Épuisées par les tempêtes, de plus en plus de tortues Caouanne s'échouent sur le littoral atlantique

Depuis une semaine, près d'une dizaine de jeunes tortues a été retrouvée sur les plages des Landes. Un phénomène dont le nombre interroge les observateurs, mais qui n'est pas rare sur nos côtes.

Des échouages qui s'amplifient et qui inquiètent. "Ce week-end, j'en ai amené sept au Centre de soins LPO Aquitaine à Audenge. Et j'en avais eu une de morte le mercredi précédent" explique Pascal Ducasse, correspondant bénévole depuis 2014 pourl'Observatoire Pélagis à la Rochelle qui étudie les animaux marins.

Il a fait plusieurs fois l'aller-retour, avec des petites pensionnaires sur le siège passager, vers le Centre de soins LPO Aquitaine basé à Audenge sur le bassin d'Arcachon. Cette fois-ci, il s'agit de tortues Caouanne. Une espèce qui peut avoisiner les 130 kilos en moyenne à l'âge adulte.

Pascal Ducasse est habilité pour les recueillir et les confier au centre d'Audenge qui les achemine ensuite vers l'aquarium de la Rochelle. Là-bas, elles sont soignées et prennent des forces avant d'être relâchée dans leur milieu naturel.

Il est formé à administrer les premiers secours auprès de ces tortues qui sont "en hypothermie". Il faut dire que c'est une espèce tropicale. "Je prends leur température, je les enduis de vaseline pour les isoler de l'extérieur et leur mets des gouttes dans les yeux. C'est mon rôle. Après, je les transfère".

À lui seul, il a pu en constater "une quinzaine", sans compter les chiffres des autres correspondants. Un phénomène exceptionnel qui perdure cette année.

D'habitude, c'était une ou deux tortues par an, trois au maximum. 

Pascal Ducasse

Bénévole du réseau Pelagis

Les tempêtes en cause

Paul Ducasse a pu observer de nombreux échouages de ces tortues particulièrement l'an dernier. "C'est lié aux tempêtes qui favorisent les échouages, mais moi, je n'explique pas le nombre !" 

"La saison n'a pas vraiment eu de fin l'année dernière", déplore Florence Dell'Amico, la responsable du Centre d'Études et de Soins des Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium de La Rochelle. "On a repris les opérations sur le terrain en octobre-novembre" avec le retour des intempéries. Ainsi, plus d'une cinquantaine de spécimens a été accueillie au centre de soins, sans compter les tortues retrouvées déjà mortes". 

On attribue ces échouages aux dernières tempêtes et "conditions météorologiques particulières" que l'on connaît depuis l'automne. "Les petites tortues qui arrivent sur nos côtes sont en état d'hypothermie, donc ne sont pas capables de lutter contre le courant, contre les vagues. Les courants et vents forts d'ouest les propulsent sur nos plages".

"On a cette année des individus de très petite taille. La plus petite qu'on ait reçue faisait 162 g, donc des tortues qui venaient de sortir de l'œuf..." Ces petites tortues commencent à peine l'aventure de leur vie. "Elles sont entrées dans les grands courants marins pour effectuer leur migration pélagique (NDLR : en haute mer), très au large des côtes pour éviter les prédateurs, notamment. Et puis, au large, il va y avoir des tempêtes, des courants, qui peuvent les dévier de leur route initiale et les pousser sur les côtes européennes où elles vont expérimenter des températures froides". 

Pour autant, il n'y a pas que le littoral landais qui soit concerné, selon la spécialiste "On en a eu vraiment sur toute la façade Manche-Atlantique. Dans les Landes, dans les Pyrénées-Atlantiques, en Gironde et Charente-maritime... Et jusque dans le Pas-de-Calais". On a pu observer des échouages jusqu'au Royaume Unis, Allemagne et Norvège.

Signalez sans les remettre à l'eau

"Une tortue échouée, ce n'est pas normal. Si elle est arrivée sur la plage, c'est qu'elle est épuisée", rappelle la directrice du centre de soin. C'est pourquoi, il ne faut pas faire n'importe quoi quand il s'agit de lui porter secours. "Les gens pensent bien faire en les remettant à l'eau", raconte la spécialiste des tortues. Une fausse bonne idée car "on les retrouve mortes le lendemain..." "

La remettre à l'eau ne fera que l'affaiblir, la refroidir, et elle se noiera. Elle est trop épuisée pour remonter à la surface et respirer.

Florence Dell'Amico

Aquarium de La Rochelle

Si vous en trouvez une, il faut appeler immédiatement l'Aquarium de La Rochelle au  05 46 34 00 00 "pour qu'on puisse envoyer un correspondant prendre en charge l'animal". 


Le centre de soins va ensuite "identifier les pathologies" dont souffrent ces petites tortues. "Principalement des infections pulmonaires" dues à leur hypothermie et l'affaiblissement de leur système immunitaire, mais également "des fractures, parce qu'elles vont faire des roulés-boulés avant d'atterrir sur la plage",(...) "des lésions au niveau de la carapace parce qu'elles se sont frottées contre les rochers" ou encore "des ulcères au niveau des yeux"... Elles vont alors faire l'objet de plusieurs examens et éventuellement d'une antibiothérapie selon des protocoles établis.

"En général, les tortues arrivent entre janvier et avril et on les relâche au début de l'été". Une équipe de France 3 avait d'ailleurs pu assister à ce petit événement sur une plage de l'Ile de Ré. Une quinzaine d'entre elles avait pu être relâchée, au début de l'été 2023.