Le Sage des essences

Fred est vendéen, il découvre le "campo", les toros, leurs mères et la paix sauvage de cette race aux mille mystères. Fred, désormais poisson dans l'eau et dans l'herbe, avance sans un geste de trop. Il trouve les angles et, un doigt sur la gâchette, pose son oeil avec la patience et la passion des vieux guides de savane... / © SDT
Fred est vendéen, il découvre le "campo", les toros, leurs mères et la paix sauvage de cette race aux mille mystères. Fred, désormais poisson dans l'eau et dans l'herbe, avance sans un geste de trop. Il trouve les angles et, un doigt sur la gâchette, pose son oeil avec la patience et la passion des vieux guides de savane... / © SDT

Le baroud continue, macadam via le Portugal. Aujourd'hui, la ganaderia du Maestro Pedrés, à deux jets de flèche de Lusitania: 800 hectares pour 65 vaches et 18 toros, de quoi brouter en paix et inviter à y séjourner nos défenseurs des lois à la mode du "bien-être" animal. Encore une merveille... 

Par Vincent Bourg

Dimanche 23 novembre 2014. Salamanque, 9h30. Petit crachin, 15°4.
C'est reparti ! Rond-point de la cathédrale, à droite, rocade sud, double-voie, 103 km, Ciudad Rodrigo, à gauche toute, 18 bornes de mieux, arrêt café au bar "El Almendro" du bled d'Ituero de Azaba où si le fisc vous met la main dessus c'est qu'il a un parent là-bas...
A la une du journal "El Mundo", ce coup-ci on a retrouvé le buteur de "Che Guevara", un nommé Mario Teran Salazar, 72 ans, retraité de l'armée bolivienne. Trois km de chemin carrossable dirait Louis XV et nous voilà à la propriété de "Los Labraos", les labours. Pedro Martinez " Pedrés", 83 ans, né à Albacete l'a acquise dans les années 50, première fortune faîte. Son père laboureur lui dit un soir: " Fiston", si tu deviens un grand torero et que tu gagnes de l'argent, achète un domaine d'arbres et de vallons, les champs à cultiver, c'est trop dur ".
Pedrés l'écoute ainsi que ses amis et admirateurs. Il a 25 ans, eux le double mais savent des "affaires" et lui conseillent d'investir dans le carburant, les essences, les stations-service. Le rail espagnol balbutie, les camions accaparent les routes, les citoyens se mettent à acheter des voitures. Pedrés, place ses premiers deniers et ses premiers pompistes à Alcala de Henares puis Madrid centre. 
La propriété de "Los Labraos", il la souffle au nez et à la perruque d'un marquis ruiné qui promettait l'achat à tempérament. Pedro rencontre le vendeur et lui dit: " Tiens, voilà deux chèques, demain je m'installe".
- Ce n'est pas possible répond le vendeur, car si je dois encaisser le second dans dix ans...
-  Non, conclue Pedrés, j'ai deux banques donc deux chèques. Va chercher les sous...
Le 1er octobre 1965 (sauf erreur), après une seconde carrière (arrêt entre 1955 et 1960) où il a changé de style pour devenir plus classique, Pedro Martinez "Pedrés" se coupe la coleta à Hellin, entouré d'El Cordobés et de Paco Camino.
Les ans s'écoulent, la passion du toro le poursuit et à la fin des annés 90, il se pointe un matin chez un éleveur de vaches domestiques...Le reste de cette vie fabuleuse, ses mots de constante malice sur la vie, le toreo et les hommes, son fils aux manettes, son délicieux et philosophe mayoral Julian, sa corrida triomphale de l'été bayonnais, vous le découvrirez dans une de nos prochaines émissions de Signes du Toro 2015. 
 
Zoc. 
Au restaurant de la station-service "La Pedresina", à 1 km du Portugal. Aux murs, dix photos géantes du maestro et à table les confidences, humour anglais, du "Sage des Essences"... / © SDT
Au restaurant de la station-service "La Pedresina", à 1 km du Portugal. Aux murs, dix photos géantes du maestro et à table les confidences, humour anglais, du "Sage des Essences"... / © SDT

P.S.: dernière minute.
Joselito Adame vient de couper deux oreilles à la dernière corrida de Lima. Il était venu l'hiver dernier toréer une vache brave et exigeante chez Pedrés. En souvenir de sa remarquable faena, le veau de cette vache, né au printemps, a été baptisé "Adamito".

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