Oradour-sur-Glane. Ancien résistant et unique survivant de sa famille massacrée, André Desourteaux s’est éteint

André Desourteaux est décédé mercredi 26 avril à l’âge de 97 ans. Ami d’enfance de Robert Hébras, il a œuvré toute sa vie au travail de mémoire du village martyr. Le 10 juin 1944, il travaillait à Limoges, toute sa famille a péri dans le massacre d’Oradour-sur-Glane. Il s’est ensuite engagé dans la Résistance.

18 membres de sa famille ont été assassinés le 10 juin 1944 : ses parents, ses sœurs, ses grands-parents, ses oncles, tantes et cousins. Ce jour-là, André Desourteaux travaillait à Limoges.

 

Quand je suis rentré dans le bourg d’Oradour le lendemain matin, j’ai posé mon pied sur le linteau devant chez moi et j’ai dit : ils me le paieront. 

André Desourteaux, le 9 mai 2015

Le jeune homme s’engage alors dans la Résistance et contribue à la libération du Limousin. Avec sa section des F.F.I, il est ensuite envoyé vers la poche de Saint-Nazaire. Le 12 mai 1945, alors que les Allemands ont rendu les armes quelques jours auparavant, il se trouve dans le village de Saint-Viaud près de Nantes, où il est chargé de la surveillance d’une trentaine de prisonniers allemands. Dans une grange où a été entreposé de l’armement, une grenade dégoupillée explose. Sept hommes sont tués : cinq membres des F.F.I du Limousin et deux civils.

Le caporal-chef André Desourteaux ignore alors que l’explosion était accidentelle, les Résistants pensent que la grange a été piégée, il a alors la possibilité de « venger » sa famille en ordonnant à ses hommes l’exécution des Allemands. Après un temps d’hésitation, André Desourteaux leur laisse la vie sauve.

 

« J’avais l’occasion de leur faire payer, je ne l’ai pas fait. Je n’en suis pas fier mais je peux me regarder dans la glace. Je n’ai pas oublié… »

André Desourteaux, le 9 mai 2015

Un témoin précieux

Depuis la guerre, André Desourteaux contribuait à perpétuer la mémoire du village martyr, en publiant notamment en 2001 « Oradour-sur-Glane, notre village assassiné » un livre co-écrit avec son ami Robert Hébras. La petite-fille du dernier survivant du 10 juin 1944, Agathe Hébras raconte : "Ils étaient très proches, surtout quand ils étaient enfants, puisque dans le village, ils étaient presque voisins. Ils avaient le même âge, ils avaient quelques mois d'écart, donc c'étaient des copains d'enfance. Et le drame qu'ils ont vécu après les a encore plus rapprochés."

Si Robert Hébras était un témoin direct du massacre, André Desourteaux, absent du village ce jour-là, a beaucoup témoigné sur la vie d'Oradour-sur-Glane avant ce funeste jour. 

"Il a été une encyclopédie de la vie à Oradour avant. Et c'est ce qu'il voulait transmettre aussi, comme mon grand-père, c'était leurs vies qui avaient été heureuses avant ce massacre. C'est ce qui leur a permis, après, de survivre."

Agathe Hébras, petite-fille de Robert Hébras

L'historienne allemande Andrea Erkenbrecher s'est beaucoup appuyée sur le témoignage d'André Desourteaux : "Il nous a donné énormément de détails sur le massacre, pour savoir par exemple les lieux où on a trouvé des cadavres, etc. (...) Il était une source de connaissances parfaite." La chercheuse loue cet homme discret, un peu en retrait, extrêmement chaleureux et plein d'humour.

"Dédé était très malicieux, toujours souriant", se souvient Agathe Hébras.

"Sur chaque porte, à chaque fenêtre, il y a un visage..."

Avec la disparition du dernier survivant du massacre d’Oradour-sur-Glane, Robert Hébras, le 11 février dernier et celui d’André Desourteaux ce mercredi, une page se tourne, mais la mémoire d’Oradour doit rester vivace, comme elle l’était dans les souvenirs de l’ancien résistant. Dans l’ouvrage « Les monuments sont habités », écrit sous la direction de Daniel Fabre et Anna Iuso, André Desourteaux disait :

« Pour moi, quand je vais dans les ruines, rien n’est mort ou disparu. Au fur et à mesure que je vieillis, ma jeunesse et toutes les escapades que j’ai faites dans ce village me reviennent à l’esprit. Bon. Et je suis dans mon village. Même s’il peut me sembler vide dans la réalité, dans mon imagination, il n’est pas vide. Ils y sont. Sur chaque porte, à chaque fenêtre, il y a un visage, et ça, ce n’est pas forcément triste. »

Ses obsèques auront lieu mardi 2 mai à Oradour-sur-Glane. 

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