Un militant d'ultradroite de Limoges condamné par le correctionnel de Paris pour "préparation d'acte terroriste"

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Aurélien Chapeau, un ancien militaire haut-viennois, militant d'ultradroite, a été condamné par le tribunal de Paris à 9 ans de prison pour "préparation d'un acte terroriste". Soupçonné de faire l'apologie du nazisme, il avait été arrêté au printemps 2020 à son domicile limougeaud.

Le tribunal de Paris a condamné Aurélien Chapeau à 9 prison, dont une peine de sureté des deux-tiers, pour "préparation d'un acte terroriste". 

C’est en mai 2020 que celui qui est alors agent de sécurité est interpellé à son domicile, dans un immeuble du quartier de la cathédrale de Limoges, alors qu’il était sous surveillance dès 2019.

Lors des deux perquisitions à son domicile, les policiers de la DGSI, Direction Générale de la Sécurité Intérieure, trouvent tout un arsenal : un revolver avec deux chargeurs, un pistolet semi-automatique et un fusil mitrailleur avec un nombre considérable de munitions, un sac de clous et boulons, dix grenades, quatre fusées, 114 pétards, un fumigène ainsi qu’un couteau et un poing américain.

Du matériel inquiétant pour ce passionné d’armes, dont les publications xénophobes, racistes, antisémites et néo-nazies sur les réseaux sociaux montraient également une adhésion aux thèses de l’ultradroite, à une idéologie de suprémacisme blanc.

Parmi ses messages et photos publiées, un selfie avec la photo du terroriste des attentats en mars 2019 des deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande.

L’homme de 38 ans, militaire pendant 7 ans en qualité de cuisinier puis magasinier dans l’armée de terre, s’était reconverti agent de sécurité dans des administrations en Haute-Vienne.  Apprécié tant dans son dossier militaire où il apparaît comme calme, loyal, aimant travailler en équipe, que par son dernier employeur, il n’avait jusque là éveillé aucun soupçon professionnellement. Une précédente condamnation pour détention d’un revolver et pistolet automatique non déclarés avait échappé à son employeur travaillant pour l’Etat.

Aurélien chapeau a également déjà été condamné à quatre mois ferme en mai 2019 après avoir proféré des menaces de mort à l’encontre de militants de SOS racisme. 

Soupçonné d’avoir voulu passer à l’acte compte-tenu de ses nombreux messages d’apologie du nazisme, de ses acquisitions d’armes et munitions, de recherches sur des lieux de réunion de la communauté juive, de repérages des cibles, de visionnage de tutoriels pour la fabrication d’engins explosifs, il a été mis en examen pour entreprise individuelle de terrorisme.

Il est a été renvoyé devant la 16e chambre correctionnelle du Tribunal Judiciaire de Paris pour trois jours de procès. Il encourait une peine de 10 années d’emprisonnement.

Qui est Aurélien Chapeau ?

Né en 1983 à Limoges, il est célibataire sans enfant. 

"J'ai eu une enfance normale, je n’ai jamais manqué de rien", explique l'homme. Après un CAP cuisine et un BEP, il  s’engage volontairement dans l’armée de terre en janvier 2010. "J’ai signé pour le drapeau, pour l’amour de la nation, j’étais passionné à l’époque, une passion que m’a transmise mon père, lui-même passionné par l’histoire, les guerres et batailles et  le modélisme.  Il aimait l’armée et m’a transmis cette passion".

Il explique au président du tribunal que, cuisinier dans l’armée, il a rapidement su qu’il ne voulait pas le rester  "on n’est pas dans l’armée pour être cuisinier». Il aurait souhaité rallier une unité combattante mais il va se blesser au bout de deux ans"sur le parcours d’obstacles en entraînement", explique-t-ilCela lui a valu un an d’arrêt. Une blessure qu’on trouve pourtant "non imputable au service" dans son dossier militaire porté à la connaissance du tribunal mais que conteste Aurélien Chapeau. Il dit découvrir à l’audience cette non-imputabilité au service.

Aurélien Chapeau abandonne l’armée au bout de 7 ans pour se rapprocher de sa compagne, en formation de professeure des écoles en Corrèze. Sa voix s’étreint d’émotion quand le président du tribunal aborde sa reconversion. Il reconnaît ce que sa compagne a dit de lui : "impulsif, colérique, sans être violent et avec des pensées négatives avec lesquelles elle ne se reconnaissait pas".

Ils se séparent et il connaît alors une période d’isolement social.

Il est détenu à Fleury-Mérogis depuis sa mise en examen, trois jours après son interpellation. 

Il comparaît avec un homme retraité de Nantiat, divorcé et père de 6 enfants, auquel il est reproché d’avoir cédé à Aurélien Chapeau les 3 armes trouvées à son domicile de catégorie A et B (pistolet semi-automatique, revolver 357 magnum et fusil mitrailleur avec chargeurs et un nombre considérable de munitions). Pour l’avocat de celui-ci, son client ne connaissait pas le profil de dangerosité d’Aurélien Chapeau. 

Le tribunal a condamné ce retraité qui lui a procuré les armes à 20 mois de prison. 

Le Président a abordé ses publications sur les réseaux sociaux. Il a égrené tous les attentats internationaux au nom de cette idéologie de mouvements d'ultradroite de suprémacisme blanc.

À l’issue de cette lecture Aurélien Chapeau a déclaré :  "Je me rends compte que j’étais dans une idéologie dégueulasse et que je n’ai rien à voir avec ces gens-là". 

Le Président : "Vous dîtes que vous vous en êtes détaché, depuis quand ?"

Il répond : "Depuis que j’ai réalisé que ça m’a bousillé ma vie, que j’ai fait beaucoup de mal autour de moi, j’étais intoxiqué, je suis passé à côté de beaucoup de choses".    

 

Angélique Martinez avec Isabelle Rio sur place.