Environnement : dans l'art et le textile, la couleur se pense au naturel à Limoges

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PAGE ENVIRONNEMENT. L'ENSA Limoges a créé un programme de recherche et de création sur les couleurs naturelles ©Antoine Jégat / Matthieu Degremont - France Télévisions

L'industrie textile est responsable de 30% de la pollution des cours d'eau dans le monde. Depuis un an, une quinzaine d'étudiants de l'école d'art et de design de Limoges, l'ENSA, travaille sur un programme de recherche et de création pour développer des pratiques de coloration plus éco-responsables.

Installée à Felletin, en bord de Creuse, la famille Terrade file la laine de mouton depuis quatre générations. Les manufactures de tapisserie comme Pinton s’y fournissent en laines de toutes les couleurs.

Depuis quelques années, sa palette synthétique s’est enrichie d’une gamme 100% naturelle… Avant toute chose, Clément Talavera, le teinturier, doit peser son pigment : 3% de la quantité de matière à colorer, pas un gramme de plus.

« Ça c’est du bois de campêche, un arbre qui pousse au Mexique et dans les parties centrales de l’Amérique. On récupère l’écorce pour en faire un extrait en poudre qui va se diluer dans l’eau chaude… Ça va nous donner un beau violet. »

La fibre doit être préalablement trempée dans des sels d’alun pour permettre à la teinture végétale de s’y fixer. Une étape indispensable appelée mordançage.

Clément fait ensuite grimper très doucement la température de l’eau…

On va monter progressivement jusqu’à 95 degrés, un degré par minute environ, donc il faut compter une heure, une heure et demie pour avoir la couleur.

Clément Talavera, teinturier de la filature Terrade

Au bout de quelques instants, le violet commence à se révéler comme par magie…

 

 

Ce processus reste encore très rare, le végétal étant difficile à stabiliser sur le textile…

L’Ecole Nationale Supérieure d'Art (ENSA) de Limoges a donc créé un programme de recherche et de création autour de la couleur naturelle, baptisé « Chromoculture ».

Au rez-de-chaussée, dans le laboratoire photo, une dizaine d’étudiantes apprend à développer des photos à partir de cristaux de soude, de vitamine C… et de café. Une technique inventée aux Etats-Unis et transmise par Emmanuelle Nègre, artiste plasticienne.

 On réussit à remplacer les révélateurs traditionnels par des révélateurs moins toxiques pour l’être humain et pour l’environnement.

Emmanuelle Nègre, artiste plasticienne

Un étage plus haut, la designeuse Cécile Vignau réapprend des techniques oubliées… Dans l’atelier textile trône une cuve remplie d’indigo, un colorant déjà connu il y a plusieurs millénaires… remis au goût du jour par le maître teinturier David Santandreu. Sa formule : indigo en poudre, chaux éteinte et - plus surprenant - du henné et du sirop de datte.

"Au contact de l’air, l’oxydation va permettre à l’indigo de redevenir non soluble et de se fixer de manière pérenne sur la fibre…", explique Cécile Vignau, les mains rendues bleues par ses expérimentations.

Aux côtés de l’indigo, une racine de garance, qui donne du rouge. Plus elle est ancienne, plus le rouge sera intense.

Des couleurs obtenues à partir de plantes cultivées en Corrèze. Une agricultrice bio de Lubersac est une pionnière dans la culture des pigments dans la région et collabore avec des artistes tels que Betty de Paris.

On trouve ça génial de se dire qu’on peut produire avec des matières vivantes cultivées à quelques kilomètres de l’école des couleurs qui peuvent nourrir des pratiques d’art et de design pour les étudiants…

Cécile Vignau, designeuse textile et enseignante à l'ENSA Limoges

 

La couleur peut donc se concevoir en circuit-court, voire très court. Un jardin va sortir de terre dans le parc de l’école. Une cinquantaine d'essences d’arbres et de plantes pour tous les domaines de l’art : en textile avec de la teinture végétale, mais également en édition avec des encres, en céramique avec des émaux de cendre… Tous les secrets de la couleur sont déjà dans la nature, reste à les apprivoiser…

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