Pigerolles en Creuse où a été arrêtée une femme.
Des inscriptions sur la façade de l'école de Gentioux-Pigerolles en Creuse où a été arrêtée une femme. © FTV

La SDAT est la sous-direction anti-terroriste basée à Paris. Hier matin, l’un de ses agents, accompagnés de policiers du SRPJ de Limoges et de gendarmes de brigades de Creuse, en tout plus d’une dizaine de véhicules ont procédé à l’interpellation de la personne à son domicile et à une perquisition.

Ses voisins se disent aujourd’hui "choqués" par l’intervention et le dispositif. Une vingtaine d’habitants ont essayé d’empêcher le départ du site de leur voisine. Quelques uns ont été dispersés ensuite à l’aide de gaz lacrymogènes selon des témoins.

Les 6 personnes peuvent-être maintenues 96 heures en garde à vue. On a appris ce soir que la garde à vue de l'habitante de Gentioux a été prolongée de 48 heures. On ne sait pas pour les autres. 

Devant le commissariat, quelques personnes ont accepté de dire un mot à france 3 Limousin et sont surprises par les arrestations et les chefs d’inculpation qui concernent aussi selon l'AFP trois femmes et deux hommes, parallèlement appréhendés à Cieux et Bussière-Boffy, en Haute-Vienne.  

"C’est un scandale. Les policiers ont arrêté des couples presque septuagénaires. Ils n’ont rien à voir avec des terroristes, ils ont juste des sympathies avec des milieux libertaires" indique cet homme qui n’en dit pas plus sur l’identité des personnes en garde à vue.  

A côté de lui, une femme venant de Corrèze se dit "outrée". Elle poursuit : "Ce sont des gens qui ont beaucoup œuvré pour les autres, des humanistes qui sont dévoués. Il y a une infirmière en retraite, certains dans l’enseignement ".

Deux banderoles ont été accrochées sur les grilles du commissariat avec écrit : "Rendez-nous notre institutrice" et "qui terrorise qui ? 2008 : Tarnac, 2021 : Gentioux" en référence au "groupe libertaire de Tarnac", en Corrèze, dont sept des huit prévenus, initialement accusés de terrorisme, ont été relaxés par le Tribunal correctionnel de Paris en 2018 après dix ans de procédure.

Au-delà de leurs portées, et de leurs conséquences respectives, les deux incendies qui ont débouchés sur ces interpellations ont aussi eu des coûts financiers, et pas des moindres.

Pour rappel, chez ENEDIS à Limoges, le 11 février 2020, ce sont huit fourgons qui ont brûlés, dont un, modèle unique, servant sert à faire des repérages de détection de câbles ou de pannes. Au-delà de leurs seuls prix, il faudrait également prendre en compte le coût des annulations et/ou reports d’interventions, rendues alors impossibles. De plus, des plaintes ayant été déposées, et les gardes à vue actuelles pouvant déboucher sur des mises en examen, qui elles-mêmes ouvriront des recours, l’opérateur ne souhaite pas communiquer sur son préjudice globale, préférant attendre l’intervention de ses avocats. A l'époque des faits, la direction estimait son préjudice à 400 000 euros. 

Dans le cas cette fois, le 11 janvier 2021, de l’incendie de l’émetteur des Cars, relevant de TDF. L’opérateur avait très vite communiqué sur un coût total de plusieurs centaines de milliers d’euros. Toujours valable à ce jour, précisé toutefois dans une fourchette comprise entre un et un million et demi d’euros. Et encore, une somme qui comprend plus la rénovation et l’investissement matériel, moins l’investissement humain, ni les pertes indirectes engendrées par la rupture d’exploitation.

Il est d’ailleurs à noter que si, ni les téléspectateurs, près d’un million quatre à l’époque, ni nous-mêmes, diffuseurs, ne voyons plus la différence, la remise à la normale absolue n’est toujours pas achevée sur l’émetteur, et prendra encore au mieux de longues semaines.Donc une somme précise, quasi impossible à dégager aujourd’hui. Mais un coût de ces actes volontaires qui se chiffre assurément en millions d’euros.

 

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