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Théories décoloniales et conflit de hiérarchie à l'université de Limoges, un sociologue au tribunal administratif

© A. Abalo
© A. Abalo

Le sociologue Stéphane Dorin a déposé un recours après avoir été écarté fin 2018 de son laboratoire de recherches à l'Université de Limoges. Pour l'enseignant-chercheur la décision fait suite à ses dénonciations de l'influence des théories décoloniales au sein de l'université limougeaude.

 

Par Christophe Bodin

Un enseignant-chercheur de l'Université de Limoges conteste, devant le tribunal administratif, son éviction d'un laboratoire de recherches. Fin 2018, Stéphane Dorin apprend qu'il ne fera plus partie du laboratoire de Sciences humaines et sociales, le GRESCO  (Groupe de Recherches Sociologiques sur les Sociétés Contemporaines). 
 
Le sociologue Stéphane Dorin estime qu'il a été écarté de l'Université sur des motifs fallacieux

D'après Stéphane Dorin, sa mise à l'écart serait une mesure de rétorsion car le 21 novembre 2017, il s'était opposé, dans une lettre publique, à la venue d'Houria Boutelja,  dans le cadre d'un "séminaire d'études décoloniales".  Fondatrice du "Parti des indigènes de la république", figure médiatique, Houria Boutelja est régulièrement l'objet de polémiques pour des propos dénoncés comme anti-blancs, antisémites ou racistes. 

Dans sa lettre ouverte Stéphane Dorin avançait certains de ces propos : "La blanchité est une forteresse, tout blanc est bâtisseur de cette forteresse", "Si la femme noire est violée par un noir, c'est compréhensible qu'elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire", ou encore "L'homme arabe qui fait son coming out, c'est un acte de soumission à la domination blanche".
 

L'université avait dans un 1er temps choisi de maintenir le séminaire incriminé, en invoquant la liberté d'expression. Finalement, suite aux messages émanant d'associations, de partis politiques, et devant l'ampleur des réactions, la décision avait été prise d'annuler le séminaire.
 

Les théories "décoloniales" sont contestées quant à leurs motivations véritables.  80 signataires d'un appel contre la banalisation de ces thèses jugent que les partisans de ces théories veulent "faire passer leur idéologie pour vérité scientifique".

Dans une tribune dans la revue "le Point", ces 80 intellectuels dénoncent notamment des mouvances qui "en se présentant comme progressistes (antiracistes, décolonisateurs, féministes…), [...] se livrent depuis plusieurs années à un détournement des combats pour l'émancipation individuelle et la liberté, au profit d'objectifs qui leur sont opposés et qui attaquent frontalement l'universalisme républicain : racialisme, différentialisme, ségrégationnisme (selon la couleur de la peau, le sexe, la pratique religieuse). Ils vont ainsi jusqu'à invoquer le féminisme pour légitimer le port du voile, la laïcité pour légitimer leurs revendications religieuses et l'universalisme pour légitimer le communautarisme."

Pour Stéphane Dorin,  les ressorts de son éviction seraient directement liés à cette affaire et sa dénonciation de la place toujours grandissante que prendraient les théories "décolonialistes" au sein de son université.
 
Un sociologue évincé à Limoges pour avoir s'être opposé aux théories "décoloniales" ? L'université conteste cette version.

Une vision des choses totalement contestée par le laboratoire de recherches de l'Université de Limoges. Il s'en est expliqué dans ce communiqué le 6 décembre 2018.  L'Université elle-même a demandé un droit de réponse à la rédaction du Point qui avait publié un article sur le sujet. Elle y expose ses arguments et notamment le fait que Stéphane Dorin avait proposé lui-même sa démission, et ce pour la 4ème fois, dans une longue lettre motivée de 3 pages en avril 2018.

Stéphane Dorin a saisi le tribunal administratif qui va devoir se prononcer sur la validité de la décision de l'université. Réponse à la fin de cette 1er semaine de février 2019.

Mise à jour, 9 février 2019 : Stéphane Dorin va pouvoir réintéger son groupe de recherches sociologiques sur les sociétés contemporaines.
Une décision prise hier par le tribunal administratif de Limoges, qui se prononcera de nouveau sur le fond de l'affaire en avril prochain.
 



 

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