"Ma colère reste la même ". Mère célibataire et Gilet jaune, Sandra retournera manifester samedi 16 novembre

Le 17 novembre 2018, Sandra manifestait sur un rond-point de Mont-de-Marsan et participait à la naissance du mouvement des Gilets jaunes. Un an après, elle estime que la situation n'a pas changé, mais ne se dit pas découragée pour autant. 

Sandra (à gauche) et son amie Sylvie retourneront manifester les 16 et 17 novembre
Sandra (à gauche) et son amie Sylvie retourneront manifester les 16 et 17 novembre © France 3 Aquitaine - MK
"Personne ne voulait y aller.  Alors j'ai dit 'je m'en fous moi j'y vais'. J'ai fait un premier rond-point, un deuxième… Y avait personne. Arrivée au rond-point des pompiers, y'avait plein de monde. J'ai garé ma voiture comme j'ai pu, je suis allée les rejoindre, il y avait plein de gens formidables."

Un an après, Sandra esquisse un sourire en évoquant ce 17 novembre 2018 qui l'a vue rejoindre pour la première fois, les Gilets jaunes des Landes.  L'essai sera vite transformé, les week-ends s'enchaînent.  Lorsqu'elle ne travaille pas, elle quitte son village landais de Labastide d'Armagnac pour retrouver ses nouveaux camarades; sur les ronds-points de Mont-de-Marsan, puis lors d'opérations "péage gratuit" sur l'A65.  

"J'ai rejoint les Gilets jaunes sur les revendications de base, assure-t-elle.  L'essence augmente, les taxes  augmentent… tout augmente sauf nos salaires", résume-t-elle.
 

Surendettement

Sandra est femme de ménage chez des particuliers. Ses revenus oscillent entre 800 et 1 000 euros par mois. Trop peu pour cette mère célibataire de trois enfants, dont deux vivent encore sous son toit, qui ne touche aucune pension de son ex-conjoint.

Elle raconte : les nouvelles lignes incompréhensibles sur les relevés d'eau qui alourdissent la note, les longs trajets quotidiens pour emmener son fils en formation, les factures  qui s'amoncellent… Et les aides de la Caf, qui elles, ont baissé après que son deuxième, alors mineur, a entrepris un apprentissage en mécanique.

C'est Nancy, la fille de Sandra, qui a financé l'achat des meubles qui ornent son logement communal. Militaire de métier à 24 ans, elle s'est aussi portée caution en 2017, quand sa mère y a emménagé. Une maisonnette soignée, mais particulièrement mal isolée, obligeant Sandra à revêtir sa grosse doudoune à l'intérieur.

 
Sandra dans son logement de Labastide d'Armagnac
Sandra dans son logement de Labastide d'Armagnac © MK - France 3 Aquitaine
 

Solidarité féminine


Labastide-D'armagnac, 700 habitants, est située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Mont-de-Marsan. La voiture y est quasiment obligatoire. Sandra a déjà été prévenue par son garagiste : sa Fiat Idea de 2001 ne passera pas le prochain contrôle technique, prévu en mai. Elle, qui commence chaque jour à 7h30 ne sait pas comment elle pourra continuer à travailler, passée cette échéance.

En attendant, c'est la solidarité et l'entraide qui jouent. "Nous sommes plusieurs femmes seules avec nos enfants sur Labastide. Alors on  fait du troc, on s'aide pour les courses, le co-voiturage… Parfois on ne fait rien d'autre que discuter, s'écouter, autour d'un café".  

La mère de famille arbore une manucure colorée, réalisée par Sylvie, gratuitement. Rencontrée "au péage de l'A65", cette esthéticienne et prothésiste ongulaire est devenue son amie. Elle a quitté Dax pour s'installer à Labastide en septembre, à deux pas de chez Sandra.

  

"Je rêve de gagner 2 500 euros par mois"

C'est elle, qui, se décrivant comme "passionnée de politique",  informe ses amies des réformes en cours ou à venir. Quand Sandra confie rêver de "gagner 2 500 euros par mois pour pouvoir faire ses courses normalement, comme tout le monde", Sylvie ronge son frein.
"Moi, je demande une abrogation des privilèges d'État, martèle-t-elle. Les mecs mangent du homard, rénovent l'Élysée, changent la vaisselle… Et pendant ce temps-là nous on est étranglés !"

À cette indignation s'ajoute un vœu, celui  d'une société détachée du capitalisme, "plus forte en valeurs humaines".

"Aujourd'hui les gens paient des fortunes pour mettre leurs parents à l'Ehpad, où ils ne sont même pas bien pris en charge. Et si on revenait à un système qui permettrait aux familles d'accueillir les grands-parents à domicile ? En plus, ils pourraient garder leurs petits-enfants, ça arrangerait tout le monde !"
 

Je vais continuer à me battre


Les deux femmes préparent les banderoles et retourneront manifester à Mont-de-Marsan samedi 16 et dimanche 17 novembre. "Depuis un an rien n'a changé. On va manifester avec les mêmes revendications. Ma colère, elle reste la même, et je vais continuer à me battre pour mes enfants",  assure Sandra d'une voix posée.
 
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