Le sport professionnel limousin face au vertige du gouffre

En manque de visibilité et sans aucune certitude face aux restrictions liées au Coronavirus, le monde sportif professionnel est toujours dans le doute. En Limousin, certains clubs, mêmes parmi les plus emblématiques, sont réellement en danger !
 
La crainte des gradins vides pour les clubs sportifs en période de crise sanitaire.
La crainte des gradins vides pour les clubs sportifs en période de crise sanitaire. © pixabay

Économiquement, cela va pour l’instant. Mais le pire est à venir. J’estime que financièrement, on a deux matchs d’autonomie ! 

Pierre Fargeaud, directeur administratif et financier du Limoges CSP

Grand parmi les grands, le Limoges CSP a, depuis son ascension au début des années 80, au siècle dernier, connu bien des vicissitudes. Plusieurs fois déjà, il est allé à terre. A manqué de disparaître. Mais il s’est toujours relevé, a toujours survécu. Et pour ses supporters, même plus, pour les Limougeauds, les Limousins, il est un phénix, éternel. Que l’on aime ou non le basket, c’est un marqueur, un repaire quasi quotidien de la vie régionale.

Pourtant, le club est à nouveau au bord de l’abîme. Et aussi impensable qu’il puisse paraître pour un tel monument, il est tout simplement en danger de mort !

Ce que les scandales, les ennuis judiciaires, les tracas financiers, les mauvais résultats sportifs n’auront pas provoqués, le Coronavirus est (peut-être) en train de le faire.
Et, sans que cela ne soit d’aucune consolation, le Limoges CSP n’est pas le seul dans ce cas.

Un sport professionnel mis à mal par le premier confinement

On le sait, la première vague et le premier confinement avaient eu raison des championnats professionnels.
Un sport pro qui, dès le début, avait craint pour son avenir, pour sa survie. Et s’était parfois senti oublié, exclu des mesures, comme tant d’autres, la culture par exemple.
Mais ses plaintes étaient souvent inaudibles, parasitées sans doute par l’énormité, le décalage voire parfois l’indécence de certaines situations. Comment compatir aux problèmes du football, face à la précarité de tant ?

Pourtant, parce qu’il fait partie de notre société, parce que c’est un acteur économique majeur, car il emploie directement et indirectement, nombre de salariés, car il paie nombre de taxes, car il produit nombre de richesse, ce sport professionnel a été aidé, accompagné, même si, comme beaucoup, il jugeait cela insuffisant.

Puis, cet été, à l’image de tous, sa vie a repris, ses grands évènements, ses championnats.
Mais dans l’incertitude, face à l’évolution de l’épidémie, au grès des tests, des reports, des annulations, et amputés d’une bonne partie de ses supporters.

De nouvelles mesures d'aide

Puis la deuxième vague et le deuxième confinement sont arrivés. L’arrêt fut cette fois moins brutal, mais les problèmes eux, accumulés, sans conteste, plus prégnants.

Certes, le 18 novembre dernier, de nouvelles mesures furent annoncées en sa faveur. Entre autre, des compensations proposées sur les pertes de billetterie, des exonérations sociales patronales, des aides au paiement d’autres cotisations, sur trois mois et à hauteur de 20% des masses salariales, une éligibilité des clubs aux prêts participatifs de l’État, et l’on en passe.

Des mesures nombreuses, et des sommes annoncées, plus de 400 millions d’euros, conséquentes. Mais pas tant que cela, ramenées à l’ensemble des clubs masculins et féminins, des fédérations, et des acteurs du sport professionnel.
Et vraisemblablement insuffisantes, pour la survie de beaucoup.

Des situations disparates chez les clubs limousins

Si l’on peut généraliser ce constat pour beaucoup de sports, pour beaucoup de clubs, il n’en va pas de même pour les raisons, à fortiori pour nos grands clubs limousins.

