Les nouveaux visages de l'agriculture : le portrait d'Etienne Bourbon

A l'occasion des Terres de Jim, qui se tiennent à Saint-Jean d'Illac du 4 au 7 septembre, France 3 Aquitaine vous propose une série de portraits de jeunes agriculteurs. Rencontre aujourd'hui avec Etienne Bourbon, éleveur, viticulteur et céréalier à Cocumont dans le Lot-et-Garonne.

Une route étroite, de petits panneaux cerclés de végétation. "Il faut prendre à droite à hauteur de la boîte aux lettres, longer la maison et c'est là" m'indique Etienne Bourbon au bout du téléphone. Il m'attend sur l'exploitation familiale, dans son village natal de Cocumont, dans le Lot-et-Garonne. C'est ici qu'il est revenu en mai 2004, son bac CGEA en poche, pour s’associer à ses parents. Sur leurs terres, voisines de la Gironde, ils conjuguent vigne, élevage bovin et céréales. Nous prenons place autour d'une large table, et revenons 10 ans en arrière, peu après son installation. Le temps a passé mais Etienne garde un souvenir intact de ces premiers mois. Des débuts difficiles dans un contexte loin d'être favorable.

A cette époque, nous subissions la crise viticole de plein fouet. Nous avons perdu 70% de revenus en moins de 8 mois sur cette seule activité.

Pour ne rien arranger, "l’élevage sortait de périodes délicates, avec la vache folle quelques années auparavant."  La filière est alors mobilisée pour sortir de cette impasse, il s’agit de réduire les quantités afin de faire remonter les prix. Sur les coteaux où ils produisent un côtes-du-marmandais, un quart des plans est arraché.

Remise à plat

Les parents d’Etienne prennent leur retraite en 2011, il décide alors de "casser la société, de partir à titre individuel." Un nouveau départ, l’occasion d’évoluer sur des bases nouvelles. Et puisque "nous ne sommes jamais à l’abri d’une crise économique, sanitaire, ou politique", il s’agit désormais pour lui de s’assurer des bases solides. Il change de cabinet comptable, tente de préparer demain en se fixant un objectif simple "maintenir une activité pérenne même lorsque la situation est mauvaise."  Grâce au syndicat des Jeunes Agriculteurs – dont il est désormais le trésorier départemental – il fait de nouvelles rencontres, échange, "ouvre les yeux" sur de nouvelles problématiques.


Depuis quelques années, Etienne a entrepris de se diversifier. Agriculteur avant tout, il se découvre une âme d’entrepreneur. "J’ai échangé avec un voisin, nous nous sommes liés d’amitié et quelques temps après, nous avons monté une société tous les deux." Le voilà lancé dans le courtage industriel. Il négocie des prix sur du matériel et associe des confrères qui mutualisent leurs commandes. A la clef, des économies de 30 à 40% sur certains produits. Etienne ne s’arrête pas là, il a en parallèle lancé une entreprise de communication. "Tout est lié", assure-t-il, entre deux gorgées de limonade.

Les sous-produits alimentent les produits. Les atouts d’une société vont compléter ceux des autres et renforcer l’ensemble. Une bonne gestion, c’est savoir réagir aux imprévus, savoir se sécuriser tout en continuant à innover et à se développer.








Cette innovation, elle passe aujourd’hui par une multitude d'autres projets, qu’il entend bien mener dans les années qui viennent. Produire du jus de raisin, raser et reconstruire le corps de ferme familial, mettre sur pied une ferme pédagogique. "Ça ne se fait pas en deux ans" tempère le trentenaire, qui se montre résolument optimiste. "Je m’aperçois que lorsqu’on a envie d’entreprendre, on arrive à redonner de la plus-value."  Pour tout gérer, il lui faut déléguer, comme avec ses vignes qui sont désormais en fermage.


Le métier change, les attentes aussi

Etienne a grandi dans le monde agricole, "Quand j’avais 4 ans, je m’échappais pour courir après les vaches", et l’a aussi vu évoluer. "Petit à petit, on est revenu de la monoculture, on voit aussi les canaux de commercialisation qui se diversifient" assure l’éleveur. "On perd du foncier d’année en année, à l’avenir on ne pourra pas se contenter de très grosses exploitations." Au-delà des pratiques, les mentalités changent elles aussi.

Ceux qui s’installent n’ont plus les mêmes besoins. Aujourd’hui, on s’associe, on investit aussi un peu plus, notamment pour s’assurer un certain confort dans le travail. C’est assez récent. Avant, c’était mal vu, mal perçu, tu passais pour un branleur.









Après 10 ans d’agriculture, Etienne récolte les fruits de son expérience. Et s'adapte : "Je suis en train de revoir mon système". L'idée ? Passer aux semis directs, implanter les céréales directement, sans toucher à la terre. La technique doit permettre de limiter la dépendance aux insecticides et fongicides. "Les rendements sont moins bons, mais ils faut aussi se dire que les dépenses baissent et que la qualité des sols s'améliore."

Comme souvent chez ses confrères jeunes agriculteurs, l'innovation cherche à se mêler à la préservation d'un terroir et des écosystèmes. "Il ne faut pas avoir honte de tes origines, de ton savoir-faire" tonne Etienne. La ferme pédagogique qu'il imagine dans un coin de sa tête va en ce sens, remonter les chaînes de production, savoir d'où viennent les produits et comment ils arrivent jusqu'à nos assiettes. 


Après avoir connu plusieurs crises et vu les banques se défiler lorsqu'il leur a demandé un soutien, Etienne veut assurer l'avenir. Pour cela, il faut être rentable, car si la passion le fait se lever chaque matin et lui donne l'énergie d'entreprendre, il sait qu'elle ne le fera pas manger.

Il faut savoir vendre avant de produire. Faire du tracteur pour faire du tracteur, ça n'a aucun intérêt. 


Avant de retourner au travail, Etienne me conduit jusqu'à ses "blondes", les fameuses blondes d'Aquitaine qui paissent paisiblement à quelques encablures du corps de ferme. Il leur glisse quelques mots, tente de les faire s'approcher. D'ordinaire peu farouches, elles gardent leurs distances, intriguées par cette deuxième personne qui s'aventure sur les pentes de leur champ. Seul un léger vent vient troubler la quiétude des lieux. Sur le sol, quelques tâches de couleur bleue. "C'est de la chicorée, il y a encore quelques temps, le terrain en était recouvert, c'était magnifique."  

Après une poignée de main, l'agriculteur s'éloigne. De dos, on peut lire l'inscription qui orne son polo blanc : "100% sud-ouest". Ses origines ne sont jamais bien loin, elle lui collent à la peau.