Amants diaboliques de Mirepoix : 5 ans après le double meurtre, l'attente d'un procès

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C’était le 30 novembre 2017. Ce jour-là Christophe Orsaz et sa fille Célia disparaissaient près de Mirepoix sans laisser de traces. 6 mois plus tard leurs corps sont retrouvés. Une femme et son amant avouent le double meurtre. Ils seront jugés par la cour d’assises de l’Ariège fin 2023.

C’était le 30 novembre 2017. Ce jour-là, Célia Orsaz, étudiante, avait prévu de rentrer en train à Toulouse, où l'attendait son petit ami. Son père, Christophe Orsaz, jardinier-paysagiste de 46 ans, qui l'accompagnait à la gare de Pamiers, à une demi-heure de Mirepoix, fait un détour suite à l'appel d'un client potentiel. Mais plus tard dans la journée, sans nouvelles de Célia, le petit ami donnera l'alerte.

Le véhicule du jardinier sera découvert calciné, le lendemain, en bordure d'une route de montagne, à 40 km de Mirepoix, en Ariège.

La disparition de Christophe Orsaz et de sa fille n'a été élucidée que six mois plus tard, le temps pour les enquêteurs de percer un mystère qui a ému Mirepoix, bourg paisible où vivaient les victimes, à une heure de route de Toulouse. 

Un double crime sordide

Natif de Bourgoin-Jallieu, Christophe Orsaz était venu s'installer en Ariège en 2012 par amour pour Marie-José Montesinos, infirmière à Lavelanet. Mais l'histoire de coeur tourne court et ils se séparent quelques temps plus tard. 

Suite à leur rupture, Marie-José Montesinos n'avait de cesse de dénigrer Christophe Orsaz, le présentant même comme dangereux auprès de son principal employeur, qui avait fini par le congédier.

Les gendarmes ont donc enquêté autour de l'infirmière et de son nouveau compagnon, Jean-Paul Vidal, mécanicien et cascadeur. Tous deux sont interpellés en juin 2018 et finissent par avouer les meurtres pendant leur garde à vue. 

"C'est une affaire hors norme. Ils voulaient se débarrasser de Christophe Orsaz. Mais leur plan a été perturbé par la présence non envisagée de Célia. Ils n'ont pas hésité à la tuer", précise à l'AFP,  Arnaud Lévy-Soussan, avocat de la mère de la jeune fille et du frère du jardinier, constitués parties civiles.

Les enquêteurs arrivent à déterminer les circonstances de la mort du père et de sa fille. Christophe Orsaz est battu à mort sous les yeux de sa fille avant d'être jeté dans une fosse septique d'une ferme abandonnée au hameau de Rieufourcant, non loin de Bélesta. Célia, est abattue d'un coup de fusil et enterrée dans la forêt du massif de Picaussel entre l'Aude et l'Ariège. Les corps seront retrouvés suite aux aveux du couple. Le 14 juin, les deux amants sont mis en examen et écroués pour "assassinat", et "meurtre commis en concomitance avec un autre crime."

Les amants diaboliques

En garde à vue, Jean-Paul Vidal nie d'abord, puis passe aux aveux.

"C'est préparé. Des armes sont mises dans le coffre de la voiture, il y a des repérages, l'achat par Mme Montesinos de téléphones jetables", admet Mathieu Monfort, avocat du cascadeur. Il présente son client comme l'exécutant, l'infirmière comme le cerveau du complot : "Il y a un niveau incroyable d'emprise de Mme Montesinos sur Jean-Paul Vidal, et de manipulation. C'est la particularité du dossier. Un mec affreusement banal et un personnage machiavélique".

L'avocat de l'infirmière, Laurent de Caunes, conteste catégoriquement et souligne que le cascadeur est allé au-delà de la correction envisagée.

"Marie-José Montesinos n'a jamais voulu la mort de Christophe Orsaz, ni de Célia. Jean-Paul Vidal peut dire ce qu'il veut, et notamment qu'il a agi sous l'effet d'une emprise, personne ne peut croire que son discernement ait été troublé à ce point."

"C'est bien lui qui a donné, deux fois, la mort. Et s'il l'a fait, c'est qu'il l'a voulu", argue Me de Caunes.

Toutefois, les enquêteurs ont révélé une toute autre personnalité de l'infirmière. Quand elle a avoué, les enquêteurs ont été surpris par son "détachement émotionnel", son attitude "stoïque et impassible", et sa déclaration de s'être sentie "étrangement euphorique" après les meurtres. Selon eux, l'opération "soigneusement conçue et orchestrée" ne laisse aucun doute sur la préméditation.

Un procès fin 2023 ?

Depuis juin 2018, Marie-José Montesinos et Jean-Paul Vidal sont en détention provisoire. Le procès devrait se tenir fin 2023, soit 6 ans après les faits. Trop long, estime la famille des victimes. Toutefois Maître Arnaud Lévy-Soussan, l'avocat de la mère de la jeune fille et du frère du jardinier, relativise : "Il y a eu beaucoup d’investigations et de procédures. Le juge d’instruction a fait un énorme travail. Il n’a rien voulu laisser passer. Ceci peut expliquer que le procès n’est pas encore eu lieu". 

Les amants sont poursuivis pour "assassinat et meurtre commis en concomitance avec un autre crime“. La préméditation n’est donc pas retenue pour la mort de la jeune Célia. La peine encourue par les prévenus peut aller jusqu’à la perpétuité.

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