Poitiers : une correspondance entre des élèves de 3ème et des soldats du RICM déployés au Mali

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Écrit par Stéphane Hamon

Un échange de lettres s’est engagé entre un groupe d’élèves du collège Jules Verne de Buxerolles et les jeunes soldats du RICM. Cette correspondance s’inscrit dans le cadre d’un dispositif visant à rapprocher les jeunes de l’armée : les Classes Défense et Sécurité Globale.

Ici les conditions de vie sont bien différentes par rapport à la métropole. Du fait de la chaleur, environ 45 degrés, les horaires de travail au camp sont adaptés. En revanche lors de sorties en opération, le rythme est plus dynamique. Nous nous levons avant l’aube afin de nous déplacer le plus tôt possible.                                                                            

Première classe Antoine et Première classe Lauriane.

Ces quelques mots ont été envoyés par deux soldats du RICM de Poitiers (Régiment d’Infanterie Chars de Marine) depuis le Mali où ils sont en opération depuis près de trois mois. Ils répondaient à des élèves de 3eme du collège Jules Verne de Buxerolles.

Cette correspondance s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre le Ministère des Armées et l’Education Nationale qui vise à rapprocher les jeunes de l’institution militaire.

Avec la fin du service militaire en 1997, l’armée française est devenue uniquement professionnelle, et on s’est rendu compte que tout ce que les jeunes connaissent de l’armée, c’est l’opération sentinelle ! Ça nous a semblé intéressant de leur expliquer ce qui se passe derrière ces hauts murs barbelés. 

Lieutenant Pierre Adnot, officier de communication au RICM

Les Classes Défense et Sécurité Globale (CDSG) ont ainsi été créés en 2016, "pour développer les liens entre la jeunesse, la défense et la sécurité nationale". Le dispositif vise les élèves de troisième, sur la base du volontariat et organise des temps de rencontres et d’activité entre les jeunes et des militaires, "pour donner aux élèves des repères pour comprendre la défense, à travers ses acteurs et ses enjeux, son histoire, sa mémoire et son patrimoine".

Plus de 300 conventions ont ainsi signées cette année à l’échelle nationale, entre les " classes défense " et leur régiment local partenaire, impliquant plus de 6000 élèves.

Les Aigles de Jules Verne

Au collège Jules Verne de Buxerolles, Marie Christine Bonneau Darmagnac, la professeure d’histoire géo avait déjà beaucoup travaillé sur les soldats de 14/18 et les commémorations. "Je me suis rendue compte qu’on avait tout pour aller vers une classe défense. On pouvait s’appuyer sur énormément de projets déjà réalisés qui allaient dans ce sens".

Pour la troisième année consécutive, la professeure d’histoire-géo, associée à son collègue de français Mr Gilbert, a donc signé une convention entre le RICM et "les Aigles de Jules Verne", le surnom dont s’est dotée la classe CDSG.

Un point se rajoute alors au programme des élèves : la défense.

En Histoire géo je traite des conflits contemporains et du terrorisme, et d’avoir quatre soldats du RICM qui, à trois semaines de leur départ pour le Mali, viennent leur parler de l’opération Barkhane, c’est concret. Ils leur ont montré des photos du camp, des diapos, c’était un truc de dingue. Les militaires nous ont expliqué ce qu’ils faisaient là-bas, et pourquoi ils y allaient. C’était incarné, j’aurai jamais fait un cours aussi bien. 

Marie-Christine Bonneau-Darmagnac, professeure d’histoire géographie

En retour, pendant le confinement, les élèves ont retracé l’historique du régiment depuis 1915. "De raconter cette histoire-là, de manière numérique et très visuelle, ça à bien convenu aux élèves. Leur travail a été valorisé et ils se sont sentis utiles. Ils sont plus à l’aise à l’oral et progressent en dessin. C’est plutôt tout bénéfique pour les élèves". Ceux-ci doivent même désormais joindre une lettre de motivation à leur candidature pour la classe défense, pour pouvoir les départager. 24 places : 12 filles, 12 garçons. "C’est important".

"Quand on est allé voir le RICM pour signer la convention, le capitaine m’avait dit : ce qui serait chouette c’est qu’on puisse mettre en place un échange de lettres entre vos élèves et nos premières classes qui seront en opération extérieure. Certains sont très jeunes et n’ont pas forcément beaucoup de famille. En « opex* » c’est parfois compliqué pour le moral".
*opex : Opération militaire extérieure de la France.

Ainsi, lorsque le régiment est parti rejoindre l’opération Barkhane au Mali, un groupe de cinq élèves leur a donc écrit avec l’aide du professeur de français. Pour prendre de leur nouvelles et leur poser quelques questions. "On a déposé notre lettre au vaguemestre et c’est parti par l’espèce de valise militaire. Et effectivement, la réponse n’a pas trainé. En quinze jours on avait un mail en retour. Donc ce lien semble être important aussi pour les jeunes soldats".

On leur demandait comment se passait leur mission avec le confinement, par exemple. Ils ont répondu à toutes nos questions. Les cours d’histoire étaient beaucoup plus intéressants cette année. C’était bien, mais ce n’est pas pour autant que je veux en faire mon métier.  

Ayat, élève de 3ème CDSG

La correspondance continue, d’autant que les retours des soldats ont été repoussés, le président Macron venant d’annoncer le désengagement progressif de la France au Sahel, où les troupes françaises sont engagées depuis 2013.