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"Je prends le TER tous les jours entre Tarbes et Toulouse et je suis lasse"

Prendre le train en Midi-Pyrénées est devenu un véritable parcours du combattant. Retards et suppressions à répétition épuisent l'usager, bien impuissant face aux dysfonctionnements qui peuvent avoir de graves répercussions sur sa vie quotidienne. Billet d'humeur d'une voyageuse éreintée.
La gare Matabiau à Toulouse
La gare Matabiau à Toulouse © Véronique Boissel-Haudebourg / F3 Midi-Pyrénées
Depuis presque 5 ans, je fais l’aller-retour 4 fois par semaine entre Tarbes et Toulouse pour me rendre à mon travail. Cinq heures de transport en comptant train, métro et bus. On n’a pas toujours la chance de pouvoir vivre près de son travail et pas forcément la possibilité de se rapprocher. Mais là n’est pas la question.

Et en 5 ans, il faut l’avouer, la situation de l’usager du TER s’est sérieusement dégradée. Au point de devenir source d’angoisse et de stress, et d’épuisement.

Aujourd’hui, plus question de se contenter de connaître son heure de départ. Maintenant, il faut ruser. Dès la veille au soir, vous consultez l’appli TER pour vérifier si votre train n’est pas en retard voire carrément annulé. Et méfiance, ce qui est affiché comme 5 minutes d’attente supplémentaire le soir a vite fait de se transformer comme ce matin en un quart d’heure de retard au départ pour finir en 40 minutes en plus au compteur à l’arrivée. Et oui, en raison des travaux, votre train doit s’arrêter dans toutes les gares et rallonge d'autant votre trajet.

Je ne compte plus les minutes passées sur les quais de gare à voir le retard de mon train s’allonger. Pour apprendre au bout d’une heure que le convoi est supprimé. Le SMS qui est censé m’annoncer la chose me parviendra (s’il arrive) bien plus tard.

Une fois assis dans votre wagon, ne vous croyez pas au bout de vos peines.

Entre les imbéciles qui tirent le signal d’alarme de manière abusive, les automobilistes imprudents qui provoquent des accidents (sans faire de blessés heureusement), les inondations, les intempéries en tout genre, votre convoi a toutes les raisons de ne pas arriver à l’heure prévue.

Et je ne vous parle même pas des mouvements sociaux qui, s’ils peuvent être justifiés, lassent l’utilisateur par leur longueur et leur multiplicité. L’an dernier nous avions le préavis du lundi, celui du vendredi, celui des vacances, bref, jamais un train à l’horizon. Par contre, les kilomètres au compteur de ma voiture, eux, galopaient. Et la facture s’allongeait pour mon portefeuille.

Je pourrais aussi vous parler des vols de câbles, des travaux à répétitions, des rails qui manquent, des locomotives en panne, des mécanos qui ne se réveillent pas…

La liste prendrait des pages entières. Et personne pour prendre la moindre responsabilité étant donné le nombre impressionnant de raisons de faire arriver un train en retard voire pas du tout. C’est toujours la faute d’un autre en gros.

Pour décembre 2013, la SNCF annonce 6542 trains ponctuels en Midi-Pyrénées, 1407 retardés et 332 annulés. J’en conviens, tout n’est pas à mettre sur le dos de la SNCF, de la région ou d’un acteur en particulier. A mon sens, la suspension des subventions de la région Midi-Pyrénées à la SNCF ne va pas faire beaucoup avancer les choses. Si tout le monde décidait de travailler ensemble pour revoir les choses dans leur globalité peut-être…

En attendant, c’est moi qui paye, au propre comme au figuré.


Ce qui est stressant, c’est de devoir vivre rivée aux horaires des trains pour anticiper tous ces aléas. Qui pour récupérer les enfants ? Comment prévenir l’employeur pas toujours compréhensif ?

Ce qui est éreintant c’est de se lever à 4h tous les jours pour prendre un train plus tôt que prévu en espérant arriver à l’heure, de rogner sur ses heures de sommeil pour palier les dysfonctionnements de la SNCF, de RFF et du réseau TER.

Ce qui est épuisant, c’est de ne pas voir ses enfants de la semaine parce que votre train est arrivé systématiquement en retard et qu’ils sont couchés depuis longtemps.

Ce qui est démoralisant c’est ce sentiment d’impuissance et de la dégradation du service public.

Impuissance des usagers obligés de subir ces dysfonctionnements qui n’en finissent pas.

Impuissance de la plupart des personnels croisés dans les gares ou les trains, contrôleurs, cheminots, agents en tout genre parfois dépassés par la situation. Pourtant j’en ai vu plus d’un se démener, comptant les voyageurs, téléphonant pour faire attendre les correspondances, joignant les chauffeurs de bus, réexpliquant patiemment pour la 78ème fois la même chose, gardant son calme devant l’usager agressif.

Je n’attends plus grand-chose en fait, je suis comme résignée.


C’est sans doute dommage mais que voulez-vous, je suis trop lasse. La ligne Toulouse-Tarbes est en cours de rénovation et c’est tant mieux. Tous les trains ont donc ralenti, un peu plus un peu moins, au point où nous en sommes... La SNCF annonce ce vendredi une modification des horaires en conséquence. Cela me fait gentiment sourire. Votre quart d’heure en plus, cela fait longtemps que je l’ai intégré dans mon emploi du temps.

En 5 ans, la situation s’est dégradée petit à petit, signe du délitement du service public. Cela s’est fait si lentement que personne ne proteste plus beaucoup, ou pas très longtemps. Moi la première. Et c’est dommage. Car si nous, usagers, n’exigeons plus de nos transports publics un service de qualité, nous ne sommes pas prêts de l’obtenir.
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