De la Bretagne au Pays basque, de nombreux dauphins communs et marsouins se trouvent piégés dans les filets des pêcheurs. Un projet d'arrêté gouvernemental visant à limiter la pêche certains mois de l'année est jugé insuffisant, selon les ONG et associations, qui appellent les citoyens à se mobiliser.

Ce sont des images devenues tristement habituelles. Des dauphins pris dans des filets, ou encore, échoués, morts sur des plages du littoral atlantique. Pour les associations et les ONG qui avancent des données scientifiques sur les populations de cétacés, il y a urgence à limiter certaines méthodes de pêche, notamment dans le golfe de Gascogne, qui sont mortelles pour des milliers de petits cétacés chaque année.

Des milliers d'échouages par an

Depuis le 18 septembre, plus d'une trentaine d'échouages de dauphins sur les côtes de Loire Atlantique (44) ont été enregistrés par l'Observatoire Pélagis (La Rochelle université - CNRS) et les correspondants du Réseau national échouage (RNE).  La plupart de carcasses ont des marques évocatrices de capture accidentelles par des engins de pêche.

Ces échouages concernent tout le littoral atlantique. Ainsi, en Nouvelle-Aquitaine, des corps de dauphins sans vie et abîmés par des filets sont régulièrement retrouvés sur les plages landaises et basques. En mars 2023, vingt-trois cadavres de dauphins se sont échoués en deux jours entre Tarons et Mimizan, dans les Landes.

Pour l'association de sensibilisation aux écosystèmes Bloom "ce carnage" est inacceptable . "Jusqu’à 10 000 dauphins et marsouins meurent chaque année le long des côtes françaises, de la Bretagne au Pays basque. La situation est devenue si critique que les scientifiques estiment que les petits mammifères marins risquent l’extinction régionale", peut-on lire en préambule sur le site internet de Bloom.

C'est une hécatombe. Si la pêche n'est pas limitée, les espèces de petits cétacés vont disparaître de nos régions.

Bloom, association de défense des océans

extrait du site internet

En ligne de mire des associations, certains engins de pêche tels que les chaluts de fond, les filets maillant dérivants et autres dispositifs de concentration de poissons "qui ont un terrible effet sur la biodiversité marine et la structure des habitats". 

Fermer la pêche temporairement

La commission européenne a rendu un avis le 15 juillet 2022 relatif à la protection des espèces marines protégées, qui va dans le sens des associations de défense des océans. Tout comme le Conseil d’État, qui, dans une décision rendue le 20 mars, veut imposer la fermeture de certaines zones de pêche trois mois en hiver et un mois en été dans le golfe de Gascogne, pour protéger dauphins et marsouins. Une décision qui avait provoqué la colère des marins pêcheurs de la région. À Bayonne, une vingtaine de bateaux de pêche venus du Pays basque, d'Arcachon (33) et de Capbreton (40) , avaient bloqué le port le mercredi 29 mars 2023. "Vos marins sont menacés" écrivaient-ils sur une pancarte brandie à l'avant d'un bateau.

Un arrêté jugé "insuffisant"

Le gouvernement prépare désormais un projet d'arrêté afin de compléter les mesures scientifiques et réglementaires déjà existantes. Il souhaite mettre en place d’un plan d’action national sur la période de 2024 à 2026 pour réduire les captures accidentelles de dauphins communs dans le golfe de Gascogne. Mais le plan ne satisfait pas les associations.
"Nous n'avons pas été consultés" déplore Jérôme Graefe, juriste à France Nature environnement, coauteur du recours devant le Conseil d'Etat qui a aboutit à la décision du 20 mars. "L'Etat doit prendre ses responsabilités. Pour l'instant, cet arrêté de fermeture spatio-temporelle ne prévoit qu'un seul mois de fermeture de la pêche dans certaines zones dans le golfe de Gascogne, avec certaines techniques de pêche. Ce n'est pas suffisant", poursuit le juriste, qui note les nombreuses dérogations incluses dans le texte.  