Les calendriers, les jauges, les budgets, les droits télé, le nombre d’abonnés, de partenaires, les aides publiques… Autant de points, et bien d’autres, qui font ces différences.

Par exemple, les compensations de pertes de billetterie. Une enveloppe globale de 110 millions d’euros a été annoncée. Mais plafonnée au maximum à 5 millions par club et vraisemblablement limitée à 55% de ces pertes.

Des sommes ont été publiées dans la presse, pour certains clubs. On a ainsi pu lire que le CA Brive pourrait toucher jusqu’à un million, ou le CSP 300 000.
Ce qui n’a pas manqué d’étonner Pierre Fargeaud, le directeur administratif et financier du Limoges CSP, ou encore Alain Aubard, le président du Limoges Hand, puisque les textes et leurs modalités d’application ne sont pas encore connus. Ils sont attendus dans les prochains jours, tout comme parait-il, les premiers versements.

Mais quand effectivement, ces compensations de pertes de billetterie apparaissent comme primordiales pour le CSP, le LH lui attend plus des autres mesures.
 

Nous, la billetterie, ça joue à la marge. Ce qui peut le plus nous aider, ce sont les exonérations, et les aides sur les cotisations.

Alain Aubard, président du Limoges Hand

Le spectre du huis-clos qui continue

Toutefois, ce qui est commun à tous, c’est le spectre d’une continuation des huis-clos. Car outre les recettes de billetterie, il y a celles générées par la restauration, "l’hospitalité" et les affaires qu’on y nouent, la question du remboursement des abonnés, des partenaires…

Dans sa dernière allocution, le 24 novembre, Emmanuel Macron a laissé entrevoir la date du 20 janvier, pour un éventuel retour des spectateurs dans les stades, dans les salles. Et on savait depuis le 18 novembre que de nouvelles jauges sont à l’étude. Non plus fixées arbitrairement sur un nombre définis de spectateurs (1 000 ou 5 000 comme cela a été le cas), mais sur une capacité globale d’accueil de chaque structure (on parle de 20 à 70%), définie sanitairement en termes d’espace pour chaque spectateur.

Mais cette date du 20 janvier ne revêt pas le même horizon pour chaque club.

Le handball, lui, s’est, depuis sa reprise, peu arrêté. Et il va vivre sa traditionnelle trêve internationale durant le premier mois de l’année. Il n’a donc que peu d’inquiétudes d’ici là. La catastrophe n’interviendrai qu’en février, pour Alain Aubard, si les huis-clos étaient alors maintenus. On comprend toutefois ce que le président limougeaud entend par catastrophe.

Le basket, lui, n’est pas sur la même ligne.
Déjà, et c’est le cas du CSP, parce qu’à part Boulogne-Levallois, l’ASVEL et Monaco, la plupart des clubs n’ont plus joué de matchs à domicile depuis le reconfinement. Il y a donc un problème de calendrier.

La Ligne Nationale de Basket a décidé d’imposer deux matchs par club, un à domicile, un à l’extérieur, au cours du mois de décembre. Donc forcément à huis-clos. On attend ce jeudi 26 novembre la date et la programmation de ces matchs.

Ce devraient être des rencontres "en retard", et non celles prévues.
Ce qui pourrait être catastrophique pour le Limoges CSP, puisque parmi ces retards, il y a la rencontre contre Pau, LE match de l’année à Beaublanc, LA recette de l’année.
En outre, Limoges sera tenu de jouer la rencontre de BCL prévue le 23 décembre à Beaublanc, là encore à huis-clos.

Et les paroles de Pierre Fargeaud en début d’article prennent alors un sinistre tour. Si le CSP n’a que deux matchs à huis-clos d’autonomie financière devant lui, cette autonomie n’existera donc plus dès avant Noël, près d’un mois avant, au mieux, le timide retour des spectateurs !!! L’impensable est peut-être pour demain. 2020, annus horribilis…

 
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