Sainte-Soline : déçu de la décision en appel, le militant Loïc Schneider se pourvoit en cassation

Condamné à un an de prison en première instance, Loïc Schneider, militant écologiste, avait interjeté appel. La décision du tribunal de Poitiers rendue lundi 4 décembre laisse un goût amer au jeune homme et à son avocate qui espérait obtenir une reconnaissance de ses actes comme relevant de la liberté d'expression. Ils ont décidé de se pourvoir en cassation

Lundi 4 décembre, la cour d'appel de Poitiers a rendu sa décision dans l'affaire de Loïc Schneider, militant écologiste originaire du nord-est de la France, accusé d'avoir tagué un fourgon de gendarmerie et porté un gilet de gendarme à Sainte-Soline le 25 mars dernier, le tout déguisé en moine.

Il est condamné à six mois d'emprisonnement pour recel de gilet de gendarmerie et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou dégradations, contrairement aux douze demandés en première instance. Pour rappel, il porte un bracelet électronique depuis juillet dernier, après cinq semaines passées en détention provisoire au centre pénitentiaire de Vivonne. En revanche, son sursis de quatre mois dans une affaire précédente datant de 2017 est révoqué.

Il écope également d'une amende de 1 000 euros pour la dégradation du fourgon, et d'une interdiction de port d'arme pendant trois ans. "C'est équivalent, ils réduisent la peine de prison, mais mettent une amende et révoquent un sursis, ça revient à peu près au même", déplore Laure Abramowitch, son avocate.

Enfin, il n'a plus le droit de se rendre dans le département des Deux-Sèvres durant cinq ans, au lieu des trois années décrétées lors de son premier procès. "L'avantage, c'est qu'il n'y a pas seulement des mégabassines dans les Deux-Sèvres, il y en a bien entendu dans d'autres départements et ce n'est pas une peine de prison qui va m'empêcher de continuer de manifester", a-t-il tenu à rappeler.

"Nous sommes déçus", affirme son avocate. "Nous avions vraiment la sensation pendant l'audience d'être entendus, aussi bien sur les combats que mène Loïc Schneider que sur sa liberté d'expression."

De son côté, Loïc Schneider se dit "surpris de la gravité de la peine" : "Il n'y a aucun fait de violence physique dont on m'accuse. On m'accuse d'être le moine de Sainte-Soline, en attendant le moine de Sainte-Soline est clairement identifiable, il a été filmé pendant toutes les heures de la manifestation, et il n'a fait pas fait un acte de violence." Il déplore les conditions de son arrestation, le 20 juin dernier, par l'unité antiterroriste de la centrale nucléaire de Cattenom : "Moi, je m'attendais même à un dédommagement parce que déployer une unité antiterroriste pour arrêter une personne habillée en moine qui va tenir une veste quelques instants trouvée dans un champ, et déposer un tag, à un moment donné il y a quelque chose qui ne marche pas dans cette société, dans ce système."

Aux yeux de son avocate, "ce sont les mêmes moyens qui sont mis en œuvre que pour un vrai terroriste, quelqu'un de supposé vraiment dangereux."

Un procès politique ?

Pour Laure Abramowitch, cette peine est disproportionnée. Dans l'arrêt de la Cour d'appel de Poitiers, elle tient à citer un passage : "Loïc Schneider ne doit être sanctionné que pour les faits qui lui sont personnellement imputables, et ces faits pris isolément sont d'une gravité relative. Néanmoins, le contexte de leur commission leur confère un degré de gravité supplémentaire.

Loïc Schneider fait peur au gouvernement, on cherche par tous les moyens à le faire taire.

Laure Abramowitch

Avocate de Loïc Schneider

Le militant de 27 ans est actuellement mis en cause dans une autre affaire. Vendredi 1ᵉʳ décembre, il était convoqué au tribunal de grande instance de Nancy pour avoir relayé une chanson satirique écrite par le groupe "Les Darmanines" en 2020 concernant le ministre de l'Intérieur, qui comprend des paroles telles que "Darmanin, ferme ta gueule, ta petite gueule de fasciste qu'on dissoudra bientôt". Le procureur de la République de Nancy a requis 140 heures de travaux d'intérêt général et un stage de citoyenneté. La décision finale est attendue pour le 28 décembre. Son avocate dénonce un acharnement judiciaire : "On veut la peau de Loïc Schneider, quand on voit ce qui est déployé pour un militant, on veut faire taire tout ce qui peut nuire au gouvernement et Loïc Schneider fait peur au gouvernement, on veut le faire taire par tous les moyens."

Loïc Schneider dénonce également un deux poids, deux mesures entre le traitement des militants et des policiers mis en cause dans les blessures subies par les militants au cours de la manifestation de Sainte-Soline : "Je trouve qu'il y a clairement un usage même de l'instruction judiciaire qui est politique parce qu'on voit bien qu'il n'y a pas la même débauche de moyens pour aller faire des investigations, pour aller trouver les coupables [des tirs de grenades sur les manifestants], et ça, c'est un problème de société."

En avril, quatre plaintes ont été déposées auprès du parquet de Rennes, en charge des affaires militaires pour le grand Ouest. Un appel à témoins a été lancé en avril dernier pour faire la lumière sur les conditions dans lesquelles ces quatre manifestants ont été blessés. Le procureur de la République de Rennes affirme que les "investigations et expertises se poursuivent avec intensité de manière satisfaisante."