Cet arrêté ne suit pas du tout les recommandations scientifiques qui préconisent quatre mois de fermeture des zones de pêche pour laisser les mammifères se nourrir, grandir et se reproduire tranquillement.

Jérôme Graefe, juriste à France Nature environnement

à rédaction web France 3 Aquitaine

Les mesures de fermeture concernent les chaluts pélagiques, des filets en forme de chaussette qui restent au fond et pêchent entre deux eaux.  Le juriste de France Nature environnement déplore également que certains engins de pêche, comme la senne danoise, un grand filet pourvu de longs bras chargés de rabattre le poisson, ne soient pas retenus dans les pratiques à risque alors qu'elle ratisse large et capture inévitablement des dauphins.
"On a compté trente-six navires de pêche qui ont exercé cette activité dans le golfe de Gascogne durant l'hiver 2022/2023", ajoute Jérôme Graefe.  

Autre dispositif exclu de l'arrêté : les bateaux de moins de huit mètres de long. Un filet maillant peut tout autant équiper un bateau de moins de huit mètres", note-t-il.

"Le pêcheur n'est jamais content de capturer un dauphin"

Personne pour nier les morts de dauphins piégés par les filets. Les captures accidentelles ont augmenté ces dernières années, les pêcheurs eux-mêmes le disent. Mais "elles ne représentent que 1,5 % des opérations de pêche", rappelle Aurélien Henneveux, chargé de mission pour l'organisation des pêcheurs aquitains, basée à Ciboure, dans le Pays basque. "On a constaté avec les scientifiques que les dauphins se rapprochent des côtes ces dernières années, sûrement un des effets du réchauffement climatique, et se retrouvent dans les zones de pêche"

 Aurélien Henneveux travaille depuis six ans sur la problématique des captures accidentelles de cétacés, et porte la voix des professionnels qui se font pointer du doigt par les associations environnementales. "Un pêcheur qui capture un dauphin, n'est jamais content", assure-t-il. " On teste actuellement des effaroucheurs appelés "pingers", sur les filets et la coque, pour éloigner les dauphins dans la zone de pêche sur 200 à 500 mètres, mais sans les exclure", explique le chargé de mission.

On travaille avec des scientifiques pour trouver des solutions.  

Aurélien Henneveux,  chargé de mission pour l'organisation des pêcheurs aquitains

à rédaction web France 3 Aquitaine

"Fermer les zones de pêche, c'est signer la mort de la filière"

Autre piste évoquée : une balise, à fixer sur les filets. "Cette balise enverra des messages au cétacé pour lui indiquer un danger. Elle a été mise au point par des scientifiques de l'université de Montpellier", précise Aurélien Henneveux. Des solutions, qui sont, pour les professionnels, préférables à un arrêt, même momentané, de la pêche. 

"Fermer les zones de pêche plusieurs mois, c'est signer la mort de la filière pêche. On parle de cinq cents bateaux, de 8 à 30 mètres, rappelle le chargé de mission qui estime que l'ambition du gouvernement est suffisamment élevée.  Le projet d'arrêté du gouvernement prévoit un mois de fermeture, du 22 janvier au 20 février. Et les bateaux qui refuseront de tester les nouvelles techniques, resteront à quais. C'est déjà pas mal."

De son côté, France Nature environnement propose d'indemniser la filière durant les périodes de fermeture, grâce à un fonds européen pour la pêche. "Une solution de court terme, rétorque Aurélien Henneveux. "Il faut trouver des solutions pour que le dauphin et les pêcheurs cohabitent". 

Consultation publique

Chacun peut désormais se faire son avis et le donner : le projet d'arrêté gouvernemental   est consultable en ligne. Les associations comme Bloom ou encore France Nature environnement font appel à la mobilisation citoyenne " afin de peser sur le gouvernement". Sur les réseaux sociaux, les associations lancent des appels à la mobilisation et invitent les citoyens à faire entendre leur avis. 

Pour participer à la consultation, il suffit d’envoyer un mail avant le 28 septembre 2023 à l’adresse suivante :  consultations-spmad@developpement-durable.gouv.fr.

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