Musée Guggenheim : après le confinement, l'art comme réconfort

Le Guggenheim de Bilbao, au Pays basque, vient de rouvrir ses portes, lundi 1er juin. En optimisant ses horaires d'ouverture, le musée d'art moderne veut rendre la culture de nouveau accessible. Une bulle bienfaitrice, mais sécurisée, après de longues semaines de confinement.
 
Le musée d'art moderne Guggenheim de Bilbao, au Pays basque, vient de rouvrir ses portes
Le musée d'art moderne Guggenheim de Bilbao, au Pays basque, vient de rouvrir ses portes © Stéphanie Deschamps

Les portes des maisons ont été rouvertes, maintenant ce sont celles de la culture.

Lucia Aguirre, curatrice des expositions du musée Guggenheim de Bilbao, est soulagée de voir le magnifique bâtiment d'art moderne conçu par Franck Gehry, accueillir de nouveau des visiteurs depuis ce lundi 1er juin.

Mais pour le moment, seuls les résidents de la province de Biscaye (dont la capitale est Bilbao) peuvent en profiter. Les étapes du déconfinement se poursuivent de l'autre côté de la frontière  NDLR : elle reste fermée jusqu'au 1er juillet). 

A partir du lundi 8 juin, ce seront tous les habitants de la Communauté autonome basque (Euskadi) qui auront la chance de (re)découvrir les richesses du musée.

La culture régénère des idées, réconforte. Elle est fondamentale, surtout après cette situation difficile de pandémie. Pendant tout le temps du confinement, qui a démarré le 14 mars chez nous, nous avons continué de travailler, de nous projeter. Le but, c'était vraiment de pouvoir proposer une programmation artistique de qualité, de construire notre futur. Sans visiteurs, bien sûr, les expositions du printemps n'ont pas pu être inaugurées. Nous avons donc décidé de les prolonger jusqu'à l'automne. Nous voulons que le public profite de ces oeuvres magnifiques.

Lucia Aguirre - curatrice des expositions du musée Guggenheim de Bilbao -

L'exposition majeure de cette saison est signée Ólafur Elíasson, artiste contemporain danois. Son travail très poétique explore les distorsions, les reflets de la lumière, les couleurs et les formes géométriques. 

 

Your uncertain shadow (colour), 2010 - Olafur Eliasson
Your uncertain shadow (colour), 2010 - Olafur Eliasson © María del Pilar García Ayensa

 

"Dans la vie réelle", son exposition au Guggenheim "place l'expérience du spectateur au coeur de son art", comme l'indique le site du musée. Il s'agit d'une trentaine de réalisations récentes, qui "remettent en question la façon dont nous percevons notre environnement et évoluons en son sein". Elles occupent tout un étage.

 

Room for one colour, 1997 - Olafur Eliasson
Room for one colour, 1997 - Olafur Eliasson © Erika Ede

 

C'est une exposition très expérimentale, qu'il faut absolument voir, et ressentir. 

Lucia Aguirre

 

The presence of absence pavilion, 2019 - Olafur Eliasson
The presence of absence pavilion, 2019 - Olafur Eliasson © Erika Ede

 

Durant le confinement, elle est restée en lien avec l'artiste, qui, dit-elle, "a profité de cette période pour créer une oeuvre virtuelle".

 

Olafur Eliasson
Olafur Eliasson © Runa Maya Mørk Huber

 

"Les artistes ont comme tout le monde subi le confinement", développe Lucia Aguirre.

Ils ont d'abord pris soin de leurs proches, puis ils ont recommencé à travailler, à poser des questions techniques sur l'organisation de leurs expositions, par exemple.

Le Guggenheim a dû adapter sa programmation, aux deux mois et demi de fermeture, en envisageant des durées d'exposition plus longues par exemple. Comme celle d'Ólafur Elíasson, la rétrospective de Lygia Clarck, "La peinture comme champ d'expérimentation" va se prolonger jusqu'à l'automne. 

