Visite au cœur du quartier des femmes du centre pénitentiaire de Vivonne

Contrairement à la maison d'arrêt, au centre de détention, les portes sont ouvertes en journée. / © Antoine Morel / FTV
Contrairement à la maison d'arrêt, au centre de détention, les portes sont ouvertes en journée. / © Antoine Morel / FTV

Au centre pénitentiaire de Vivonne, le quartier réservé aux femmes compte 40 détenues, emprisonnées dans des conditions différentes selon leur peine et leur statut. Car de la maison d'arrêt au centre de détention, l'ambiance change du tout au tout.

Par Boris Granger et François Bombard

Elles sont actuellement 40. Des femmes détenues au centre pénitentiaire de Vivonne, dans la Vienne. En maison d'arrêt, pour celles placées en détention provisoire ou condamnées à des peines n'excédant pas deux ans. En centre de détention pour les peines plus longues.

Une surpopulation problématique

Les premières sont deux, voire trois dans des cellules de 14m avec des matelas parfois posés à même le sol. La conséquence d'une surpopulation qui n'échappe pas à la règle nationale. Avec un taux d'occupation de 187 %, la maison d'arrêt souffre d'une promiscuité difficile à gérer pour tout le monde.

On a beaucoup de problèmes de cohabitation de personnes qui n'ont pas le même mode de vie [...] et à qui on impose de vivre ensemble quasiment 24h/24hÇa nous oblige à faire des changements incessants et sur un petit quartier comme le nôtre, on a vite épuisé les possibilités. Ça peut amener à des violences verbales et physiques, des bagarres entre détenues même si sur Vivonne on est assez préservées de ce côté-là.
Isabelle Geny, capitaine pénitentiaire responsable du quartier femmes.

Comme dans 56 autres établissements pénitentiaires du territoire français, à Vivonne, un espace nurserie a été aménagé à la maison d'arrêt, totalement isolé des autres détenues pour des questions de sécurité. Un quartier spécifique avec des cellules un peu plus grandes. Dans ces cellules : un espace pour l'enfant, un espace pour la maman et un espace collectif de jeu.

Quand on est avec un bébé c'est difficile en prison. Mais c'est bien pour moi parce que si on me séparait de ma fille, je ne sais pas ce que je deviendrais.
- Une détenue

Cette maigre consolation est rendue possible par le département, avec lequel le centre pénitentiaire a signé une convention en 2011. Car si les mamans sont incarcérées, les bébés, eux, ne le sont pas. "Ils relèvent donc d'un prise en charge sanitaire et sociale, explique Karine Lagier, directrice des lieux, et par conséquent de la compétence du département."

Des activités pour tenir le coup

Deux quartiers, deux ambiances : au centre de détention, l'encellulement des douze femmes actuellement incarcérées est individuel. La journée, les cellules sont ouvertes et les détenues libres de se déplacer, avec une part importante réservée aux activités.

Déjà, je travailledonc c'est vrai que je suis occupée. Je fais le ménage le matin, après le midi je sers le repas aux filles et quand je ne travaille pas je fais des activités pour m'occuper le plus possible. C'est le soir que c'est le plus long, quand les portes se ferment. Et la nuit, des fois on dort pas, des fois on dort mal.
- Une détenue.

Alors pour tenir le coup de ces longues peines - 14,5 années en moyenne - les détenues investissent leurs cellules. "Elles les décorent, les nettoient et se les accaparent en les personnalisant", explique Isabelle Geny, en charge de la gestion des cinq surveillantes quotidiennes du quartier femmes. Un chat, Pirate, apporte de son côté un peu d'affection et de réconfort aux occupantes.
Pirate, le chat du centre de détention des femmes, apporte un maigre réconfort au femmes emprisonnées. / © Antoine Morel / FTV
Pirate, le chat du centre de détention des femmes, apporte un maigre réconfort au femmes emprisonnées. / © Antoine Morel / FTV

Les femmes détenues sont la plupart du temps emprisonnées dans des quartiers qui leur sont réservés au sein de prisons majoritairement peuplées d'hommes. Pour l'Observatoire international des prisons, elles y subissent une forme de" relégation dans la relégation". Car puisque les contacts avec les hommes sont formellement prohibés (sauf en de rares établissements), leur accès au travail, à la formation, aux activités sportives et socioculturelles comme aux soins se voit drastiquement limité.

Une analyse qui ne reflète toutefois pas la réalité de la prison de Vivonne où de nombreuses activités sont proposées aux femmes détenues, certaines d'entre elles dans le cadre d'échanges avec les hommes détenus.

En immersion au centre pénitencier de ​​​​​​​Vivonne

Visite au cœur du centre pénitentiaire de Vivonne dans le quartier des femmes
Reportage d'Antoine Morel, François Bombard et Bénédicte Biraud ; Intervenants :Isabelle Gery (capitaine pénitentaire, responsable du quartier femmes) et Karine Lagier (directrice du centre pénitentaire de Poitiers-Vivonne)

 

Quelques chiffres

Selon un rapport de l'Observatoire international des prisons (OIP), 2485 femmes étaient détenues au 1er octobre 2019, soit 3,5 % de la population carcérale du pays. Leur âge médian est de 35 ans (contre 32 pour les hommes) et près d'un tiers d'entre elles sont étrangères. La plupart du temps, elles sont enfermées pour de courtes peines : 12,6 % restent moins de six mois et près de 50 % moins de deux ans. La majorité des condamnations relève de la petite délinquance : atteinte à la législation sur les stupéfiants (24,6 % des peines), vols (15,5 %) ou violences (11,4 %).

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