"L'école est prise dans une société traversée par des enjeux géopolitiques bien plus grands qu’elle". Bénédicte Robert, rectrice de l'Académie de Poitiers

À l'occasion de la 4ᵉ étape du tour de France de l'Éducation aux Médias et à l'Information, ce lundi à Poitiers, la rectrice de l'académie est revenue sur l'attentat d'Arras. Il ne faut pas "faire porter sur l'école toute la responsabilité" a notamment évoqué Bénédicte Robert.

Trois ans jour pour jour après l'assassinat de Samuel Paty, une minute de silence est observée ce lundi dans tous les établissements scolaires de France afin de rendre hommage au professeur assassiné à Arras.

Dans l'académie de Poitiers, ce temps de recueillement coïncide avec une journée dédiée à l'éducation aux médias organisée par France Télévisions, le CLEMI et le rectorat. La rectrice Bénédicte Robert nous a accordé un entretien.

France 3 Nouvelle-Aquitaine : On a entendu beaucoup d’inquiétude et de colère de la part des enseignants, surtout depuis vendredi. Quelle réponse pouvez-vous apporter aujourd’hui ?

Bénédicte Robert : J’étais ce matin dans deux établissements scolaires de Poitiers avec l’idée de porter un message de réassurance sur le volet de la sécurité des personnels et des élèves. On a évidemment évoqué tout ce qui était sur le registre de l’émotion qui est tout à fait compréhensible. Je leur ai rappelé tout le soutien que nous mettons en place auprès des personnels, la cellule d’écoute, le numéro vert et puis, de manière générale, tous les dispositifs d’entraide au sein du ministère. Et puis, on a évoqué le contexte dans lequel tout cela pouvait être compris, le fait qu’il ne fallait pas non plus faire porter sur l’école toute la responsabilité. L’école est prise dans la société, et cette société aujourd’hui est traversée par des enjeux géopolitiques qui sont bien plus grands qu’elle, traversée aussi par la question du terrorisme islamiste. Comment collectivement nous emparons-nous de cet enjeu ?  Voilà tous les éléments qui ont pu être abordés au cours de ces échanges. Il n'y a pas eu de consensus, des paroles très diverses se sont exprimées et je pense que c’est important qu’il y ait cette diversité de points de vue.

France 3 Nouvelle-Aquitaine : En quoi les médias et l’éducation aux médias peuvent aider à la fois les enseignants et les élèves ?

Bénédicte Robert : On a choisi de maintenir cette formation aujourd’hui en partenariat avec France Télévisions, c’est la seule formation qui aura lieu aujourd’hui dans toute l’académie. On pense que cela a un rapport avec ce que ce qui s’est passé vendredi, et avec ce qui s’est passé il y a trois ans au moment de l'assassinat de Samuel Paty.  Face à la manipulation qui peut avoir lieu à travers les réseaux sociaux, Internet, et tous ces nouveaux modes de communication, il faut que nos professeurs soient plus forts pour pouvoir accompagner leurs élèves dans cette éducation à l'information et aux médias qui sont extraordinairement plus divers qu’ils ne l’étaient il y a 20 ans. Donc aujourd’hui vraiment, cette formation avec des journalistes de France Télévisions pour nos professeurs qui sont en première ligne sur cette question d’éducation va leur permettre d'être des hussards de la République.

France 3 Nouvelle-Aquitaine : Information, désinformation... La situation a-t-elle beaucoup évolué ces dernières années ? 

Bénédicte Robert : Si l'on en croit le sondage de l'IFOP pour la fondation Jean-Jaurès réalisé en janvier 2023 auprès de jeunes de 18 à 25 ans, on voit que deux tiers d’entre eux, ce qui est quand même vraiment une proportion tout à fait considérable, croient au moins à une contre-vérité scientifique. Que la Terre est plate, que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, que les pyramides ont été construites par des extraterrestres... On se dit que c’est impossible que nos jeunes soient dans ces croyances-là. Donc, il y a quelque chose à retravailler dans notre rapport à la connaissance, notre rapport à l’information, aux sources et la confiance dans les sources institutionnelles. Je pense que cette question de la confiance dans la société démocratique est aussi un enjeu majeur. Les enseignants perçoivent un besoin du côté des élèves. Ils sont en première ligne, mais ils ne savent pas forcément toujours comment appréhender cette question-là parce que les pratiques numériques ont beaucoup évolué. Je pense quand même que tout le travail que nous menons autour de la laïcité, le fait de dire que le rôle de l’école n’est pas d’être sur le registre des croyances, mais sur le registre des connaissances, tout ce travail-là commence à porter ses fruits. Les enseignants se sentent plus forts sur ces questions-là. En tout cas, je le souhaite parce que la pression est sans doute de plus en plus forte. Il y a 30 ou 40 ans, on n'avait pas de contestation des enseignements. Qu’on parle de l’enseignement en sciences de la vie et de la terre, en éducation physique et sportive avec la problématique de la piscine... Cela nous pose terriblement question parce que ça veut dire que le patrimoine, le projet éducatif que nous portons, ne peuvent pas être enseignés partout de la même façon et ça, c'est insupportable.  

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