Starbucks, KFC, Columbus... les grandes enseignes, bonne ou mauvaise nouvelle pour le centre-ville de Limoges ?

Inauguré en grande pompe le 4 août dernier, le premier café Starbucks de Limoges marque un tournant dans l'histoire de la rue Jean-Jaurès, principale artère commerciale de la ville. Est-ce le signe d'une réelle attractivité de la ville où la confirmation d'une standardisation de la capitale limousine ? Nous avons posé la question aux professionnels du secteur.

Au 29 rue Jean-Jaurès à Limoges, une valse ininterrompue de clients qui entrent et sortent, gobelet à la main. Le premier magasin Starbucks, d'une surface de 350 m² sur deux niveaux, ne désemplit pas depuis son ouverture le 4 août dernier. Derrière le comptoir, les 15 salariés du café s'activent pour répondre aux commandes. Justine et Lise, deux jeunes Limougeaudes, peuvent enfin déguster leur boisson préférée à cinq minutes de chez elles. "J'ai pris un "Frappuccino" (ndlr : une gamme de cafés glacés développée par Starbucks) cookie & cream, c'est fait avec du lait, du chocolat, de la chantilly... c'est frais et c'est bon pour l'été."  Des produits introuvables à Limoges auparavant, mais qui ont un prix : près de 7€ le rafraîchissement.

Une "locomotive" pour le centre-ville selon la mairie

L'arrivée de la franchise américaine est dans les cartons de la mairie depuis plusieurs années. Condition sine qua non à son implantation : être située dans une aire entièrement piétonne. Problème réglé depuis que la rue Jean-Jaurès a été coupée à la circulation début janvier. Rémy Viroulaud, adjoint au commerce dans l'actuelle majorité, se félicite d'un tel succès. "Comme toutes les enseignes nationales, elle bénéficie d'une notoriété. À travers des communications importantes sur la marque, elle est déjà connue d'un très large public, donc ça, c'est déjà un facteur de consommation." 

C'est une véritable locomotive qui va créer de l'activité commerciale à l'échelle de toute la rue Jean-Jaurès, pas uniquement Starbucks. C'est valable pour les autres enseignes nationales de la rue, mais aussi et surtout pour les indépendants.

Rémy Viroulaud, adjoint (LR) au maire de Limoges en charge du commerce

 

Cette attractivité indéniable peut-elle "ruisseler" sur les commerces environnants ? Certains y croient. "Ça ramène du monde, même si ce n'est pas le même public. Je préfère voir un Starbucks plutôt qu'une boutique vide", argue la gérante de la boutique Cafés Errel, de l'autre côté de la rue.

Dynamiser la concurrence

Toutefois, l'inquiétude est palpable parmi les cafés traditionnels. "Il y a un déplacement de la clientèle, on le voit très bien aujourd'hui après l'ouverture de cette grande enseigne", note Alain Guillout, président de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) 87. "Mais ceci va se régulariser dans le temps, comme on a pu l'observer dans l'hôtellerie."

Ça draine une clientèle qui ne va pas forcément dans nos établissements, donc ça peut dynamiser le secteur. Ça répond à une nouvelle attente du consommateur, donc il faut regarder un peu ce qu'ils font et pourquoi pas, nous inspirer de ces bonnes choses dans nos établissements.

Alain Guillout, président de l'UMIH 87

Limoges, ville "uniformisée et standardisée"

Le constat est sans appel : les grandes enseignes gagnent du terrain. Sur les 830 commerces du centre-ville, 30% sont des enseignes nationales. Un chiffre qui se situe dans la moyenne basse des métropoles françaises (entre 30 et 37%), mais qui ne cesse de progresser

Preuve que Limoges est peu à peu en train de s'uniformiser selon Philippe Exbayat, propriétaire de La Fabrique du Café situé place d'Aine depuis onze ans. Lui n'a pas attendu l'arrivée d'un Starbucks ou Columbus pour développer l'idée de coffee shop à Limoges.

"C'est une vision du commerce qui a 30 ans... Aujourd'hui, les grandes villes qui avaient cette dynamique-là il y a 30 ans, sont en train de faire machine arrière. Quand on se promène à Bordeaux, là où ça bouge, c'est justement dans les quartiers où il y a des petites enseignes avec une identité forte",  regrette cet indépendant.

Le coût des locations commerciales

Ce phénomène de standardisation est accentué par le coût des loyers dans l'hypercentre, souvent prohibitifs. Dernier exemple en date : plus de 10.000 euros par mois pour l'ex-Café République, situé sur la place éponyme, bientôt remplacé par un autre géant américain de la restauration rapide : KFC, en cours de travaux. 

"Il y a un dysfonctionnement entre, d'une part, des loyers qui ont la réputation d'être assez onéreux et d'autre part, des porteurs de projet qui ne trouvent pas les locaux qui leur conviendraient, que ce soit en termes de loyer ou de dimensions", reconnaît Rémy Viroulaud.

Pour freiner cette tendance, la mairie de Limoges a récemment pris deux mesures : la mise en place d'une taxe sur les friches commerciales afin d'inciter les propriétaires à louer leur boutique à des prix raisonnables, ainsi que la création de trois pépinières commerciales bénéficiant de loyers encadrés. Deux mesures symboliques pour éviter que le centre-ville de Limoges ne se transforme en vaste centre commercial à ciel ouvert. 

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