 

Untitled, 1952 - Lygia Clark
Untitled, 1952 - Lygia Clark © Courtesy of “The World of Lygia Clark” Cultural Association

Le musée a aussi continué à accompagner les artistes, pendant cette période de crise.

Les jeunes sont une préoccupation pour moi. Ils sont fragiles, sans aides officielles, ils ne pourront plus créer, risqueront de tomber dans la précarité, la souffrance. Nous allons perdre leur potentiel. Le monde de l'art a besoin d'eux, il faut les soutenir.

Lucia Aguirre

Une période triste

Avec cette réouverture, le Guggenheim a retissé des liens avec une (première) partie de son public. Là encore, il a fallu modifier le fonctionnement de ce gigantesque musée (11 000 m2 d'expositions), pour accueillir du monde en toute sécurité.

Ana Lopez de Munain, coordinatrice de communication, explique :

La période a été triste, sans visiteurs, sans contact social.

Pour que le musée reprenne vie, ce sont d'abord les horaires qui ont été modifiés et optimisés. Les lieux sont ouverts, en juin, tous les jours, du lundi au vendredi de 14 heures à 19 heures et le week-end, de 11 à 19 heures.

Pour les premières visites ce lundi, nous n'avons pas eu beaucoup de monde, environ 80 personnes, constate Ana Lopez de Munain.

Mais c'est normal.  14 heures, c'est l'heure du déjeuner ici. Et puis seuls les Biscayens ont pu se déplacer. Mais nous espérons qu'à partir de la semaine prochaine, des gens viendront de Donostia (Saint-Sébastien), par exemple, puisqu'ils y seront autorisés.

D'un point de vue pratique, tout a été organisé, pour que les distances sanitaires soient respectées. Il y a désormais un sens de circulation dans les dédales du musée, avec une entrée et une sortie différenciées sur plusieurs étages, de sorte que personne ne se croise. Une signalétique a été posée.

La température de chaque visiteur est prise avant d'accéder à l'intérieur.

Le port du masque est obligatoire. Le vestiaire est fermé. Il est conseillé au public de ne pas venir avec des habits ou des accessoires encombrants, comme des parapluies.

Et bien entendu, le nombre de personnes est limité : 400 maximum, alors qu'en haute saison, le Guggenheim peut voir déambuler jusqu'à 3000 visiteurs par jour.

Le musée Guggenheim a dû modifier son fonctionnement pour accueillir les visiteurs en toute sécurité.
Le musée Guggenheim a dû modifier son fonctionnement pour accueillir les visiteurs en toute sécurité. © Stéphanie Deschamps

Le ticket d'entrée peut s'acheter sur place, mais le musée incite à la pré-vente. Comme le détaille Ana Lopez de Munain : 

Il est recommandé de faire ainsi. L'achat en ligne est moins cher (10 Euros au lieu de 12) et on peut aussi télécharger les informations et l'audio-guide pour découvrir les expositions. En juin, nous avons, de plus, deux promotions.  En acquérant un billet plein tarif, vous gagnez trois mois d'adhésion gratuite au programme des Amis du musée. Et les Amis du musée, quant à eux, ont la possibilité de faire entrer gratuitement une personne, pendant leur visite.

A partir du mois de juillet, le Guggenheim sera accessible tous les jours de 11 heures à 19 heures. La clientèle européenne sera sans aucun doute au rendez-vous, en attendant de voir revenir à Bilbao des visiteurs asiatiques ou américains.

Le musée, en tous cas, va poursuivre ses grandes expositions événementielles. À l'automne, "Couleur vive" rendra hommage à Lee Krasner, artiste new-yorkaise, pionnière de l'expressionnisme abstrait.

Kandinsky, l'un des rénovateurs de l'art du début du XXème siècle, sera également à l'honneur d'ici la fin de 2020, avec des peintures et des oeuvres sur papier, provenant de la collection "Solomon R. Guggenheim Foundation".

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