Coussay-les-Bois : un complément d'enquête publique en cours pour la ferme aux 1.200 taurillons

On ne compte plus les rebondissements dans le dossier du projet d'une ferme-usine de 1.200 taurillons à Coussay-les Bois dans la Vienne. Un complément d'enquête publique vient d'être lancé et ensuite la cour administrative d'appel de Bordeaux devra trancher pour autoriser ou pas la construction.

Le projet de ferme-usine prévoit un minimum de 1.200 taurillons mis à l'engraissement et destinés à l'exportation.
Le projet de ferme-usine prévoit un minimum de 1.200 taurillons mis à l'engraissement et destinés à l'exportation. © Collection Watier/Maxppp

Depuis décembre 2014, le promoteur de cette ferme géante et les opposants à sa construction multiplient les recours de part et d'autre auprès des institutions ou de la justice sans jamais baisser les bras. Résultat, les rebondissements autour de ce projet contesté par un collectif d'habitants ont été nombreux. Une première enquête d'utilité publique, menée en 2016, a rendu un avis favorable à la construction. Le permis de construire et l'autorisation d'exploitation accordés par la préfecture de la Vienne ont été retoqués par le tribunal administratif de Poitiers en juin 2017. Le promoteur a fait appel de ce jugement et la cour administrative d'appel de Bordeaux a été saisie. En décembre 2019, la juridiction bordelaise a prononcé un sursis à statuer dans l'attente d'informations complémentaires de la part du promoteur du projet, la SCEA "Les Nauds", gérée par Pierre Liot. Le complément d'enquête publique réalisé depuis le 11 juin aurait dû être lancé en mars dernier mais il a été retardé à cause de l'épidémie de coronavirus dans le pays.

Le complément d'information à consulter en mairie ou sur internet

Les éléments complémentaires demandés au promoteur par la cour administrative d'appel de Bordeaux visent à préciser et à rendre publiques les capacités techniques du projet et son plan de financement. Ces nouvelles informations sont désormais accessibles à tous. Les habitants peuvent les consulter jusqu'au 1er juillet 2020 en se rendant à la mairie de Coussay-les-Bois mais aussi en consultant le site internet de la mairie, celui de la préfecture de la Vienne, ou celui d'Aspect (association de sauvegarde et de la protection de l'environnements à Coussay les bois et sa région Thermale)

Les observations formulées par les habitants de la commune peuvent être déposées sur un registre auprès de la mairie de Coussay-les-Bois ou auprès de la préfecture de la Vienne jusqu'au mercredi 1er juillet à 12h.

Sur son site, la préfecture de la Vienne indique que "à la lumière du dossier complémentaire et des éventuelles observations du public, la préfète de la Vienne pourra, le cas échéant prendre un arrêté complémentaire régularisnt l'illégalité relevée par la cour d'appel de Bordeaux" et que "des informations pourront être demandées à la SCEA "Les Nauds".

Nombre d'employés, pollution de l'eau, projet industriel, les critiques des opposants

Les opposants au projet regroupés au sein de l'association ASPECT, (association de sauvegarde et de protection de l'environnement de Coussay-les-Bois et de sa région thermale) ont multiplié les manifestations pour dénoncer les conséquences néfastes pour l'environnement et pour les éleveurs locaux qu'entraînera ce projet. Pour eux, il ne s'agit pas d'un projet agricole mais bien d'une exploitation industrielle car l'unité de méthanisation construite à côté des trois bâtiments d'élevage va acheminer le gaz vers une usine située à Châtellerault et appartenant à la société de Pierre Liot. Ces arguments sont partagés par Michel Favreau, le maire de la commune, opposant déterminé à ce projet de ferme-usine.

Quand vous voyez l'installation des trois hangars avec les taurillons dessous, c'est fait pour faire du photovoltaïque, ce n'est pas fait pour faire de l'élévage. Ce ne sont pas du tout des hangars d'élevage.
Michel Favreau, maire de Coussay-les-Bois

Pour le maire de Coussay-les-bois, le nombre d'employés prévu par la SCEA "Les Nauds", pose aussi question. Il lui semble largement sous-évalué pour faire tourner l'exploitation.

Il y a des points à éclaircir en ce qui concerne la technique et aussi le nombre d'employés. Ils vont employer deux ou trois personnes. Est-ce que ces personnels seront en capacité d'assurer la méthanisation, le compostage et l'élevage des taurillons. En plus, il s'avère qu'il y a dans le dossier des CV de gens qui sont déjà partis depuis cinq ans. Pourquoi ces papiers sont-ils encore dans le dossier ?
Michel Favreau, maire de Coussay-les-Bois

Pour les opposants au projet, la principale crainte vient des conséquences sur l'environnement et surtout d'une potentielle pollution de la nappe phréatique qui alimente la commune en eau potable. Aujourd'hui, cette eau naturelle ne subit qu'un ajout de chlore gazeux. "Après s'il faut la faire dépolluer parce qu'il y aura des nitrates, des sulfates, des chlorures, ce serait mieux d'éviter. J'aime mieux boire une eau naturelle que boire une eau traitée" s'inquiète Michel Favreau.

Les habitants et les opposants au projet ont jusqu'au 1er juillet pour faire connaître leurs arguments et interrogations. Ensuite la cour administrative d'appel de Bordeaux, la préfète de la Vienne prendront une décision qui pourrait peut-être mettre un terme à ce face à face engagé depuis cinq ans.

Reportage d'Anne-Marie Baillargé, Alexandra Lassiaille et Philippe Ritaine :

 

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