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Une vaste affaire de fraude aux kiwis entre la France et l'Italie mise au jour, notamment en Aquitaine

Image d'illustration / © CCO via Pixabay
Image d'illustration / © CCO via Pixabay

Des kiwis produits en Italie… et revendus avec une étiquette "origine France". C'est la fraude qui a été mise au jour par la Répression des fraudes et qui concerne 12% des kiwis vendus sur le marché français. La motié de la production française de kiwis provient d'Aquitaine.
 

Par Maïté Koda avec Christine Le Hesran

Une fraude de grande ampleur a été mise au jour par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (Dgccrf). L'enquête est partie d'Aquitaine quand les producteurs nombreux dans la région se sont inquiétés de certaines pratiques. 


Douze pour cent des kiwis vendus sur le marché français et présentés comme origine France, sont en réalité originaires d'Italie. Cinq entreprises françaises d'importation ont été épinglées par la répression des fraudes. Deux se situent dans le Lot-et-Garonne, une dans le Tarn et Garonne et deux autres se trouvent dans la Drôme. 

"Au total, les investigations menées par la DGCCRF ont conduit à identifier une fraude portant sur environ 15 000 tonnes de kiwis « francisés » sur les trois dernières années, soit environ 12% des kiwis « origine France » commercialisés sur le territoire national et un bénéfice illicite total de l’ordre de 6 millions d'euros ", précise la DGCCRF.
 

Soupçons des producteurs français

L'enquête, qui a duré trois ans, a été lancée après des soupçons de producteurs de kiwis de l'Adour. "On retrouvait des kiwis proposés avec le label France, alors que les importateurs n'avaient aucun lien avec les producteurs.", se souvient François Lafitte, producteur dans les Landes et parmi les lanceurs d'alerte. "C'est un petit milieu, on a vite eu des soupçons".


Les producteurs français font alors remonter leurs doutes auprès des services de l'Etat à Paris, qui ont lancé une longue enquête et découvert le pot-aux-roses. Des entreprises italiennes emballaient les fruits en leur apposant une étiquette "origine France". Les produits étaient ensuite déversés sur le marché français, avec la complicité des entreprises incriminées par la DGCCRF.


François Lafitte détaille les pratiques et leurs conséquences. Il était l'invité de Marie-Pierre D'abrigeon dans notre édition de la mi-journée. 
 
François Lafitte, kiwiculteur, revient sur la fraude massive aux kiwis français
 

Produits phyto-sanitaires interdits

L'Italie est le premier producteur européen de kiwis. La France arrive en troisième position, avec une production de 75 000 tonnes, principalement regroupée en Aquitaine, notamment dans les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, et le Lot-et-Garonne.

Pour les fraudeurs, le gain de l'opération est indéniable. Les kiwis estampillés origine France se vendent jusqu'à 30% plus chers que les kiwis italiens. Et ces derniers sont cultivés dans des conditions particulières, et notamment à l'aide de produits phyto-sanitaires interdits en France. A 27 reprises, " la présence de fenhexamide et/ou de fludioxonil, substances actives dont l’usage est interdit en France contrairement à l’Italie où il est utilisé pour améliorer la conservation des kiwis", a été relevée, précise la DGCCRF. 
 

Enquête au long cours

C'est lors d'un prélèvement réalisé sur certains de ces fruits, au cours de l'enquête, que la DGCCRF a détecté des traces de produits interdits en France et permis l'identification de la fraude. L'enquête a porté sur du long terme, avec une qurantaine d'interventions auprès de grossistes, d'introducteurs, de distributeurs et de conditionneurs. 

Un fournisseur italien a été verbalié par les autoristés italiennes, un exportateur transalpin a également écopé d'une amende administrée par la DGCCRF. 
 

Traçabilité

Jean-Marc Poigt, président de l'association des Kiwis de l'Adour ne s'en cache pas, il "boit du petit lait". "Nous travaillons sur la traçabilité de nos fruits depuis 1992, explique-t-il. C'est très très bien que la fraude soit mise au jour, et qu'on ait pu travailler ainsi avec la DGCCRF". 


"C'est une bonne nouvelle que les services de contrôle arrivent à détecter les contrevenants. Nous, on souhaite que ce soit très surveillé", se réjouit également Dominique Graciet, président de la chambre d'agriculture de la Nouvelle-Aquitaine, qui s'inquiète néanmoins que de tels agissements ne "dévalorisent" l'image du kiwi chez les consommateurs.


Rassurer les consommateurs

Car si les producteurs français se réjouissent que les fraudeurs soient démasqués, il reste encore une mission de taille : rassurer les consommateurs. "Cela va être un gros travail , reconnaît Jean-Marc Poigt. Mais nous avons des labels de certification : le label rouge et l'indication géographique protégée. Nos produits sont tracés", insiste-t-il. 
 

Il faut que le consommateur comprenne que les fraudes ne concernent que des produits de premier prix. Ce n'est pas pour rien que nous passons autant de temps sur notre cahier des charges. C'est pour produire un fruit de qualité.



 

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