Dans la famille de ce sportif, on cultive les arts martiaux de père en fils... Un héritage qui perdure depuis cinq générations. Première publication le 13 mai 2023.

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Pierre Moua pratique le MMA, les arts martiaux mixtes, où presque tout est autorisé. Avec huit victoires pour douze rencontres, il espère un ultime match. Alors, il reste prêt.

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Huit fois champion de France de Sanda, une boxe chinoise dérivé du Kung-fu, vice-champion des Jeux mondiaux : Pierre Moua a un destin extraordinaire. Mais dans une famille de champion, descendante des légendaires combattants Hmongs, il est d'abord le cadet. Un portrait de Thomas Chollet-Lunot et Samuel Chassaigne ©France 3 Limousin

"Mes grands frères m'ont montré le chemin, raconte Pierre Moua. C'est une chance, cela m'a donné l'envie de m'investir et de sacrifier beaucoup de choses."

Huit fois champion de France de Sanda, la boxe chinoise proche du Kung-fu, vice-champion des Jeux mondiaux, l'équivalent des JO pour les sports non olympiques... Pierre possède un palmarès hors du commun, qui serait presque banal dans la famille Moua. Ses parents Yia et Ndjoua ont eu trois fils et deux filles. Tous champions d’arts martiaux.

Des graines de champions !

Pierre est le cadet d'une fratrie de cinq. Jamais simple d'être le dernier, il lui a fallu trouver des astuces. "C'était un petit garçon très dur, se souvient Kao Moua, sa sœur. Pour se faire entendre et se faire respecter, il se cognait la tête contre le mur. Dès qu'il commençait à se taper, nous, les grands frères et grandes sœurs arrêtions de l'embêter, et il savait qu'il avait le dernier mot." 

"Le Kung-fu, c'est dans le sang, dans les gênes"

Yia Moua, père de Pierre

"Il a toujours été très fort mentalement depuis qu'il est tout petit ", se remémore son père Yia. Ndjoua, la mère de Pierre, ajoute en souriant : "Il a toujours bien travaillé. Quand on demandait, il faisait." 

"Pas de secret, juste le travail !"

Cinq enfants, tous champions de leur discipline, et en équipe de France. La méthode Moua, ça fonctionne : "Il n'y a pas de secret, jure Yia, le paternel. C'est juste le travail."

Le travail certes, mais pas que. La famille Moua se transmet l’art du Kung-fu depuis cinq générations. Elle est originaire du peuple Hmong, au sud de la Chine. Le même peuple qui a inventé cet art de combat. 

"C'est notre héritage, relate Kao. C’est ce que le papa nous a transmis, et que l’arrière-arrière-arrière-grand-père nous a transmis. Et même si la culture Hmong privilégie les garçons, cela ne nous a pas empêchées, moi et ma sœur, d'être au même niveau que nos frères."

"Le Kung-fu, c'est dans le sang, dans les gênes"

Le grand-père de Pierre se nomme Fong Stong. Il a combattu avec l’armée française en Indochine comme la majorité du peuple Hmong. En 2017, il reçoit la Légion d'honneur. 

À la fin de la guerre, les Moua ont dû fuir le Laos où ils vivaient. Pour vivre, ou plutôt survivre, Yia, le Père de Pierre, combattait en Thaïlande. La nuit, pour 40 centimes d'euros. Il fera 27 combats : 26 victoires, un nul. 

Après un passage en Guyane Française, Yia arrive à Limoges à la fin des années 70. C'est ici que lui et sa femme élèveront leurs enfants. Dans leur Kung-fu, il y a autre chose que le travail. Une chose qui ne s'apprend pas. "Le Kung-fu, c'est dans le sang, dans les gênes", affirme Yia. Le plus important pour les combattants, ce n'est pas la force. C'est la technique."

Le club de Sanda le plus titré de France

En 1994, le père fonde un club d’art martial à Bosmie-l’Aiguille en Haute-Vienne. Puis un autre, à Couzeix, il y a quelques années. 363 adhérents, mais zéro bénéfice : les Moua sont tous bénévoles.

Au crépuscule de sa carrière, Pierre veut maintenant penser à l’après. "Je commence de plus en plus à m'investir dans la transmission, dit Pierre Moua. Je n'ai plus le même aperçu de l'avenir."

Transmettre aux plus jeunes, et peut-être à ses deux enfants. "Je ne leur imposerai jamais une obligation, promet-il. Mais j'espère leur donner le goût de l'art martial, et faire perdurer cet héritage familial. Comme dans Kung-fu Panda, je vais leur apprendre le plus important, le côté spirituel. Éduquer la jeune génération pour qu'elle puisse progresser aussi bien que j'ai pu progresser."

En Sanda, le club de Bosmie-l’Aiguille est le plus titré de France. Quinze fois champion national, trois fois champion d’Europe, vice-champion du monde… L’héritage des Moua est entre de bonnes mains.