Sans alcool, la fête à Dax peut être tout aussi folle

La promotion du terroir et des traditions locales est mise en avant lors de la feria. A Dax, la fête ne se résout pas aux soirées folles et aux excès nocturnes.

A l'instar de Dax (Landes), qui accueille jusqu'à dimanche 800.000 "festayres", les grandes ferias du Sud-Ouest misent de plus en plus sur tradition locale, culture, animations diurnes, pour éviter que la fête ne se résume à des excès bacchiques nocturnes. Constatant "une évolution des comportements marqués par un goût accentué des jeunes vers des fêtes de deuxième partie de nuit", les organisateurs de la feria souhaitent que l'événement ne se limite pas à transformer pendant cinq nuits la ville de 22.000 habitants en une "discothèque en plein air". "Dax a toujours été vigilant à cette évolution qui ne correspond pas à son histoire", développe Gabriel Bellocq, maire de la cité thermale, affirmant avoir "la volonté d'éviter les dérives".

Le spectacle vivant favorisé

Pour endiguer le phénomène, la municipalité a densifié l'offre culturelle par l'augmentation du nombre de spectacles vivants "en collaboration avec les différentes commissions, les cafetiers et les restaurateurs". Dans son stand du parc des arènes de Dax, Michel Labeyrie, "Gascon du béret jusqu'à la racine" de 76 ans, président des amis du Vieux Saint-Paul, association de valorisation du patrimoine artisanal de la région, mène la visite pour faire "revivre les métiers d'autrefois". Il explique que "les petites forges ont été un élément fédérateur des Landes jusqu'en 1970" et que "l'usage de l'argile s'est aussi développé avec le travail de la résine". Devant le comptoir éphémère du chef étoilé Jean Coussau, Jean-André Domenger, tenue rouge et blanche de rigueur, lorgne sur les foies gras poêlés. Âgé de 68 ans, ce voisin de Saint-Paul-les-Dax ne manque pas une édition de la "journée landaise" : "C'est ma journée, je ne fais pas le reste des fêtes. Et de plus en plus de monde y participe", se réjouit-il.

Symbole de ce retour aux sources de la feria, la "journée landaise" qui marque le début des festivités a attiré mercredi 13 août quelque 10.000 visiteurs, selon la municipalité. Plus habitués de la feria en soirée, Mélanie Follioley et Nicolas Turczynski, dacquois de 31 et 33 ans, se restaurent avant de faire un premier tour des stands : "Le mélange des générations et des ambiances est vraiment agréable. On fait la feria différemment, en dehors de la fête alcoolisée".


Périmètre restreint, horaires limités 

Course d'échassiers landais, initiation aux "écarts" sur vachettes, démonstration de danses traditionnelles, concours de quilles de 9, "Aoûtade" (plantation du pin du festayre): de 08h00 à 19h30, des dizaines de stands présentent le patrimoine culturel et sportif du territoire et mettent en valeur l'héritage artisanal, agricole et culinaire de la région avec la confection de paniers en osier, un défilé de muletiers ou encore un atelier gastronomique. Après une hausse des incivilités en 2011, la durée de l'événement a aussi été réduite (de 6 à 5 jours), le périmètre des fêtes restreint, les horaires d'ouverture des bars limités et l'hygiène améliorée (mise en place de verres réutilisables et renforcement du nombre de toilettes publiques). Malgré un accident mortel, les autorités avaient dressé un bilan "plutôt positif" de la sécurité à la feria 2013. Au cours des cinq jours et cinq nuits de fête, 129 affaires de délinquance avaient été enregistrées par le parquet de Dax, couvrant des violences, vols, dégradations, outrages, rébellion, infraction surles stupéfiants. 

A Bayonne, où les fêtes attirent fin juillet plus d'un million de visiteurs, les organisateurs ont appliqué la même recette pour "adoucir les moeurs". "Il y a 25 ans, les fêtes débutaient à 17 heures. Nous avons depuis programmé en journée les polyphonies basques, le karrikaldi (danses traditionnelles auxquelles participe le public) et des chorales pour ne pas se limiter à une pyramide de sono", explique Henri Lauqué. Un pari gagnant pour le président de la commission extra-municipale des fêtes : "Les gens se sont réappropriés la rue en devenant acteurs, c'est un élément décisif de la réhabilitation qualitative des fêtes de Bayonne."